‹ Œuvres de Jean de TinanChapitre 4 sur 17 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

Mimi dort, et Vallonges ne doit pas.

(Il se sent des dispositions philosopliiques... j'ai peur qu'il ne soit un peu ennuyeux... J'aime autant prévenir : il va revenir sur « son passé »... puis il est probable qu'il pensera à Odette. Ceux qui préfèrent dans les récits la rapidité au soin psychologique peuvent passer tout de suite — ils auront tort — au chapitre suivant... Mimi s'y réveillera certainement. Pour le moment, elle dort sous son bras, la bouche cntr'ouverte. Que voulez-vous que fasse Vallonges?... Il monologue... avec quelque ironie encore, et peut-on — il est quatre heures du matin — lui reprocher d'abuser un

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peu des idées générales... c'est un peu de son énervement de la journée qui surnage... D'ailleurs, Laurence Sterne a dit : « Pourvu que l'on conserve le fil d'un sujet, on peut aller en avant ou en arrière, et cela ne doit pas être compté pour une digression », et Laurence Sterne s'y connaissait.)

Vallonges songe qu'il a une « aventure » — et que c'est une petite « aventure »... et que toutes les « aventures » sont petites...

— Les mœurs sentimentales, aujourd'hui (je n'en veux pas médire), ne sont guère complaisantes à fournir aux jeunes gens-de-lettres les aventures galantes et décoratives, éperdument passionnées, faites de folies et de dévouements, qui leur inspireraient quelque histoire héroïque... et ce n'est pas ma faute...

« On se ruine peu pour les demoiselles... d'abord parce que l'on n'a pas d'argent, ensuite parce qu'elles ne vous y engagent pas : ça leur ferait du tort...

« Les adultères, autrefois « criminels », sont devenus tout légalement « délictueux))... Et même il semble que nos jeunes filles (combien je les préfère ainsi !) n'aient plus les mêmes blanches dispositions que sous l'Empire et les premières Présidences à briser leurs ailes au seuil si désillusionnant des chambres de noces... pour en rester mélancoliques et méconnues à jamais; je crois que les bons ménages

sont à la mode... qu'ils soient à deux, à trois ou à quatre.

« Tout s'arrange de trente en trente ans... Le cœur à ses époques... comme l'Histoire Universelle, et je n'ai pas l'imagination ni le goût d'y rien changer... C'est si bien comme cela !...

« Seulement, je voudrais que l'on reconnût que « l'état de choses » offre assez peu de ressources littéraires du côté du lyrisme pour que l'on se croie autorisé à en chercher d'autres du côté de l'exactitude... L' « aventure » qui me prive ce soir de mon lit, pour toute simple qu'elle est, est encore exceptionnelle — et des années peuvent se passer sans que je trouve rien d'aussi pathétique... car c'est très pathétique !...

Vallonges étouffe deux ou trois bâillements profonds.

— La sentimentalité, aujourd'hui, est légère... Un poète de mes amis a écrit très doucement en prose : « Les femmes se donnent el se reprennent, conmie elles donneraient une fleur»... Jolie résignation ! tendre et souriante, indulgente et un peu timide !... Je n'aurais jamais su être si respectueux...

« C'est cette botanique-là que nous aimons...

« Il faut que nous les prenions, les femmes, et que nous les effeuillions, et que nous les respirions, et qu'elles se fanent, comme des fleurs... Il n'y a pas de comparaison plus convenable... Nous pouvons parler ainsi de la beauté déhcate de leurs pétales nuancés, ou bien, naturellement, de

l'exaltation où nous met leur parfum enivrant... c'est la spécialité de Silvande. On peut aussi faire un peu de classification après la promenade... Un herbier... Entre les pages de nos petits livres mettre soigneusement sécher ces fleurettes — oh ! la sécheresse ! fleurs des champs ou fleurs des serres — en leur restituant, le mieux qu'il nous sera possible, leurs attitudes gracieuses, leurs teintes, leur sourire... Littérature ! Le parfum et l'éclat vivant n'y sont plus... Mais si l'art était trop semblable à la vie, la vanité des artistes serait trop grande, et rien n'est fatigant comme la vanité des artistes !...

Vallonges bâille encore une fois.

— Non... mais... cette gosse qui dort là... — pense-t-il — qu'est-ce que je vais en faire?...

Raoul de Vallonges a eu, comme cela a lieu, de grandes crises sentimentales vers vingt ans... Puis il s'est laissé aller à diverses amours faciles qui l'ont, pour un temps, provisoirement satisfait — mais peu...

