‹ Œuvres de Jean de Tinan (volume 2)Chapitre 2 sur 13 · POUR HABITUER LE LECTEUR A MON AMI RAOUL DE VALLONGES · texte numérisé non relu

POUR HABITUER LE LECTEUR A MON AMI RAOUL DE VALLONGES

A André Lebey.

Mon ami Raoul de Vallonges habite, rue de Médicis, presque au coin du boulevard Saint-Michel, un petit entresol donnant sur le Luxembourg, et il a bien raison.

De ses fenêtres il voit les grilles dorées du jardin et la perspective des arbres; il voit aussi la petite place où tous les gens passent; il voit le petit jet d'eau du bassin...

Son appartement est un peu trop « liberty » et « Art nouveau », naturellement; les tables sont encombrées; il y a . des bibliothèques tournantes ; il y a une bibliothèque fermée pour les livres d'amis sur grand papier; il y a des estampes; des moulages... des choses assez simples, mais que l'on aime... vous voyez cela d'ici.

Il y a un grand divan bas à coussins où l'on est très bien couché pour fumer un cigare...

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(J'aime autant vous en avertir tout de suite : on fumera beaucoup de cigares dans ce livre, et d'innombrables cigarettes. Mais c'est comme cela.

Le cigare est tout ce que nous avons de meilleur, il est le temps perdu, il est la douleur bercée, il est aussi la précieuse transition, et il est toute notre imagination qu'il symbolise. Vallonges, précisément, a écrit quelque part : «. Les meilleurs de nos livres sorti imprimés sur fumée de cigare. » — J'applaudis. Je ne sais si ce sont les « meilleurs », mais ce sont certainement les plus sincères — il n'y aura jamais trop de cigares dans mon livre. Je veux que vous supposiez un fin nuage bleu autour de chaque phrase — il y a des Exceplionales de Uppmann, il y a des petits cigares de Henry Clay ou de Valley, des Opéras, des demi-Londrès... — ils ont tous des noms charmants, et cela dépend de l'état des finances... mais ils sont tous de leur mieux la chère fumée amie et gracieuse...)

Donc — je suis monté ce soir-là fumer un cigare chez Vallonges :

— Tu arrives bien... Je suis mal fichu. Je devais aller retrouver Mirving et Silvande à Montmartre, j'irai pas. J'ai dîné chez moi. Je te fais mes excuses d'avance : j'ai envie de parler à tort et à travers ce soir... Tiens, voici des cigares et voici un canif, et voilà des cigarettes et voilà des allumettes... Qu'est-ce que tu veux? Veux-tu du curaçao?

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Veux-tu de l'eau-de-vie de Dantzig? On m'a justement donné de jolis verres frangés d'or, cela fera très bien. Veuxtu du sherrj'? Ah ! la ! la ! — Mon pauvre vieux ! Je me versai un verre de sherry.

- — Quoi de neuf?

■ — Tout. Rien. Je crois, ma parole, que j'ai mes nerfs !

— A propos de...?

■ — Penh ! Est-ce qu'on sait ! De vagues souvenirs... Des...

— Ah ! ah !

Il y eut un silence assez long.

Puis Vallonges se mit à parler un peu vite — avec sécheresse :

— J'ai retrouvé ce matin un bel autographe ! dans un vieux coffret à bijoux, avec une petite photographie de foire très effacée et un grand nœud de ruban rose — je ne suis pas bien sûr qu'il ne vienne pas d'une autre, le grand nœud de ruban rose — mais, voilà, j'ai su, aujourd'hui, me rendre ces objets précieux en m'attendrissant sur eux avec persistance...

— Excellent exercice !

- — J'avais à peu près dix-sept ans, mon vieux !

— Hah !

— Ça ne nous rajeunit pas; il y a cinq ans de cela !

— Tu parles !

— Tiens ! Regarde le bel autographe...

Sur une feuille arrachée d'un petit carnet réglé « francs

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et centimes » je lus ceci — d'une écriture indécise et-montueuse :

« Je reconnai davoir reçue de Monsieur Raoul la somme de 10 acont sur une nui damour Je soussigné Blanche-Marcelle 28 rue Monsieur Leprince. »

Je lui rendis la feuille :

— Est-ce que ce fut...?

— Oh non ! ce ne fut pas. Ce fut la cinquième ou la sixième tout simplement, mais...

Vallongcs prit une cigarette et s'étendit près de moi :

— Non. Ce ne fut pas « l'initiatrice ». Oh ! « l'initiation » pour ce que cela a eu d'importance !...

