POUR SERVIR DE ROMAN
« Si cette mode continue, il y ama autant d'histoires de Ninon qu^ de Louis X/ V.»
Voltaire.
« Anne de Lenclos, fille, d'or à trois chevrons de gueules party d'azur à une tête de lion arrachée d'or lampassée et tenant en sa gueule un anneau de même. »
Armorial de Paris.
Mademoiselle Anne de Lenclos était fille unique.
Henri de Lenclos, son père, fut de la suite de ^I. d'Elbeuf puis de ÎNI. de Saint-Luc; il vécut dans la meilleure société de son temps, et fut fameux pour avoir un peu assassiné le baron de Chabannes.
JNIadame de Lenclos, née Marie-Barbe de la Marche, était de la famille de Raconis.
Anne de Lenclos naquit à Paris, au commencement de novembre 1620.
On trouve l'acte suivant sur les registres de Saint-Jeanen-Grève : k Le dixième jour de novembre 1620 fut baptisée Anne, fdle de noble honmie Henri de Lenclos, escuier de Monseigneur de Saint-Luc, et de damoiselle Marie-Barbe de la Marche. Le parrain, maître Nicolas Villotret, conseiller du Roi et trésorier général de l'extraordinaire des guerres et cavalerie légère ; la marraine, Anne Villotret, fdle du dit sieur Villotret. »
Madame de Lenclos était une personne vertueuse et chrétienne. Dès l'enfance de sa fille, elle s'appliqua à lui transmettre les sentiments pieux dont elle était pénétrée.
Madame de Lenclos apprit à lire à sa fille dans le Trailé de V Amour de Dieu, de saint François de Sales, et ce furent des oraisons jaculatoires calligraphiées qu'elle employa comme modèles d'écriture.
]M. de Lenclos, au contraire, était fort épris de la philosophie de INIontaigne et de l'insouciance de Gassendi; il s'efforça à faire aimer à sa fille une sagesse aimable.
Ce fut lui qui lui donna le nom caressant de Ninon.
L'éducation de Ninon fut ainsi un peu indécise — elle entendit l'éloge de l'austérité et l'éloge du plaisir — mais bientôt un excellent instinct l'éclaira sur le parti à prendre.
^ladame de Lenclos perdit rapidement toute influence sur sa fille. Ninon témoigna de la plus mauvaise volonté à l'accompagner aux exercices de dévotion dont cette sainte
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dame abusait; ■ — dès l'âge de treize ans, Ninon, nous rapporte Tallemant, « voyait bien qu'il n'y avait rien de vrai à tout cela », et, s'il fallait cependant obéir, substituait aux missels et aux eucologes des ou\Tages plus conformes à ses goûts.
Les leçons de "SI. de Lenclos, au contraire, étaient fort bien accueillies. Ce fut lui, entre autres choses, qui apprit à sa fille à jouer du luth et du théorbe... ]\Iadame de Lenclos blâmait ces divertissements frivoles qui amolhssent le cœur et le disposent au péché.
La jeune Ninon fit son entrée dans le monde à une époque où la France était fort troublée. Mais on était assez accoutumé aux troubles de la France pour que la vie de plaisir continuât malgré eux.
Le Marais était alors le centre voluptueux de Paris.
La mode avait consacré la Place Royale construite par Henri IV. La foule élégante flânait avec des sourires sous les galeries ou dans les allées d'ormes et de buis taillés à la manière italienne. On y vendait de la limonade fraîche et des macarons de Naples.
Rue des Tournelles, des Beaux-Treillis, de la Cerisaie, des Lions-Saint-Paul s'ouvraient les portes des nouveaux hôtels, et c'était l'époque des tentures à fond d'or, et des meubles d'ébène et de nacre et d'ivoire.
Autour de fortunes considérables se pressaient des gens d'esprit, pleins de déhcatesse et d'aisance. Tous étaient
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amis du plaisir et fidèles à cette philosophie commode et tranquille, chère à M. de Lenclos»
M. de Lenclos conduisit sa fille dans cette compagnie choisie. Elle en fut bientôt les déhces.
Personne ne le méritait plus qu'elle. Ninon était parfaitement belle et elle le fut toujours.