Si les béguins de toutes les premières petites filles (d'ate-

liers ou de brasseries), qui ont tendu les lèvres à leur tour, s'entr'ouvraient parfois sur des coins d'âme bleue exquis, naïfs ou compliqués, cependant manquaient-ils toujours vraiment trop d'intimité. Et lorsqu'à la suite d'améliorations pécuniaires bienvenues, Vallonges passa, des fraîches passades qui marquaient à peine, à des liaisons un peu plus insistées, s'il fut heureux d'y trouver plus d'élégance apparente et de façons, il n'y trouva guère plus de sécurité à s'alanguir...

Certes il ne faillit jamais à considérer chacune de ces liaisons comme tout à fait provisoire et à s'y donner comme telle... mais c'était tout de même un provisoire par trop provisoire... trop incessamment traversé de manifestations contrariantes des éducations un peu négligées de ces jeunes personnes...

On a beau, comme Vallonges, être « méthodiquement » exempt de « jalousies » que rien n'excuserait dans l'espèce, les amants passés, présents ou futurs, dont ces jeunes personnes ont le manque de tact de vous entretenir trop souvent, vous font éprouver au moins le petit recul que l'on a si l'on rencontre une mouche dans son verre... On ne sait pas d'où ça vient, une mouche...

Aussi avait-il toujours fallu que des éléments étrangers à r« amour » intervinssent — (par exemple la profonde et sensuelle pitié qu'il avait eue tout un mois, à sentir frisonner, presque mourante entre les bras, une petite malade pâle et fiévreuse...) — ...intervinssent, pour créer un enthou-

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siasme théâtral auquel quelques-unes de ces images emprunt... assent assez de fermeté pour que le souvenir de Vallonges, au cœur désœu\Té certains soirs, les pût choisir parmi les ingrédients de l'impression d'ensemble, d'une indifférence un peu oublieuse et sans regrets, qu'il s'était faite de ces mois d'information...

— Si j'ai demandé à toutes ces personnes, se dit Vallonges de me saouler du genre de sensation voluptueuse que représente pour moi ce mot tendresse qui s'étire et que j'aime, je n'ai pas jugé sans doute que toutes ces petites filles successives continssent beaucoup de cette chère tendresse... car je ne les ai jamais gardées longtemps... C'est pour cela qu'il y en a eu beaucoup. J'y ai pris de l'habitude, et pas trop de mauvaises habitudes... ne nous en occupons plus...

Vallonges fait un tour dans la chambre — s'arrête devant le lit : la jeune ■\Iimi n'a pas bougé...

— Qu'est-ce que je vais en faire? — se demande Vallonges. Puis il reprend le cours de ses réflexions de sentimentalité rétrospective :

— En somme... je n'ai eu que deux maîtresses dont je doive véritablement tenir compte... qui, dans de bonnes conditions, m'aient satisfait vraiment, m'aient permis de vérifier, à ma grande joie, que je ne me trompais pas lorsque je prévoyais en hypothèses passionnées, très adolescent, au

bord de la mer, de quelle façon je sentirais le mieux le bonheur...

Elles furent tendres...

Et Vallonges s'enfonce dans sa bergère pour mieux songer à cette tendresse...

Il est temps d'indiquer que Vallonges a le visage ovale... bouche moyenne... un peu pâle... cheveux châtains coupés courts et le front dégagé... peu de moustache... les yeux clairs, marrons ou gris, peut-être verts... grand, mince... je crois que c'est tout.

— Tendresse] — répète Vallonges. Comment pourrai-je expUquer jamais ce mot que j'aime... je n'essayerais certes pas une définition précise, et les « indications d'émotions» ne réussissent qu'auprès de ceux qui mettent une bonne volonté parfaite à comprendre... les mots, on l'a déjà remarqué, sont d'un emploi si délicat !...

« Cependant, que l'on y prenne bien garde, la tendresse est une sensation... Ce n'est même la plus forte des sensations que pour ceux qui en ont, comme moi, le goût spécial...

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Kerante, chaque fois que l'occasion s'en présente, interrompt les développements que je tiens tout prêts sur ce beau sujet en déclarant qu'il préfère un cigare de telle façon à la plus langoureuse langueur... et ce n'est pas absurde si l'on comprend bien comment la tendresse est faite de la part de langueur qu'entraînent et dont s'enveloppent certains plaisirs...

« Les minutes de volupté les plus profondes ne sont-elles pas, pour moi, celles où l'on demeure sans bouger, après la journée de caresses essoufïlantes, éreinté, la joue contre l'épaule moite de la personne qui est là ( et que j'aime), bien dans ses bras et blotti contre elle de tout son corps... lorsque les genoux et les coudes ne gênent plus et que l'on ne peut plus cesser de sourire...

« C'est l'heure où « il est temps de se lever »... mais on reste « encore un peu »... parce que 1' « on est si bien »...

« La tendresse est le reflet intellectuel de cela... phrase prétentieuse et qui ne définit rien...