J'étais bien plus jeune et c'était au printemps. Un dimanche matin je ne sus que faire. Je flânais sur le boulevard des Italiens — puis je pris la rue de Richelieu... Et tu vois la suite d'ici, n'est-ce pas — beaucoup de préambules, c'est bien l'impression que cela donne... les hésitations... les petites fiertés... On attend dans une petite chambre avec un tout léger battement de cœur... comme au bachot... Une femme entre, peu vêtue, mais de rouge, et si incontestablement hors d'âge que l'on ne pense pas un seul instant qu'elle vienne pour... Mais elle se fait familière; elle vous appelle : « Petit cochon »... Un trouble... On tousse... Et puis on a une vague peur de la « froisser » cette femme...

I-'.t en somme, ce fut, comme disent nos meilleurs auteurs. Après je suis rentré déjeûner — pas gai...

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■ — Et voilà...

— Et voilà...

Il s'étira :

— Eh bien... cette médiocrité... cela te peine peut-être,. si tu n'as pas débuté comme cela, et moi aussi cela me peine • — théoriquement. Mais, simplement, cela n'eut pas beaucoup d'importance. Non...

Il s'étira encore.

■ — • Ce fut d'abord un petit dégoût tout de même. Un petit dégoût gluant — flic floc — et d'ailleurs elle abusait de la permission d'être ignoble cette vieille femme écroulée... Mais tout de même cela n'eut pas beaucoup d'importance, parce que j'eus la prudence de ne pas généraliser. Je me doutais qu'il y avait malentendu...

J'avais déjà des théorèmes élémentaires dans mes cahiers, et de la vocation pour les méthodes. Je me souvins qu'il n'y avait pas de courbe géométrique, même plane, qui fût définie par un seul point... et je pressentis que 1' « amour » était une courbe tout à fait gauche...

Louisa — (elle s'appelait Louisa : « Tu reviendras me voir. Bébé, tu demanderas Louisa «) — Louisa n'était même pas un « point singulier »... mais ces analogies géométriques ne t'intéressent pas, je suppose...

Tout cela fut assez trouble : je dormis mal une nuit — puis je repassai mon cours de Chimie.

Ah ! tout cela !...

Lorsqu'un peu plus tard, un dimanche aussi, une .amie de ma mère s'occupa de moi, — un peu mûre, mais si soigneuse, et si persuadée que je dépérissais en son lionneur ! — je sus bien que j'étais mal documenté...

Et tant mieux...

Mais, d'ailleurs charmante, et si tendre, cette dame était trop considérable pour moi, je souhaitais être serré par de petits bras maigres, c'était pas le cas...

Alors la série commença...

— Et voilà.

— Et voilà. — Je t'embête? Dis?

■ — Mais non. Mais non.

Il y eut un silence.

— Le souvenir de la rue Colbert devint seulement, pour moi, un peu amusant et ridicule...

Tu sais. C'est pas dans le tempérament de tout le monde de se sentir i^Vnme à jamais souillée par...)\ Les commisvoyageurs en l)enzincs morales ont vraiment trop d'intérêts à voir des taches partout...

La cendre de mon cigare tomba. "Vallonges prit une autre cigarette :

— Hah!

— Oui. Et la jeune personne à l'autographe?

— Ah ! Eh bien, comme je te disais, Blanche-Marcelle fut la sixième ou huitième, tout simplement, mais je ne

l'ai pas oubliée comme les autres; son souvenir a été celuiqui-profite-de-ceux-qui-lui-ressemblent...

— Quelles intussusceptions !

— ■ ...parce qu'elle fut très bien dans son genre.

Nous nous accoudâmes un peu mieux : on prévoit toute une soirée de petites causeries — et ce sera Vallonges qui parlera : tous les avantages. Je bus un peu de sherr\-. Vallonges s'alanguit.

— Je suis bavard ce soir, je suis plein de mots et plein de trouble, mon vieux; t'es-tu déjà dit qu'il y avait des jours où l'on se bâtissait posément de petits Châteaux-en- Méthode et d'autres jours où l'on courait comme un enfant fou à travers les chambres des dits châteaux?...

— ...je suis dans un des seconds jours, mon vieux, j'ai envie de chambarder tous les meubles de ma chère sensibilité... Je suis ravi de t'avoir là pour te dire des phrases... Je te verse de vieux fonds de bouteilles d'émotion ■ — tu vois — avec de mauvaises métaphores; on en a des stocks à écouler comme cela. Tiens — voilà un cendrier. Ah la la la !

Je restai silencieux pour qu'il s'énervât — (j'aime beaucoup les énervements...)

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— Ah ! la la ! — fit Raoul.

Ses mains s'agitèrent.

— Vois-tu. Il est diiïicile de parler d'elle sans employer le mot « gigolette », et le mot gigolette sufTirait. Elle l'était

— gigolette jusqu'à la gauche...

Il sourit.

— Chère petite Blanche-Marcelle !

Il sourit encore.

