‹ Œuvres de Jean Lemaire de Belges, publiées (volume 2)Chapitre 33 sur 67 · Prologue · texte numérisé non relu

Prologue

Pvis peu de jours en ça, est de nouuel aduenu, que deux personnes ayans beniuolence lune à lautre, et tous deux de noble et gaillarde nature : cestasauoir quant à lart et estude Mercurial (1) et Palladien, se trouuerent ensemble en lieu domestique et priué, et eurent entre autres choses, deuises entremeslees, de la comparaison de la langue Françoise, et de sa franchise et bonté naïue enuers le langage Toscan et Florentin, lesquelz sont deriuez et descendus dun mesrae tronc et racine : cestasauoir, de la langue Latine, mère de toute éloquence. Tout ainsi comme les ruisseaux procèdent de la fontaine, et doiuent viure et persévérer ensemble, en amoureuse concordance. Neantmoins commençoit entre lesdits deux personnages, qui de toute prime ieunesse sestoient entreaymez par admiration de vertu, à sourdre quelque débat et altercation de leurs prééminences quant à fidélité (2) : et ce procedoit de gracieuse ialousie : Car lune des parties soustenoit, que la langue Françoise estoit assez gente et propice, suffisante assez, et du tout

(1) Mereuréen (1528).

(2) c.-à-d. exactitude expressive. C'est l'idëe de la Deffente de Dubellay. Cf. notre édition I, p. 11.

Page 1