« Plutôt — si l'on était un peu fatigué ce jour-là (ou bien s'il y avait d'autres raisons pour cela) — on a préféré rester seulement assis près de cette personne, sur le devant du petit fumoir, touchant ses mains (les siennes et les autres) regardant la lumière de cinq heures, adoucie par les stores

de tussor... avec des entredeux de guipure.. ^ se faire soyeuse sur les joues duvetées... Mêlant des regards appuyés à une conversation à bâton-rompu... quelques baisers au tempes... (les petits cheveux volettent au souffle du baiser)... Un engourdissement si lointain... Elle est un peu dégrafée...

« L'on a préféré cela, presque rien — (je dis « préféré »... peut-être avait-on peu de temps) — aux manifestations possessives qui dans la pièce à côté, où les objets de toilette sont préparés, nécessiteraient après que l'on se recoiffât... C'est, m'a-t-on dit, être sentimental...

« Après de semblables ravissements, lorsque Ion s'est quitté, s'il fait beau temps (et il fait beau temps), marcher lentement un peu par les rues, tout à la gravité de respirer « le parfum de son bonheur «... C'est une chaleur légère dont toutes les pensées sont attiédies... dont toute la sensibilité est fortifiée... On a conscience d'être la meilleure expression de soi-même... en est « en forme »... on est tout à fait bien... c'est la tendresse.

« Et lorsque j'expliquerai à Kerantc, que je retrouverai tout à l'heure devant un xérès en hiver et un Pernod blanc en été, cet heureux état... il interrompra : « Oui... oui... oui... moi j'obtiens cela très bien avec des cocktails à l'absinthe. » — Excellente réflexion ! »

« La tendresse est une griserie, — la griserie qui nous vient de la présence abandonnée de la femme... »

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Vallonges, par une incorrigible habitude d'esprit, n'abau' donnera pas une comparaison dont il est content, sans essayer d'en tirer encore quelques idées générales...

— Certes ! et je n'ai trouvé la sécurité de m'abandonner à cette griserie que lorsque j'ai pu disposer de liqueurs de bonne marque... On manque d'enthousiasme à se griser de mélé-cass'... et il est déplaisant, fussent-elles servies dans des carafons luxueux, de se délecter à des anisettes de chez Potin ! maintenant...

Vallonges veut se verser un verre de porto. Il s'arrête de nouveau devant la jeune ]Mimi endormie : elle n'a toujours pas bougé... ses cheveux dorés et son épaule mince...

■ — Qu'est-ce que je vais er faire? se demande Vallonges. — Elle est gentille comme tout...

^lais il s'endort dans la bergère avant d'avoir pu se répondre...

C'était auprès de Madame Bressier, d'abord, que Raoul de Vallonges, lorsqu'il pensa que le moment était venu — (ce qa'il se déclara à lui-même en se disant un soir : « Je ferais un amant charmant ! »... tout comme nous le verrons sans doute dire plus tard : « Je ferais un excellent mari ») — ce fut auprès de M™^ Bressier que Vallonges mit d'abord en

action les belles dispositions sentimentales, — bien émondées d'illusions vraiment inutiles depuis les maladroits élans d'autrefois, par quelques années d'expériences efficaces, — qui l'engageaient à vouer sa jeunesse à la recherche d'une tendresse heureuse.

Geneviève Bressier, finissant déjà d'être jeune, restée enfantine cependant, avec un visage clair, effacé comme une fleur de gerbe sous les chers cheveux cendrés, de la nuance que l'on ne peut pas songer à teindre, et généreuse de sa souple chair parfumée dont elle s'était peu servie, fut très douce et très sûre...

Timide jusqu'à être restée simplement sans amant jusqu'alors, ayant cédé à Vallonges en résistant, parce qu'il le lui demandait, mais avec la conviction anxieuse qu'il la ferait souffrir, elle eut pour lui, lorsqu'elle fut enlacée, frissonnante et toute prise, une sorle de reconnaissance profonde et tranquille — si tranquille qu'après une douzaine de mois, — dont trois ou quatre, à plusieurs intervalles de séparations et de correspondances, — Vallonges, attendant Geneviève, sentit peu à peu s'émousser le plaisir qu'il avait à l'attendre...

Je n'ai à raconter ici (j'en ai déjà un peu parlé ailleurs) ni les douze mois de cet amour ni le dernier mois.

Mais, dût mon héros y perdre quelques faciles sympathies,

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j'indiquerai que ce sentimental Vallonges avait « en amour», des théories un peu brusques.