J'ai lu que sa taille était élégante; son teint d'une blancheur éblouissante; de grands yeux noirs qui « faisaient patte de velours »; des dents admirables; la bouche frémissante et le plus délicieux sourire. Sa physionomie était ouverte, tendre, nonchalante; ses bras étaient beaux et ses mains plus belles; le son de sa voix était intéressant. Rien ne peut exprimer la souplesse gracieuse de tous ses mouvements...
Cette description ne semble peut-être pas assez particulière, mais ^Mademoiselle de Scudérj^ dans Clélie, ne peint pas mieux Ninon sous le pseudonyme de Clarice, et chacun la complétera mieux « à l'image réelle de son désir enfantin ».
A vrai dire les auteurs que j'ai lus ne s'accordent pas très ])icn sur les détails de la beauté de Ninon. Tallemant dit « qu'elle n'en eut jamais beaucoup », et les portraits d'elle
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quel'on peut voir ne sont pas immédiatement séduisants — sans doute ne sont-ils pas ressemblants.
J'aurais bien voulu vous présenter Ninon, en frontispice à ce petit livre, avec, par exemple, le « charme tendre et discret » de cette étonnante princesse Hélène de Ligne — il a fallu y renoncer...
Figurez-vous au moins, je vous prie, l'ovale parfait du visage entouré de boucles de cheveux retenues par un réseau d'or; aux oreilles scintillent des parures longues en brillants; au cou un collier de perles soutient quelque bijou d'émeraude. La robe simple est serrée à la taille par des torsades et des fermoirs en rubis...
Ninon était parfaitement belle et elle le fut toujours.
Si ceux qui l'ont bien connue ont admiré en elle des beautés diverses, au moins sont-ils unanimes lorsqu'ils parlent des charmes de son esprit.
Ninon possédait tous les talents de société de l'époque. Nous avons vu son père lui enseigner le luth ; elle y excella, et fit murmurer, nous dit-on, son âme sous ses doigts; elle fut réputée pour la plus gracieuse des danseuses, surtout pour la sarabande; elle parla l'italien et l'espagnol, et, si elle n'eut qu'une « pelile voix de ruelle », elle s'en servit avec un goût parfait, déclarant que « la sensibilité est Vâme du chant ».
Mais la valeur de connaissances si estimables s'effaçait devant la seule irrésistible séduction d'elle-même.
Ses amis ne tarissent pas d'éloges sur la vivacité brillante de sa conversation, sur son habileté à découvrir les ridicules vrais pour écarter la calomnie, sur son enjouement, sur sa probité délicate...
Elle fut la plus sûre des amies — c'est pourquoi ses amis
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parlent de son mérite comme ses amants, sans doute, parlaient de sa beauté. La constance des uns et les regrets des autres sont certes la meilleure preuve en faveur de celle qui les inspira.
Je ne veux pas tarder à déclarer ne pas admettre l'opinion la plus généralement répandue sur Ninon parmi ceux qui ne connaissent guère d'elle que son nom :
Ninon ne fut pas ce que l'on appelait une fille galante et ce que l'on appelle aujourd'hui une demi-mondaine. Ninon fut une amoureuse.
Ninon eut des « faiblesses «.
J'insiste sur cela, parce que la Rochefoucauld devait écrire un peu plus tard : « Le moindre défaut des filles galantes est la galanterie. » Je tiens tout ù fait, et c'est un parti pris, à ce que Ninon n'ait eu d'elles que ce « moindre défaut », car l'on comprend si bien combien une femme si rare dut être aimée que l'on comprend aussi qu'elle ne devait pas résister à cet amour dont elle animait tous ceux qui la connurent.
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Parmi ceux qui s'empressaient autour de la belle Ninon, le comte de Coligny fut assez heureux pour en être remarqué.
(On dit que M. de Saint-Étienne l'avait précédé. Ce n'est pas l'avis de Saint-Évremond, si c'est l'avis de Segrais, et nous en croirons Saint-Évremond.)