— Oui, jolie, avec un visage enfantin où de petites rides, déjà, près de la bouche, retenaient trop la poudre de riz; jolie, de petites dents courtes et brillantes, avec un point ])run quelque part, et des gencives pâles, et des cils très longs ; jolie, un front étroit sous des cheveux tout durs de frisures

— ô monsieur Dreux, coiffeur, place de la Sorbonne ! — les cheveux brûlés par le fer, petite odeur de roussi fade; jolie, le cori3s trop mièvre, les seins trop lourds et pas assez pleins, le bassin étroit, si chaste; jolie — les mains toujours sales, si sales que cela vous avait quelque chose de volontaire bien touchant, — et un goût violent pour les couleurs violentes, et un goût violent pour les parfums violents...

Il sourit encore :

— Chère petite Blanche-Marcelle !

Toujours d'hétéroclites chambres meublées, du côté de rOdéon, des chambres avec un poêle au milieu, et un pot de chambre dans le chauffe-assiettes. Des alcôves mansardées à 25^ où l'on se cognait la nuque par intervalles... Aux murs, les chinoiseries cruelles qui se colportent à la terrasse

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des brasseries, un portrait de M. Sadi-Carnot par le procédé chromolitliographiqiie, quelques balais à confettis, un bocal de poissons rouges anémiques... autour du cadre de glace les cartes de visite de la Jeunesse des Écoles... Ah !...

!Mais je décris, et c'est inutile. J'aiditque la jeune Blanche- Marcelle était très bien dans son genre... si tu connais le genre tu es renseigné.

Chère petite Blanche-Marcelle !

— Chère petite Blanche-]\Iarcelle... !

■ — Elle avait même un moral. Un moral très simple. Elle acceptait dix francs, et quelquefois moins, essayait de se faire in\iter à dîner...

— Tu m'pay'à dîner. Dis?

■ — Parfaitement. Payait régulièrement sa chambre, moins régulièrement sa blanchisseuse, chantait des chansons tristes, se faisait exploiter par sa mère, disait des phrases courtes sur la « pas drôleries » de la vie, achetait des corsages d'un écossais implacable, buvait trcp de menthes vertes...

— Tu m'pay'un bock. Dis?

— Oui...

— Garçon ! une menthe !

■ — Parfaitement. Et donnait des cigares à 20 centimes et des thunes à un jeune homme brun nommé Auguste qui, lui, l'aimait « tout simplement », disait-elle, ■ — et le fait est que les fantaisies de potaches...

— En somme, elle appartenait à ce que no^ oncles appellent « la plus basse prostitution »...

24 PENSES-TU réussir!

— Chère petite Blanche-Marcelle !

Il sourit.

Il y eut un long bon silence, et Vallonges et moi nous rêvassions chacun de notre côté... Chers silences dont se trament les soirées inutiles... et tout ce qu'il y a derrière ce que l'on dit...

...Ce cher Vallonges!

(Eh bien ! — cela vous déplaît peut-être, et sans doute, cette veule causerie inégale et brutale, et ces banalités d'aventures de gamin, et cela vous déplaît qu'il soit déjà question de draps douteux — au fait non : pas douteux — et que cette lamentation de jeunesse ait l'air d'une lamentation de sommier... Cela vous déplaît peut-être... Mais moi je ne déplorerai rien.

Que Vallonges, énervé ce soir-là, se souvienne ainsi, de sourires en sourires, d'une petite fille si quelconque, et si « couleur locale » — qu'il la revoie qui tient entre ses genoux le collégien grandi dont la sensibiUté à peine se coagule, et presque seulement encore par des lectures — faites dans •quel ordre ! — ...le collégien qu'il fut...

PExsES-Tu réussir! 25

C'est si bien le début qu'il fallait à mon li\Te, à mon vilain livre d'amours — et je ne devrais même pas oser gâter ce début par des développements.

— Car — comprenez-moi bien ! — ce n'est pas un livre sur la femme que je fais.

J'aurais pu, parmi les quelques douzaines de fillettes du même genre que fréquenta, avant vingt ans, avec de petites aventures et des anecdotes, mon cher ami Raoul de Vallonges, en choisir une autre, et faire quelque chose de plus « amusant », mais — comprenez-moi vite ! - — j'ai choisi cellelà parce qu'elle était la plus ressemblante...

Ah ! cher et patient lecteur, je voudrais que vous étendiez à tout ce que vous allez lire le bénéfice de ces quelques lignes.

Malgré tout ce que Ton pourrait dire, il n'y a rien de moins truqué que mon livre, — un livre « sur rien » comme disait Flaubert — c'est tout simple, je vous assure, que Vallonges, le long des mois où nous le regarderons sentir, se passionne à mesure pour un certain nombre de « milieux » qu'il pourra rejeter ensuite jusqu'à les trouver insupportables — j'assiste à cela tout le temps, et vous aussi...

Il n'y a rien de moins truqué que mon livre — et si, comme cela, il traîne des bouts de préface dans mon premier chapitre, ce n'est pas parce que Laurence Sterne a fait ainsi dans Tristram Shancly, c'est parce que je vous ai toujours dit les choses au moment même où le besoin m'en est apparu.