Il n'avait pas l'intention de faire successivement de chacune des femmes qu'il aimerait, un ange attendu et définitif... Il pensait que l'on ne réussit ainsi qu'à s'attarder avec plus ou moins d'imagination auprès de fantômes de plus ou moins bon goût, en perdant, pendant tout le temps que dure cette erreur (ensuite douloureuse à vaincre), la lucidité d'aimer vraiment les femmes que l'on a telles qu'elles sont et tant qu'on les a...

Il pensait même, prévoyant les principaux cas à prévoir qu'il ne faut pas trop s'efïrayer de la nécessité de quitter le premier une bien-aimée qui va ne plus être jeune. ..ou qui vous a trompe » pour des raisons d'argent, avec un Israélite trop marqué... ou qui, simplement, vous aime et vous ennuie...

S'il fallait ménager le chagrin de la première, et rester trop longtemps l'amant excédé d'une femme qui vieillirait vite — elle-même ne soufTrirait-elle pas davantage à vous voir vous éloigner peu à peu d'elle?... Peut-on se donner le ridicule de ne pas admettre, aussi facilement qu'elle la subit, la faiblesse d'une enfant étourdie et dépensière — la gêner de sa surveillance, peut-être même l'embarrasser de vagues idées de remords qu'elle démêlerait très mal !.., Et si une femme vous ennuie...

Ce sont trois cas quelconques. Il faut aussi tenir compte de beaucoup de fâcheuses complications possibles : enfants maladroitement adultérins, flagrants délits, et autres céré-

monies ciN-iles... Vallonges avait suffisamment médité ces thèmes principaux de la passion : il pensait qu'un peu de muflerie y était le meilleur remède...

Il en était arrivé, par politesse pour l'Idéal, à faire, très haut, une respectueuse exception pour le cas d'un « grand amour » possible... possible... si fort que... Même, comme il ne tenait pas du tout à ce que ses opinions fussent originales, il admettait volontiers, et cela ne lui faisait pas de tort dans les familles, que c'était dans le mariage (plus tard), qu'il réaliserait cet amour parfait dans des conditions qui... (il n'y comptait pas trop).

C€ci posé, et en attendant, il ne doutait pas de l'efficacité actuelle de son égoïsme passionné, convaincu qu'en agissant très si-icèrement selon son intérêt personnel il agirait aussi, au mieux des circonstances, selon l'intérêt de ses amies... « parce qu'il y a des lois général'^-s »...

Les femmes étaient des objets... des objets chéris et caressés, émouvants et adorables, mais des objets... des access(irts... il ne les comparait pas...

— Comparer ! — disait encore l'autre jour Kerante à Silvande qui s'entêtait à lui expliquer que Lydie était incomparable — comparer! c'est là que Terreur sentimentale commence ! — Que tu places, avec une outrecuidance généreuse, telles émotions que te fournit la divine Lydie, au-dessus de toutes les émotions que tu as connues... cela peut être vrai à

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l'instant... c'est excusable aux moments d'enthousiasme... et c'est très poli... Soupirs confondus, expressions étouffées, égarement et délire!... Mais vouloir établir d'avance, que telles seules extases... que tu imagines souvent plutôt que tu ne les vérifies, ô lyrique ! seront, quoi qu'on en ait, audessus de toutes les émotions connues et inconnues — et c'est comme cela que tu fais, et il n'y a pas que toi ! — me semble une piètre faiblesse, très peu scientifique, et, si j'y songe, un pauvre éloge pour celle qui inspire cette sottise...

— Très bien ! avait dit Vallonges.

Silvande avait haussé les épaules, et cité un vers de Byron qui n'avait pas directement rapport à la question :

So coldly siveet, so deadly jair!

Puis Vallonges avait assez bien conclu que ces erreurs se présentant sous cent formes diverses, il fallait avoir soin de les éviter, moins dans le détail de ses sentiments que dans leur ensemble...

— Baigné dans la tendresse de celle-ci, on peut se permettre toutes les charmantes exagérations, pourv^u qu'il soit bien acquis que la tendresse différente d'une autre ne sera pas encore définitive...

Silvande s'était indigné :

a O Vierge, à mon enfance un Dieu t'a révélée Belle et pure; et rêvant mon sort mystérieux, Comme une blanche étoile aux nuages mêlée. Dès mes plus jeunes ans je te vis dans les deux î »

— Oui, chéri ! avait dit Kerante.

(Cette conversation s'est renouvelée quelques centaines de fois entre eux.)

Donc, pendant le courant du treizième mois, Vallonges décida de remplacer l'amour de Geneviève par une autre soirée de tendresse, comme on songe à changer de restaurant, pour éviter la détestable satiété... Il ne faut pas que l'habitude d'appeler le maître d'hôtel Charles vous vainque...

Sur Geneviève il avait vérifié l'importante hypothèse de jeune homme que ça serait bien meilleur dans toutes les conditions voulues de décors. — Ça : c'était la tendresse. Mais il n'avait jamais pensé à toujours...