On a dit aussi que M. de Rare — ^ « Rare cet aimable garçon — Lequel a si bonne façon... ))) avait été fort amoureux; que M. de Rouvrai avait succédé à M. de Saint- Étienne; M. de Coulon à M. de Rouvrai par cinq cents livres par mois; l'argentier Rambouillet à tous ces messieurs par des bijoux et des parures; et le magnifique Porticelli à Rambouillet par un salon tendu de damas jaune, meublé de bois des îles, ébène et rose... — Mais il est dans mon intention de considérer tous ces témoignages comme inexacts, bien qu'il y ait beaucoup de probabilités pour qu'ils ne le soient pas.
M. de Coligny fut donc assez heureux pour être remarqué.
C'était un charmant jeune homme. Il avait le teint brun, les yeux noirs et pleins de feu, la bouche bien meublée et la plus belle jambe du monde...
Lui et Ninon — son amour et le sien? — était-ce assez?
Il serait intéressant de savoir si Ninon lui fit attendre longtemps le bonheur, si la maternelle vigilance de la vertueuse INIadame de Lenclos fut difficile à tromper. La tradition est seulement que M. de Coligny fut heureux.
Il eût sans doute pris soin d'être bien fier, s'il eût prévu l'éclat de la carrière amoureuse qu'il inaugurait. ]\Iais il pensa plus passionnément que son amour était éternel, car (dit Saint-Évremond) « // était jeune et n'avait point senti — Ce que ressent un coeur assujetti », et il aima avec éternité.
(Il paraîtrait que Ninon, qui cependant était peu dévote, et prétendait déjà à l'épicuréisme qu'elle devait professer avec tant de sécurité, fit tous ses efforts pour amener son amant à abjurer la religion réformée.
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Que l'on se représente cette belle Ninon, ardente à ces plaisirs qu'elle apprenait, et fraîche de ses dix-sept ans, faisant succéder aux soupirs de volupté et aux balbutiements de tendresse des raisonnements sur les erreurs de son jeune amant !
Il faut voir ici la preuve d'une affectueuse inquiétude dont Ninon, trop occupée dans la suite, devait donner . ses amants moins de témoignages...
Peut-être aussi songeait-elle alors à épouser Coligny... Elle eût été alors moins zélée pour la cause catholique que soucieuse des intérêts de son amant auquel ces déplorables erreurs faisaient perdre les avantages que lui eût donnés sa naissance et qu'il méritait.
Quoi qu'il en soit, cette anecdocte est à l'éloge de Ninon. Si Coligny résista à de si doux essais de prosélytisme, au moins dut-il penser qu'une amante aussi dévouée serait une amie incomparable... (S'il était épris avec trop d'exaltation pour penser cela sur le moment, il le pensa un peu plus tard, car ce fut ce qui arriva.)
Ninon sentit-elle la première son cœur battre moins violemment aux absences?...
Ou fut-ce Coligny qui donna leur \Tai sens aux serments éternels échangés?...
Un charmant esprit affirmait alors que le serment est une invention ingénieuse ayant pour but de donner de la vraisemblance au mensonge...
Cette définition est certainement trop brutale pour Ninon et son amant. Ils avaient été sincères dans leurs serments; ils furent aussi sincères en y manquant.
Je n'ai pas d'autres renseignements sur cette première rupture de Ninon. Tallemant lui-même croit devoir démentir l'historiette qui veut que, pour se venger de l'abandon de Coligny, Ninon se soit mise volontairement en état de « le poivrer si bien qu'il ne put être remis de longtemps ».
Il est certain qu'elle commença dès lors ses réflexions sur l'amour qui devaient la conduire à une si heureuse sérénité.
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Sans doute ne parvint-elle pas tout de suite à cette analyse sûre et dégagée qui devait faire d'elle — qui pratiquait si bien — la plus délicieuse théoricienne des voluptueuses nuances sentimentales de l'amour; mais elle comprit déjà quels devaient en être les résultats.