2G PENSES-TU réussir!

Je vous promets de mieux m'appliciuer à la « composition » dans le roman qui suivra celui-ci... Reprenons nos cigares.)

— Cela dura depuis les vacances de Pâques... il restait de l'argent des vacances...

Je l'avais rencontrée dans un bureau d'omnibus, et elle avait souri de son sourire serré — p'tites rides aux commissures — de son sourire si vache et chaste, et puis elle m'avait donné son adresse tandis que je me demandais comment je la lui demanderais...

Cela dura juscpi'aux grandes vacances...

Cela dura juste ce qu'il fallait...

Cela fut un peu facile et tant mieux...

Et Vallonges s'exalta :

— Vaselines ! cuvettes et serviettes ! — on n'a pas le courage de se fâcher contre vous ! Boîtes minces de sapin blanc! Vaporisateurs à 1,95! Je vous déclare tout à fait symboliques, et il ne faut plus que vous donniez envie de rire ou envie de s'en aller...

— C'est le début d'une poignante prosopopée?...

— Oui... oui... Car...

Car nous n'aurions pas pu imaginer tout cela...

Ah sans doute, si les familles, en donnant trop peu d'argent à leurs précieux « hoirs » dont les pubertés grouillent, les poussent à des «consommations » peu coûteuses, mais d'occasion...

— Il y a mieux, mais c'est plus cher !

— ... ce n'est pas parce que les familles sont bêtes, c'est parce qu'il est bon que ce soit comme cela.

C'est parce que nous n'aurions jamais pu imaginer tout cela. Vallonges marcha à travers la pièce :

— Il est bon, vers dix-sept ans, que les jeunes gens acquièrent brutalement cette notion élémentaire que la bouche qui sert au baiser sert aussi à d'autres usages...

— A manger, par exemple.

— ... que « les petites mains obscènes » ne sont pas seulement destinées à porter des effleurements de lèvres et des bagues avec des pierres bleues, que d'autres parties du corps ont aussi double emploi...

Nous n'avions pas assez tenu compte de tout cela dans le Rêve bleu de nos quatorze ans, et le Rêve bleu de nos quatorze ans, c'est celui qui nous ressert toute la vie — y a pas : faut l'écrire avec un R majuscule — toute la vie, qu'un poète aligne des vers ou qu'un négociant ait des regrets, c'est la même sensiblerie fragile et fausse, ah ! si fausse! qui passe dans leurs soupirs, toute la vie... tare bébête qui gêne les plus audacieux esprits, obstacle odieux à la recherche même d'un amour plus vrai — ... qu'il

s'est tant prétendu être que nous n'avons plus confiance...

Ah ! le Rêve des quatorze ans ! Le Rêve insexuel et mal sexuel qu'il faut haïr!,..

V'ià qu' j' m'emballe! — Mais comment songer sans frémir à ce ferment mauvais de faiblesse sentimentale qui fait s'amiévrir une race à parodier le bonheur !

Résignation et lointain amour ! Ombres fidèles échangeant des serments sous les étoiles ! Qu'il vienne, celui qui vous bafouera au nom d'un plus noble souci de s'unir pour vivre au lieu de s'associer pour épancher des cœurs ou des reins. Amour pur, débauche cérébrale ! Qui n'a pas senti à certaines heures plus vraies, s'effondrer piteusement, devant l'amour tout court entrevu — complet — les châteaux de cartes recommandés des « passions » ou des « voluptés »? Mais nous savons si mal... et nous avons si peu de courage — et elles sont si... et c'est si agréable tout de même de...

Comme nous nous entendons mal à « tirer parti » de nous-mêmes !

Vallonges s'assit, craqua une allumette, se calma.

— Oui, répondis-je.

Rallonges eut des gestes pleins de bon sens.

— Dans l'espèce, et à un bon point de vue pratique, les petites connaissances physiologiques brutalement acquises le mettent un peu au point, notre Rêve pur — un peu —

PENSES-TU réussir! 2^

lorsqu'il en est à peine déjà plus temps. Elles élaguent la lloraison gourmande de quelques branches en guirlandes et d'autres métaphores comme cela : et cela devient les hypocrisies indispensables selon lesquelles nous souffrirons ou nous nous croirons heureux... Le fin Rêve établi ne meurt pas, si phtisique et si cholorotique qu'il soit, mais il devient un peu timide, on peut lui dire : « Veux-tu bien te taire ! après les «impuretés » où tu t'es compromis avanthier ! »... Cela suffit quelquefois : On sifïlote « Plaisirs (r Amours... » de Garât ou un air de La Belle Hélène. On se répond — c'est le chef-d'œuvre : « Je pensais à Elle 1 »...

Et s'il ne se tait pas, le sale Rêve, s'il s'obstine, phonographe impénitent où fonctionnent les rouleaux de nos anciennes cires bleu de ciel, à réciter l'éloge de Celle... ou à conseiller des crimes passionnels, on le blague sur ses premières déconvenues d'explorateur, et il se musèle... et l'on vit...