Vallonges pour « rompre » avec Geneviève... Oh !... ce ne fut pas très Werther...

Vallonges attendit, pour ne pas se trouver « à court » que la petite M"^^ Laurent, dont il avait distingué la souplesse blond-doré et rieuse, et qui était pleine de bonne volonté, lui eût répondu : « Allons ! — on fera ça pour vous I » — et dit à Geneviève, un soir (il pensait qu'il y a une certaine honnêteté à dire ces choses-là au lieu de les écrire... et puis on a plus de facilité à pouvoir revenir sur ce que l'on a dit), — il dit donc à Geneviève, un soir, avec une émotion sincère, qu'il... « espérait bien qu'elle resterait son amie »...

Elle pâlit un peu, en entr'ouvrant la bouche, puis elle se mit à rire...

Il lui expliqua alors, longuement, qu'il lui devait trop de bonheur pour supporter la pensée que ce bonheur s'achevât un jour en mensonges... et qu'il avait pris la décision de ne pas attendre que la lassitude vînt à l'un d'eux, préférant sacrifier tout le bonheur qu'il aurait encore reçu d'elle à la crainte que n'en fût terni jamais le souvenir adorable...

Elle pleura follement et sans bruit. Il pleura aussi... Et de fait le courage lui manquait presque à exécuter ce qu'il avait si facilement résolu... Ils se reprirent à une ferveur désolée...

Le lendemain il reçut une longue lettre d'elle : elle lui écrivait qu'elle avait comprit ses raisons... qu'il était le plas noble cœur qu'il y eût... qu'elle était bien malheureuse... qu'elle savait ce qu'il devait souffrir... qu'elle serait sa meilleure amie — et qu'elle allait passer quelques semaines à la campagne, dans le Midi...

Vallonges, il faut le dire, erra toute la nuit à travers Paris en proie aux doutes les plus torturants. Il en triompha par fatigue à les résoudre. Il se permit même un peu de médiocre vanité pour avoir organisé une émotion aussi forte, commanda, povr y garder les lettres de Geneviève, un joli coffret gravé de deux dates, et obtint pour le surlendemain

un premier rendez-vous d'Odette Laurent... dans les Arènes de la rue JNIonge — un endroit stupide.

Geneviève, comme Vallonges l'avait pensé, vieillit assez vite, se passant délicatement comme si sa beauté s'éloignait. Elle devint pour lui une amie douce et indulgente, d'une maternité équivoque et charmante... Lorsque, peu de temps après leur séparation, elle fut devenue veuve et sans enfants, il passa souvent près d'elle des après-midis reposantes d'affections tranquille, ne se gênant pas, aux jours gris, pour se plaindre avec injustice des diverses choses de la vie, assuré d'avoir, avec le thé, les toasts comme il les préférait...

Cette nouvelle tendresse valait mieux que la suite qu'il eût pu donner à une liaison certainement tiède et bonne, mais que la disproportion trop sensible des âges eût alourdie... Ce fut une amitié...

Certes, si l'on était obligé, parce que l'on a été amants, à demeurer guindés l'un contre l'autre pour le restant de ses jours, étant donné que l'on prend généralement ses maîtresses dans les miUeux où l'on fréquente le plus, ce serait tout à fait incommode... et l'on s'arrange... Mais cette fois il y eut mieux... Geneviève fut mieux aimée comme amie que comme maîtresse... Elle a dû justement revenir à Paris hier... Vallonges devait aller la voir demain...

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Les folles amours de Raoul de Valonges et d'Odette Laurent avaient débuté de la façon la moins passionnée... Je suis désolé d'avoir à l'avouer.

La petite M^^^ Laurent fut, à un dîner chez les Jardes, la voisine de Raoul de Vallonges. Il ne fit guère attention à elle, parce qu'il avait comme autre voisin un journaliste dont il avait besoin, mais M^^^ Laurent, après deux essais d'amants manques, subissait alors une crise de si profond ennui, qu'elle fit plus attention à lui... Elle s'était déjà convaincue, avec un gentil courage et des arguments simples, que « ce n'était pas une raison parce que ça avait raté deux fois... » ...et pensait qu'un nouvel essai, même malheureux, la distrairait toujours — en tout cas ne l'engageait pas à grand chose... Elle reprit vaguement ces réflexions tout le long de la soirée... et étoufi'a un bâillement qui était presque un soupir... Sur la table un semis de pétales de violettes autour des verres allait rejoindre au centre de la table une corbeille d'orchidées basse... Ils furent ravis, plus tard, de se souvenir tous deux de ce détail...