L'abbé de Chàteauneuf, qui le tenait d'elle-même, nous apprend qu'elle s'éloigna de « l'erreur insensée de ceux qui veulent ériger l'amour en vertu ». Elle prit l'amour « pour ce qu'il est, pour un goût fondé sur les sens, pour un sentiment aveugle qui ne suppose aucun mérite dans l'objet qui le fait naître ni ne l'engage à aucune reconnaissance — en un mot un caprice qui ne dépend pas de nous et qui est sujet au dégoût et au repentir ».
Mais Ninon, si elle pensait mal de ce qu'elle appelait a l'amour métaphysique )\ Ninon aimait le plaisir et le prouva bien...
Elle le disait avec un cynisme discret. « Aimer, disait-elle, c'est satisfaire un besoin... »
Elle pensait sans doute que ce qui rend l'amour dange-
2'iO ŒUVRES DE JEAN DE TINAX
reux, c csL l'idée sublime que l'on s'avise de s'en former, tandis qu'il n'est qu'un instinct qu'il faut savoir apprécier. Cette vérité semble peut-être dure et humiliante aux esprits" très idéalistes, mais elle est certaine. Les femmes cèdent moins à la connaissance du mérite qu'à l'instinct. Il n'en faut pour preuve que les passions folles dont elles s'enivrent quelquefois pour des inconnus, ou tout au moins pour des hommes qu'elles ne connaissent pas assez à fond. Si elles rencontrent bien, c'est pur hasard.
Ninon voulait aussi que les femmes fussent sincères en demeurant coquettes.
« Dès (ju'ime femme ne se trouve aucun fjoùl pour celui qui veut lui plaire, il faudrait qu'elle n'abusât pas de sa crédulité, et que, sans lui donner de vaines espérances, elle lui signifiât bien nettement son congé. Mais il faudrait aussi que dès qu'elle est persuadée qu'on l'aime elle en convînt de bonne foi ; sauf à elle à se faire encore prier tant qu'elle le jugerait à propos avant d'avouer qu'elle est cllc-mvmc aussi tendre qu'on l'est pour elle. »
(Il faudrait aussi que les femmes avertissent doucement dès qu'elles n'aiment plus. Il n'y a pas de honte à cela. Combien celles qui nous quittent nous atténueraient-elles nos souffrances si elles consentaient à ne pas faire traîner leurs mensonges jusqu'à un éclat. Mais elles semblent croire que parce qu'elles nous ont aimé il leur faut ensuite agir comme si elles avaient pour nous de la haine.)
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Je veux faire remarquer, à ceux qui auraient été effrayés du mot « besoin », combien il ménage de délicatesses.
Besoin — mais besoin de tous les frissons, de tendresse comme d'amoureuse fatigue. Ninon ne méconnaissait même pas la volupté énervée de l'attente : — « Est-il situation plus délicieuse que celle d'amant sûr d'être aimé? Trouverezvous dans l'amour quelque chose de plus enchanteur que la résistance d'une femme qui vous engage à ne pas abuser de sa faiblesse? Est-il rien de plus séduisant qu'une voix presque étouffée par l'émotion, que ses refus qu'une amante se reproche?... I
Ninon ne méconnaissait pas la profondeur des premiers émois — mais elle ne voulait pas s'illusionner sur leur sens...
Elle savait ce que le « fe vous aime )> des hommes signifie et elle ne s'en indignait pas...
Il lui semblait naturel que la passion d'amour produisît tant d'effets différents, selon les tempéraments, les éducations, les intérêts, les vanités et les circonstances, sans qu'elle eût cependant d'autre cause que le désir de la possession après laquelle elle s'éteignait presque toujours pour être remplacée par l'indifférence ou la colère, quelquefois par l'amitié...
Ninon ne croyait pas à la vertu des femmes — pas même à la sienne — et trouvait injuste que l'on exigeât d'elles tant de qualités auxquelles les hommes ne se croyaient pas tenus...
Ninon se décida à jouir de l'amour « en galant homme ».