Vallonges soupira et sourit :

— Nos désillusions ! Nous n'avons que cela pour nous ! Et c'est si souvent nécessaire de le faire taire, le vieux Rêve artificiel, « poaitique » et entêté, qui s'autorise des plus sots détails pour nous faire souffrir comme si cela en valait la peine... 1

Je choisis un autre cigare. Un silence.

• — Tiens, mon vieux, reprit Vallonges, je pourrais

m'expliquer mieux en reprenant, comme exemple, le petit lyrisme que tu blaguais tout à l'heure :

— « Comment ! Il recommence ! »

Vallonges s'étira.

— Vaselines! cuvettes et serviettes!... Notre adolescence !...

On a chaud contre la chair moite, la chair qui claque contre votre sueur. On a ses cheveux mouillés dans le nez, on a mal à la nuque et derrière les oreilles, on se dégoûte un peu... parce que l'on a été bien élevé par sa mère, mais on est aussi un peu fier d'avoir si chaud, parce que Ton est très jeune, parce que la première cigarette semble loin, et parce que l'on a joui assez bien...

— Bien.

— Alors c'est — l'eau fraîche, fraîche, fraîche malgré tout, jetant des souvenirs de forêts mouillées et d'herbe verte, l'eau fraîche qui semble laver inépuisablement nos chagrins, nos fatigues, nos désespoirs connus et inconnus, nos peliles vanités et nos énervements. Il semble ({ue (jucl- ({ue chose de clair nous soit rendu...

Suis-moi bien !

... Que nous allons nous laisser vivre, sourire avec plus de bonté que d'ironie, que nous allons aimer, ah ! près d'L7/e ! chère douceur ! L'eau est fraîche, fraîche, fraîche, fraîche, et notre chair vannée trouve cela bon et pense à son âme — nous oublions ! — nous attendons qu'un nom monte à nos lèvres... !

PENSE s- TU réussir! 31

Et tu vois ! Il va triompher, le terrible Rêve, il va profiter de ses lectures, il ne sait plus où il est, il a crevé les vitres... Mais, tiens :

« Seulement, pour ne pas prendre froid, il faut se recoucher près de la jeune personne dans les draps fripés, trop tièdes, avec ces taches — ou bien se rhabiller à la sixquatre-deux... »

On plaque cela sèchement, pour se défendre, et le Rêve vexé bat de l'aile et s'abat, et vous laisse un peu tranquille... cela donne un passable état d'équilibre. ■ — Le lendemain on recommence.

Ce serait toute une méthode, toute une méthode... seulement on s'en aperçoit un peu tard... Et lorsque l'on n'a pas envie d'être spirituel, lorsque le Rêve est le plus fort... on le mène boire quelques alcools. Un sherry à la glace? Et un autre! Et des chartreuses vertes!... J'tembête?...

Il y avait bien d'anciens découragements dans la voix heurtée de Vallonges...

- — Mais non. Mais non. Va toujours.

Il reprit d'une voix devenue traînante :

— Oh oui ! Faut « juguler » le Rêve ! Quels maîtres enseigneront aux jeunes gens à haïr le Rêve !

Excuse-moi d'y revenir — je sais bien que ça fait « longueur » — mais la petite scène ci-dessus six mille fois répétée, c'est ça la vie sentimentale, et l'on userait tout son temps à cela si l'on n'y prenait garde...

32 ' PENSES-TU réussir!

J'ai connu tout le Rêve bleu, et j'en ai souffert, et ses pétales déteints sèchent entre tous les premiers feuillets du livre de ma vie — « un livre suprême », nous a dit M. A. de Lamartine. — Le Rêve est paresseux et appelle cela langueur; il traîne sur les divans des chambres à demi-jour, et fait traîner sur les imaginaires petites mains frêles, qu'il n'imagine même pas fiévreuses, des baisers qui sont des mussitations. Patinage idéal ! Et des femmes et des soieries fanées et des musiques lentes!... ah, je me suis délecté de tout cela, et toi aussi. Le Rêve se fournit chez Jansen, rue Royale; il est métaphorique, le Rêve bleu... C'est le Rêve platonique... Grotesque ! Ali qu'il nous amoindrit et nous embête !...

Vallongcs ouvrit un tiroir, éparpilla des feuillets d'écriture, en choisit un; il lut avec exagération :

— Tiens, v'ià un échantillon de sa chère lilLérature :

« Jadis, au départ du prince beau qui, par les forêts profondes, allait chercher la sœur amoureuse dont l'éveil lui sourirait parmi le dénouement des cheveux d'or, une fée lui mettait au doigt l'anneau {jui serait un talisman sauveur! Dans l'argciit terni, des pierreries s'enchâssent dont les noms sont étranges et sonores, et vous crispent de réminiscences imprécises du passé fabuleux dont les enfants parfois se souviennent encore ! — et c'étaient des anneaux magiques I

Aie confiance — disait la fée — chaque fois que les pierreries consacrées effleureront ce qui n'est pas selon l'apparence, tu verras leur éclat se meurtrir comme un regard se voile de larmes... !