Pendant le mois qui suivit cette piquante entrevue, les

circonstances se firent un plaisir de rapprocher Raoul de Vallonges et la jeune INI™^ Laurent. Odette était la meilleure amie de Jeannette Silly que cela amusa beaucoup de « s'entremettre »... Vallonges commença par trouver Odette d'un joli blond... puis il apprit avec plaisir qu'elle n'était pas en main... — car un des seuls scrupules qu'il jugeât bien d'appliquer était de ne pas troubler sans nécessité un amour en activité — ...il plut assez, et Odette s'ennuya moins...

Nous savons que Vallonges n'attendait que de n'être pas « à court » pour laisser sa chère Geneviève. Il se fit bientôt part des sentiments que lui inspirait Odette sous la forme bien parisienne de : « Ça pourrait peut-être coller quelque temps... qu'est-ce que je risque?... » — Il fit part ensuite de ces sentiments à Odette avec plus de politesse... mais saas débordements de passion...

— Qu'est-ce que vous diriez si j'acceptais?

— Je dirais merci...

— Merci qui?...

— Merci, Madame...

Ces enfantillages sont charmants ! Et elle accepta.

Si jamais deux amants échangèrent leur premier baiser avec l'intention de ne pas s'aimer, c'est bien ces deux-là. Ils n'espéraient pas grand chose l'un de l'autre; mais il se trouva justement qu'ils se convenaient parfaitement l'un à l'autre.

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Odette pouvait très bien plaire à Vallonges. Elle avait le genre de « charme discret » qi:'il préférait. Le charme qu'il aimait dans le portrait de M'i^ Fel par Latour qui est au ^lusée de Saint-Quentin, et dont il avait une bonne photographie au-dessus de son divan...

Des cheveux pâles et soyeux, des j'eux fins, le teint délicat et bleu, se meurtrissant vite à la fatigue (la fatigue est le fard des blondes), et des lèvres d'un rose fatigué — des façons vannées de pencher la tête — et un joli corps blanc, fluet, tout frissonnant aux effleurements, et d'une acidité de lignes dont aucune inégalité de développement, malgré la jeunesse, n'altérait la minceur...

Odette était tout à fait chatte blanche. Elle aimait précisément s'émouvoir aux caresses que Vallonges aimait faire... Après deux séances de sourire nerveux leurs chairs furent tout à fait d'accord, et bien mieux qu'ils ne l'étaient encore eux-mêmes...

Car ils avaient vraiment conclu si vite leur « adultère de raison » qu'il leur en restait comme une certaine gêne. Ils en évitaient l'inconvénient par des exagérations de très correcte désinvolture...

— Moi, dès que je vous ai vu, j'ai compris que vous pourriez m'aller pour quelque temps — aussi je ne me suis pas fait trop prier, hein?

— Vous avez été charmante. J'en ai été ravi; d'autant

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que par suite de circonstances dont vous me permettrez de ne pas vous importuner, je cherchais justement... Je ne pouvais trouver mieux...

— Vous êtes trop aimable !...

— Mais non... je vous assure... depuis que j'ai l'occasion de vous regarder avec soin je vous trouve étonnamment jolie!...

— Fi monsieur ! La beauté n'est rien... ce sont les qualités du cœur seules qui méritent...

— Montrez votre cœur?

— Il est là-dessous, Monsieur 1

— Ma chérie !...

Ce fut le long de semblables marivaudages, dont le sens réel devenait plus caressant chaque jour, que Vallonges et Odette apprirent à se plaire de plus en plus ensemble. Ils avaient commencé par deux rendez-vous par semaine, puis elle vint presque chaque jour. Elle lui donnait bien toute la chère tendresse légère dont il avait besoin, et ses bras l'enlaçaient bien de bonheur.

Ils pensèrent bientôt que cela durerait « plus longtemps que cela » et ils se le dirent en riant. Ils considéraient certainement maintenant leur liaison comme une des bonnes choses de leur vie. (Ah ! passagère sans doute ! est-ce que quelque chose dure !... est-ce que le petit ÎNIachin et la petite Une telle, qui s'adoraient, ne viennent pas de se lâcher !...

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on sait bien que ça finira !... — « C'est toi qui en auras assez... » — « Ou toi !» — « Peut-être. » — « Mais on se quittera gentiment, s'pas? » — « Et on restera bons amis. ») — Ils étaient raisonnables, raisonnables, raisonnables, ils ne se faisaient serments et scènes qu'en blaguant, mais tout de même leur tendresse était devenue forte... Ils se convenaient si bien...

(Je crois vraiment que Vallonges endormi rêve d'Odette...)

Elle lui convient si bien...

