LE SECOND CONTE
Qui s'esbatoit auec des enfans nuds,
Prenant plaisir, et faisant vn banquet
Tout plein de ioye, et d'amoureux caquet.
Cupido beut trois fois à son entrée
De bon vin doux, pour se mieux accoustrer :
Et Volupté la plaisante et la gaye
Print vne harpe, et de chanter s'essaye,
Pour festoyer Amour à sa venue,
Lequel s'endort dessus sa mère nue.
Et ronfle, et souÔle, et son arc laisse cheoir
Sur vn coussin, ou depuis se vint seoir
Volupté gente, et se mit au cul nu
Sans y viser sur l'arc de fer cornu.
Et sur vn trait plein de poison mortelle,
Si se piqua, et receut douleur telle,
Qu'elle ietta vn haut cry et agu.
Duquel Venus tressaute, et par argu (1)
Tense et demande à quoy faire on l'esueille.
Lors Volupté qui à la mort traueille, (2)
Perd sa couleur, et pallist comme cendre.
Venus la void, et elle de descendre,
Print sa niëce, en ses bras, desia froide,
Qui clost les yeux, et deuint toute roide.
Lors en plorant s'esorie, ha Dieu mon père
luppiter haut, soyez moy si prospère.
Que ie ne perde ainsi ma Volupté.
En se disant, Volupté d'vn costé
Pend iusqu'à terre, et Venus void sa hanche
Teinte de sang, qui souloit estre blanche.
Si prend vn linge, et torchant apperçoit.
Que la chair s'enfle, et l'autre trespassoit.
(1) reproche.
(2) a souffrance mortelle.