Alors, écartant d'un geste lent de son glaive les tentations pressenties décevantes, Il marchait vers l'Aimée ! Des conteurs nous ont conservé la légende de quelques-uns de ces chevaliers fiers !...

« Magique anneau d'argent gemmé ! as-tu perdu ton pouvoir séculaire !... »

Et ce sont des cris!... [Niais cela suffit... Oui, J'écrivais cela vers ce temps-là. C'était de la bien mauvaise littérature, et c'était d'une philosophie bien facile et honteuse — et j'y tenais... Ne fallait-il pas que je... fusse mis à même d'apprendre, — ce que tant de belles âmes n'apprendront jamais,- — qu'une autre Fée a changé tout cela, et qu'aujourd'hui, en somme, tout est selon V apparence, et qu'il n'y a qu'à aimer l'apparence, à se méfier du Rêve jeté en nous par les raisonnements faux, et à mettre son bonheur dans sa vie... en l'agitant avant de s'en servir... Bien...

Ah — un tas de choses si simples — il n'y a qu'à regarder pousser une plante, il n'y a qu'à...

(Mais voici déjà longtemps que l'on ne nous écoute plus.) La voix de Vallonges se fit plus traînante encore : — Et c'est à cela qu'elles servent, vers nos dix-sept ans, les petites Blanche-Marcelles aux mains sales qui chantent des romances tristes, où il est question des jolis Aoaa.çeau.r et puis encore des petits z'ouazeaux et qui donnent des cigares et des thunes à des Alphonses qui s'appellent quelquefois Auguste...

Elles seruenl à provoquer noire jeune rêve dans des'condilions lelles que nous puissions prendre aisémenl ihabitude de le vainere...

Excellente formule !

— Elles servent à nous faire comprendre à la fois que la vie est encomlarée (c'est sale et ça tient de la place) de quantités de petites nécessités dont il vaut mieux sourire que pleurer — (M. Caron de Beaumarchais, passim) • — et que tout de même il y a des eaux fraîches (sens figuré)...

Elles servent à nous faire comprendre, à la fois, que la vie est encombrée (c'est pur et ça tient de la place) de quantité de grandes « aspirations » sans fondements dont il vaut mieux se railler que souffrir - — et que tout de même... les spasmes parmi les caresses (par exemple) sont bons...

Ah ! c'est vraiment bien heureux que les familles ne donnent pas assez d'argent... et que les premières « consommations » n'encouragent vraiment pas à l'illusion sentimentale ! Ainsi déjà l'on ol)tient si peu d'équilibre... que seraitce !... A la fin de ce dix-neuvième siècle où se préparent les écrivains du vingtième, il manquera quelque ehose à ceux qui ne se seront pas réveillés dans de petits bouges après des gestes d'amour, la bouche amère et les aines douloureuses, encore assez de tendresses dans le cœur pour qu'il en rejaillisse, tout de même, sur la petite femme qui dort là, assez de catachrèses pour (jue l'on puisse baiser sa tempe — mais assez de dépit dans l'esprit pour que germent

PE>fSES-Tu réussir! 35

les habitudes d'analyse et de sincérité sans complaisance dont se fait l'insouciance joyeuse que n'émouvront plus que les choses vraiment profondes...

Ah la la ! mon pauvre vieux — !

Et Yallonges reprit une cigarette...

■ — Chère petite Blanche-Marcelle !

(^Monotonie prolixe et étriquée de ces petites idées pieuses de souvenirs • — je vous aime, pauvres façons d'être de nos S2nsibilités effarées et battantes... (et c'est exprès que je réunis ici tant d'adjectifs inexacts)... Je ne fais nulle part de « théorie » — comprenez-moi — je veux montrer seulement que l'on essayerait bien d'essayer d'en tenter...

Ah ! — tandis que l'on se souvient — la voix qui devient plus dure ou meilleure, les doigts qui griffent ou semblent se rappeler des caresses, les gorgées de fumée bleue qui s'attardent en volutes, ou, ])rusques, s'éparpillent... tout cela, si beau, je ne parviendrai pas à le dire, et vous savez bien que c'est cela qu'il faudrait; et vous sentez bien qu'importe plus que toutes la petite phrase courte — oh ! sans presque de signification — que j'aurai réussi à placer au moment d'émotion voulu...

Cette « petite phrase », ceux qui peuvent m'aimer la devi-

36 PENSES-TU réussir!

neront mieux que moi, cl les autres ont déjà définitivement jugé que je parlais « pour ne rieii dire »... Il y a tant de vraies choses pourtant que j'aurais voulu « dire » — mais je ne peux pas...