Elle a de la douceur, de l'élégance intime, de la jeune mélancolie, de la fragilité... tout ce dont il est touché. — Elle parle drôlement ce précieux et indulgent argot mondain (et demi-mondain) pour lequel on sait que Vallonges a une passion de philologue. — Elle est « au courant »... a tous les snobismes qu'il faut sans aucune érudition voyante... et elle se parfume violette et iris... — Elle sait dire sérieusement, d'un livre, sans l'avoir lu : « Il y a des passages intéressants. » — Elle- est tout simplement une gentille petite jeune femme... une gentille petite camarade d'aujourd'hui, avec de petites lassitudes et de petites tristesses, des fous rires et. des phrases folles, quelques névralgies... un goût sincère pour le plaisir, et beaucoup de soigneuse admiration pour sa petite personne blonde...

— Est-ce que j'étais jolie hier soir?

— Tu me trouves jolie?

— Viens voir si je suis plus jolie que tout à l'heure... J'ai les yeux plus foncés, s'pas !... C'est ta faute... Ils sont d'un joli vert, mes yeux !...

Comme Odette est gentille !

Je veux vous les montrer un peu ensemble... c'est plutôt par amour des préparations un peu longues, que dans l'intention de vous « exciter à la débauche ». (Les préparations ménagent le futur intéiêt des détails, et si j'esquisse ces faciles médaillons d'amoureuses, c'est moins pour passer le temps pendant que Vallonges dort, parce que je suis persuadé que vous le connaîtrez mieux après.,.)

Odette... — Laissée sur le lit en salade, une jambe étendue, l'autre un peu relevée, les bras plies derrière la tête, un petit sourire laissant voir l'éclat des dents entre les lèvres humides, l'ombre claire des cils bougeant doucement sur les joues lorsqu'elle ferme un peu les yeux, tandis que penché sur elle il se caresse les lèvres aux hanches, aux épaules, aux seins, aux lignes timides... — « T'aimes mes nichons, dis? »...

Comme il goûte ce petit corps nacré, parfumé, tiède, amoureux, donné... ah ! bien d'autres adjectifs encore, et l'on ne sait comment les ranger!... Tout à l'heure — (et peut-être tout à l'heure encore) — il tenait tout dans ses

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bras ce cher bijou de choir suave, elle croisait ses poignets minces de côté en tendant l'épaule, elle riait parce que les mèches de cheveux tombaient dans leurs longs baisers, et elle a lenversé brusquement la tête en arrière, comme elle fait toujours... les lèvres fioides...

Maintenant ils sont séparés, mais leur étreinte n'est pas évaporée encore... Il posera la tête entre l'épaule et le sein, glissant un bras sous elle, laissant son autre main aux hanches... elle lui chatouillera les yeux de ses doigts fins... De temps en temps ils se relèveront ensemble sur un coude, tendront leurs lèvres pour un baiser, un petit baiser... puis ils se blottiront de nouveau...

— Mon chéri !...

— Ma chérie !...

Peu à peu ils s'attendrissent... fatigue et crépuscule. Elle lui prend la tête entre ses mains :

— Mon petit... mon pauvre petit!...

(L'autre jour, chez les Presgirault, Vallonges lui a montré dans un numéro de la Revue de Paris qui traînait sur une table, que lorsque ]M. Ary Renan était bébé « les rïwts pauvre petit étaient pour lui V expression de la plus vive tendresse » — il y avait beaucoup de monde, ils ont échangé un délicieux sourire...)

— Mon pauvre petit...

Elle dit cela si bien, elle le murmure et il sait qu'elle le dit, et il ne se souvient pas d'avoir jamais mieux frissonné de tendresse qu'à lui entendre répéter lentement, en

appuyant sa joue douce contre la sienne, «jnon petit... mon pauvre petit... » — Il s'abandonne...

— Ma chérie !...

Odette encore... — • c'est son coup de sonnette et deux petits coups d'impatience à la porte.

— Embrasse-moi !.,. Ne me chiffonne pas, je ne peux pas rester... je suis passée tout de même te dire bonjour... et puis je voulais te montrer ma veste de loutre. Je ne trouve pas que le col... n'est-ce pas?... J'ai eu tort de me décider pour la loutre... enfin ça y est !... Faut que je fasse un tas de visites : comme ça, nous serons tranquilles la semaine prochaine... J'ai dit à mon mari que je passerais chez toi t'inviter à dîner pour lundi... Il a fait sa tête de « convenances », mais comme ça j'ai pu prendre la voiture... lundi, n'oublie pas. Je vais chez la vieille INlorand... chez Hélène Stolon... où ça encore?... Ah ! chez Simonne d'Omeure où j'ai rendezvous avec Jeannette Silly pour aller ensemble chez la mère de Guislain... on s'embêtera... Et puis il faut que je passe chez la modiste pour ma toque bleue... Ah ! et puis nous dînons ce soir chez les Schmitzmeyer... rien que la magistrature assise... tâche de venir après dîner; sans cela je sécherai d'ennui, et tu me débarrasseras d'un jeune substitut qui s'entête à vouloir coucher avec moi... oh ! il n'arrivera à rien, sois tranquille... Je te dirai si je peux venir demain... Si je ne te vois pas, attends-moi demain jusqu'à quatre

