‹ Œuvres de J. RacineChapitre 93 sur 222 · Sa surdité · texte numérisé non relu

Sa surdité

i88 LETTRES.

"Teô^ c^i^^^î^^^Y entrant en matière, m'a dit que voua lai aviez lu un ouvrage * de ma fieiçon, où il y avoit beaucoup de bonnes choses ; mais que la matière que j y traitois étoit une matière fort délicate et qui demandoit beaucoup de savoir pour en parler ; qu'il avoit autrefois enseigné la théologie*, et qu'ainsi il devoit être instruit de cette matière à fond; qu'il falloit faire une grande différence de Tamour affectif d'avec l'amour effectif; que ce dernier étoit absolument nécessaire, et entroit dans l'attrition, au lieu que l'amour affectif venoit de la contrition parfaite ; que celui-ci justifioit par lui-même le pécheur, au lieu que l'amour effectif n'avoit d'effet qu'avec l'absolution du prêtre. Enfin il nous a débité, en assez bons termes et fort longuement, tout ce que beaucoup d'auteurs scolastiques ont écrit sur ce sujet, sans pourtant oser dire, comme eux, que l'amour de Dieu, absolument parlant, n'est point nécessaire pour la justification du pécheur. Mon frère le chanoine applaudissoit des yeux et du geste à chaque mot qu'il disoit, témoignant être ravi de sa doctrine et de son énonciation. Pour moi, je suis demeuré assez froid et assez immobile. Et enfin, lorsqu'il a été las de parler, je lui ai dit que j'avois été fort surpris qu'on m'eût prêté des charités auprès de lui, et qu'on lui eût donné à entendre que j'avois fait un ouvrage contre les jésuites; que ce seroit une chose bien étrange si soutenir qu'on doit aimer Dieu s'appeloit écrire contre les jésuites; que mon frère avoit apporté avec lui vingt passages de dix ou douze de leurs plus fameux écrivains, qui soutenoient qu'on doit nécessairement aimer Dieu, et en des termes beaucoup plus forts que ceux qui étoientdans mes vers;

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