... Ah ! qui m'aimera ! — Vous?

Passons.)

Je répétai en souriant :

— Chère petite Blanclie-lMarcolle !

Vallonges parla plus gaiement :

— C'est cela qu'elle fut, Blanche-Marcelle, pour moi — et aussi pour Lionel Silvande, ce qu'il faut dire.

— Lionel?...

— Avait déjà des dispositions à ne jamais pouvoir avoir une femme le premier. Réunis par les événements au ])anc supérieur d'un amphithéâtre dans le bas duquel des professeurs distingués développaient les matières du programme de Mathématiques Spéciales, nous eûmes souvent, l'un ou l'autre, très envie de dormir à la classe du matin, et celui qui avait envie de dormir avait un faux-col de la veille, parce qu'il avait passé la nuit rue Monsieur-le-Prince...

C'était très bien. Ce fut même mieux que nous fussions à deux. U 'abord parce que cela nous fit un sujet de conversation pendant les études, et, à en parler, nous comprîmes mieux ; ensuite parce que nous nous entraînions ainsi contre tous les ennuis que met dans la vie des jeunes gens la piètre

PENSES-TU réussir! 37

vanité qu'ils ont de ne pas sacrifier telle coucherie — dont ils se fichent - — à la crainte de froisser l'amour-propre d'un camarade. D'ailleurs...

Silvande et moi, nous fûmes un peu jaloux l'un de l'autre, poliment, assez pour sentir que cela n'en valait guère la peine, et aussi que cela aurait pu en valoir la peine. Nous n'avouions pas cette jalousie parce que nous avions déjà lu beaucoup de livres jaunes, et, lorsque ^Marcelle nous en voyait mélancoliques ou agacés, elle nous disait gentiment : « Pauv' chien — va ! » ce qui suffisait bien.

Ah ! On la voyait en azur clair tout de même, et c'était sans toujours penser tout à fait nos raisonnements, que nous apprenions à raisonner assez bien à propos de la jeune Blanche-]Marcelle ■ — l'attendrissement n'était pas loin...

- — « Je n'y tiens pas, disait Silvande, et c'est vrai qu'elle a les mains trop sales, même lorsque l'on vient de les lui faire laver — mais c'est tout de même elle qui m'a inspiré ce Sonnet à U Idole qui est le meilleur que j'aie fait... »

— Un Rêve casqué d'or aux blanches envergures... etc., Walkures...

■ — C'est cela. Et je répondais : « Je n'y tiens pas, et c'est viai que I3 jeurte Auguste marque mal, et c'est vrai que de Diana Vernon, que j'ai fort aimée il y a quelque temps, Marcelle n'a guère à m'offrir qu'un feutre à plumes très ridicule... Mais, tout de même, les quelques points de méthode que j'ai pu vérifier auprès d'elle » — il y en a —

38 PENSES-TU nÉussm !

« sont bien plus vivants et doux pour moi que ceux que j'ai seulement notés chez MM. Barrés ou de Stendhal, et, avec un peu de recul, je ferai d'elle un joli personnage secondaire dans un de mes prochains romans... »

— Vous aviez déjà des préoccupations littéraires...

— Oui. Mais nous tenions à Blanche-Marcelle bien plus que nous ne le disions, et il fallait même, pour que nous puissions seulement « parler » d'elle ainsi, que le petit travail de désillusionnement aucpiel nous avons consacré tout à l'heure...

— ...Quelques phrases dont la confusion n'était pas le moindre mérite...

— Comme tu dis... Eût déjà donné de précieux résultats.

Vallonges leva les bras, et afTecta de l'emphase :

— Ce fut à cause de la jeune Blanche-INIarcelle et des préoccupations littéraires y attachées que Silvande, à la fin de l'année, ayant ciselé tout un volume de sonnets immortels, manqua à devenir un de nos oiï. d'arti. les plus distingués, pour avoir indigné l'examinateur Laurent en ne louant pas en termes convenables la Notation dilJcrenlielle aux dépens de la Nolalion de Cauchy...

Quant à moi — j'avais été ajourné dés VÉcril, pour m'étre permis dans ma « Composition Française » d'ergoter avec imprudence sur l'innéité de la loi morale...

— Joli sujet !

PENSES-TU réussir! 39

— Tu parles ! Je me consolais sur les plages, parmi des jeunes filles-fleurs toutes blondes.

Lionel m'écrivit que l'on me regrettait :

Raoul, ion souvenir m'harcèle Je suis ta petite Marcelle...

La rime était d'or, mais, à m'être séparé le premier de la petite fille, je devais gagner surtout d'éviter les dépenses de pharmacies dépjratives qui attristèrent le mois d'août de Silvande...

Nous devînmes sérieux peu à peu, et veules, avec des cigarettes lentes.

— Je t'ai raconté une aventure vraiment bien unie... dit Vallonges.