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heures et demie... Si je ne suis pas venue, c'est que je ne pourrai pas... jusqu'à cinq heures... attends-moi jusqu'à cinq heures... c'est à peu près sûr que je viendrai... là... je me sauve... à ce soir... »

Odette encore... — un autre jour :

— Je suis venue tout de même... mais tu sais je suis très respectable aujourd'hui... Si je n'ai pas apporté de camélias rouges c'est parce que ce n'est pas la saison... Je vous fais une \isite, cher Monsieur !... Tu sais, en venant, rue Royale, je regardais les petites tortues chez Tempher, j'ai vu passer ton ami Kerante avec une petite femme tout à fait jolie, en gris foncé, très chic... tu lui feras mes compliments... des compliments anonymes... Oh ! je vais tout de même enlever mon chapeau... là... Dis donc ? Combien y a-t-il de femmes avant moi qui ont mis leurs chapeaux sur cette Femme inconnue là?... J'espère au moins que maintenant tu n'en amènes plus... que tu te rends à domicile. — Oh ! tu sais, après demain je vais à la Renaissance avec les Presgirault... si tu n'as rien à faire tu peux te trouver dans la salle avec un camarade, je te permets... Veux-tu — on va s'asseoir tous les deux sur le divan et rester bien sages... Dis?... Attends que je dégrafe un peu plus... Mets la tête là... mon chéri... embrasse-moi... — Alors ça te fait tout de même plaisir que je vienne te voir comme cela?...

Ah ! VOUS sentez bien que Vallonges a été très mécontent que Georges Laurent se soit entêté à ce ridicule voyage en Italie...

Odette et lui ne s'étaient pas séparés encore... l'autre été on a villégiaturé ensemble, et même cet hiver c'est ensemble que l'on a passé quelque temps dans le Midi. Jamais rien entre eux, en venant tendre les liens qui les unissaient, n'avait éprouvé la solidité de ces liens... Une fois Vallonges avait dit : « J'ai dîné hier avec une jeune personne charmante qui m'a laissé comprendre, avec des circonlocutions chatouilleuses, que si je voulais... Est-ce que vous m'autorisez, chère Madame? » — Odette, qui était assez courbaturée ce jour-là pour avoir confiance, répondit en riant : « Je serais désolé, cher ^Monsieur, de vous priver de quelque chose qui vous soit agréable... Seulement tu me raconteras... » — Mais, si Vallonges avait profité de la permission, s'il en avait même étendu le bénéfice à d'autres jeunes personnes, par aubaine, il n'avait jamais raconté à Odette... Et, au fond (même ce soir en écrivant un bleu à Suzctte), il lui était vraiment tout à fait fidèle, car il ne pensait jamais à d'autres caresses que les siennes qu'aux moments où, par occasion, il les accueillait, et cette fidélité est plus réelle et flatteuse que d'autres plus méticuleuses, mais inquiètes...

Vallonges préférait Odette sans aucune difilculté...

Ils se sont fait de gentils serments de séparation...

— Tu vas pas me lâcher au moins... dis?,.. Raoul 1

— -Je te reprendrai à ton retour si tu es sage... dépêchetoi !

— On tâchera de lui faire prendre des raccourcis...

— Et puis dis donc... tu vas me faire le plaisir de faire attention... les voyages... c'est très imprudent... Je te prie de ne pas revenir dans une situation... peut-être intéressante... mais ça ne m'irait pas du tout...

— ...Il n'y a pas de danger ! J'emporte tout ce qu'il faut...

— Pas de bêtises !...

— Et toi, tu vas me trrrrahir !...

— Tra la la... sale bête !..; Dis donc... fais au moins bien attention de ne pas...

Fallait pas compter s'écrire... Laurent ne surveille que la « correspondance », mais il la surveille bien. On se dirait des nouvelles par Jeannette Silly... et de fait Odette n'a pas écrit...

— On va être joliment longtemps sans se voir ! — a dit Georges Laurent à Vallonges la veille du départ. — A qui le disait-il !...

(Je crois décidément que Vallonges endormi ne rêve à rien... ni à Odette ni à Aimienne... Il est pratique, Vallonges...

Il se réveillera la têle et la bouche plutôt pâteuses... les yeux douloureux... tout courbaturé... Faudra de l'eau fraîche... Cette bergère est tout de même inconfortable comme lit... vraiment inconfortable...

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