« Mon Dieu, faites de moi un honnête homme et n'en. faites jamais une honnête femme. »
Ninon voulut que l'amour fût pour elle non pas une passion, mais un amusement : — « Ayons autant (V amour qu'it en faut pour nous amuser (lui disait Saint-Évremond), pas assez pour troubler notre repos. C'est aller contre l'intention de la nature que de faire notre tourment d'une cliose dont elle a voulu faire notre plaisir. Le cœur nous a été donné pour aimer, ce qui est un mouvement agréable ; non pas pour souffrir, ce qui est un sentiment douloureux. »
Ninon voulut connaître toutes les douceurs du plaisir sans hypocrisie.
« Venez, écrivait-elle, si la tête me tourne nous verrons à nous tirer de ce mauvais pas le moins mal qu'il nous sera possible. » Ninon s'en tirait à merveille.
Elle disait à M. de Charleval : — « Attendez mon caprice >>
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Ce fut peu de temps après avoir pris ces excellentes résolutions que Ninon fit la connaissance de la célèbre Marion de Lorme, déjà âgée et encore belle.
« D'une bonne mine avec de la grâce, une figure très avenante, de beaux yeux un peu lascifs », dit Tallemant — (son nez, cependant, rougissait facilement, mais elle prenait soin de le tempérer par de fréquents bains de pieds d'eau froide).
Marion avait dû à sa beauté et à son esprit de conserver, parmi les gens sans préjugés, une considération qu'elle avait souvent risqué de perdre. Elle avait su choisir ses amants très honorablement, mais n'avait pas fait preuve avec eux de ce désintéressement auquel je ne veux pas que Ninon ait jamais failli.
Cependant elles avaient presque tous leurs amis communs — « ces deux Laïs » (disait Saint-Évremond qui devait aussi surnommer Ninon « Leontium ») — et devinrent bientôt inséparables.
Selon la coutume du temps elles coucl\èrent beaucoup de nuits ensemble, et Marion — (j'aime beaucoup ce détail)
— offrit un jour à son amie des petits chiens d'Espagne dans une corbeille de soie. — « Elles acquirent, dit Saint- Simon, une réputation et considération tout à fait singulières. »
Chez elles se réunit tout ce que le nouvel épicuréisme comptait de distingué et d'aimable.
On y rencontra de Miossens, le marquis de Créqui, le commandeur de Souvré, le comte de Palluan, le marquis de Vardes, le chevalier de Grammont et son frère, Saint- Évremond, Desbarreaux, d'Elbène, et beaucoup d'autres, Sarrazin, Boisrobert, Desyveteaux, Scarron, et beaucoup d'autres encore...
Cette société avait vu sans déplaisir la séparation de Ninon et du comte de Coligny.
Ils préféraient qu'elle n'eût pas de vocation pour ces interminables passions qui font se lasser les plus fermes attentes, pensant, eux aussi, que « la possession d'une chose en donne des idées plus justes que le désir »...
Ninon elle-même leur avait fait de franches déclarations.
— « Les femmes ne donnent à V amitié que ce qu'elles empruntent à l'amour », dit Chamfort. — Ninon entendait réserver à l'amitié toute la fidélité dont elle était capable...
Les romanesques idées d'autrefois commençaient à se démoder un peu, et Mademoiselle de Scudéry n'inspirait
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plus que le respect — mais les déclarations de Ninon furent d'autant mieux accueillies qu'elles laissaient à chacun l'espoir de succéder quelque jour...
Le comte de Palluan et le comte de Miossens (« ...aux maris si terrible — Ce Miossens à l'amour si sensible... ») succédèrent les premiers...
Cela ne plut pas au Grand Prieur de Vendôme...
Cet homme ardent et sale ne savait pas attendre et n'admettait pas qu'on pût lui résister. Il se plaignit amèrement.
Ninon écouta un nouveau rival — - puis un autre...
Le Grand Prieur fut au comble du désespoir, mais sa vengeance fut mesquine. Il envoya des vers pleins de dédain : — « ... Je renonce sans peine à tes faibles appas — Mon amour te prêtait des cliarnies — Ingrate, que tu n'avais pas !... »
Ninon répondit sur les mêmes rimes: — «... A mes faibles appas — Mais si Vamour prête des charmes — Pourquoi n'en empruntais-tu pas'! »