Il s'accouda dans les coussins.

— Pourtant... dit -il.

Il eut quelque chose de déchiré dans la voix. ■ — Pourtant...

Un soir • — bel horizon — que je songeais un peu, devant la mer, à Marcelle et au Rêve bleu, et aux draps isabelles et à d'autres baisers, et que je me proposais — ah ! par méthode toujours ■ — de me mépriser avec sévérité en m'humiliant de la poésie du paysage — (quelle erreur! ) — je sentis brusquement qu'à cause de cela, de cet ordinaire et quelconque cel.\, un tas de choses étaient déclanchées en

moi — que je n'aurais plus jamais le courage d'appeler sérieusement la mer « le sein d'Amphitrite »...

Et ce fut — à propos de Blanche-Marcelle, oui • — une heure de vie.

Il faisait tiède. Je m'abandonnais à une hypéresthésie presque douloureuse. Puis, lorsque j'eus tout vu comme jamais, ce ciel, ces côtes, cette eau, ces couleurs, je m'appli- (juai, peut-être pour la première fois profondément, à accueillir franchement la sincérité de la frêle pensée qui avait continué en moi. Cela donna très peu de chose, et c'était très peu de chose, mais comme cela fui important — parce que je ne « posais » pour personne...

Je pensais : « Blanche-Marcelle !... c'était une bonne petite fille, si naïvement putain, et avec de si délicieusement fades fleurettes bleues au bord de l'âme... Le fouillis de sa chambre m'a amusé... Cela ne m'a pas trop gêné qu'elle fût si peu soignée... J'ai pris des bains depuis... Mais cela avait assez duré... »

Blanche-Marcelle n'importait guère, mais le peu de sonorité de cette « pensée d'amour » me choqua — et tout de suite me séduisit la discrète amertume du cynisme...

Je respirai fort...

J'entrevis la possibilité, auprès de saines sécheresses, d'une infhiité de lyrismes sans conventions, sans « terminologies », sans mensonges, jaillis de la vie et du moment — je devinai que l'on pouvait s'exalter par soi-mcnie avec ce que

PENSES-TU réussir! 4Î

Von avait — une exaltation minutieuse et passionnée, forte de toute sensation, crispée dans la chair même...

C'est simple, simple... mais il me sembla que j'avais tout inventé...

Vallonges eut un petit rire...

— Avec quel enthousiasme je voulais « continuer )\ tout de suite; je me demandai, en contenant la joie que j'avais à m'interroger, en quoi m'amusaient les flirts que je commençais... Je me souvins avec soin d'avoir, sans arrièrepensée, savouré le matin, dans la petite allée aux glaïeuls, la nuque blonde de cette jolie Fernande (et encore maintenant quel précieux souvenir)... Je sus relier de rosseries discrètes des joies immédiates... J'en fis même une petite plaquette. . . « dans le format curieux des anciens eucologes ». . .

Vallonges rit encore :

■ — Ah ! oui — ce fut une « heure de vie ». Ce fut rapide. Mais cela se préparait depuis trois mois. Ah mon cher ! J'étais « perdu » — j'allais profiter de mes dispositions fâcheuses... j'analyserais exprès... je... « Le ver était dans le fruit »... etc.. etc.. Tant mieux. Tant mieux. Tant mieux !

Seulement je ne savais pas qu'il faudrait avoir encore des crises...

Ah! — comprends-tu, comment la jeune Blanche-Marcelle servit de prétexte à toutes ces choses?

42 PENSES-TU réussir!

Et Vallonges répéta plus bas :

— Ai -je fait deviner comment autour d'elle, à cause d'elle, l'artificielle et indicible rêverie d'un tout jeune homme fut brisée par le choc de petits détails jusqu'à laisser pénétrer la curiosité de vivre exactement?

...Et puis c'est bien moins absolu que cela... c'est venu peu à peu... mais ce fut alors que cela commença...

— Il est tard.

— Tu t'en vas?

Vallonges prit entre ses doigts r« autographe » :

— Chère petite Blanche-Marcelle !

Lorsque Silvande et moi revînmes en octobre • — elle avait « passé les ponts ».

Silvande l'a rencontrée il y a quelques mois. Bonne fille elle fit arrêter sa Victoria... Elle répondait au nom blanc de Lilia, habitait le quartier Monceau, et se déclara entretenue par un type chic... elle avait des gants...

Les femmes chères, ce sont les femmes bon marché (jui ont vieilli...

— Bien.

— Ce soir-là, Silvande et moi nous nous sommes souvc-

PENSES-TU réussir! 43

nus d'elle pendant une dizaine de cigarettes avec des rires tendres — des tendresses rieuses si tu préfères. — Je lui souhaite les meilleures chances... « Petits-z-houazhôs volez vers mon ami-i-e\ » Elle a tout de même « joué un rôle » dans ma vie !

Bonsoir.

Bonsoir, mon vieux.

A demain.

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