‹ Œuvres de Jean Lemaire de Belges, publiées (volume 2)Chapitre 34 sur 67 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

élégante pour exprimer en bonne ïoy, et mettre en effect, tout ce que le langage Toscan ou Florentin (iasoit ce quil soit le plus flourissant d'Italie) sauroit ditter ou excogiter, soit en amours soit autrement. Et en ce allegoit pour ses garants et defFenseurs aucuns poètes, orateurs, et historiens de la langue Françoise, tant antiques comme modernes, si comme lean de Mehun, Froissart, Maistre Alain, Meschinot, les deux Grebans, Millet, Molinet, (1) George Chastelain, et autres, dont la mémoire] est et fera longuement en la bouche des hommes, sans ceux qui encores viuent et flourissent. Desquelz maistre Guillaume Crétin est le Prince. Lautre personnage deffendoit et preferoit le langage Italique, comme celuy qui plus et mieux apoinct, et par plus grande affection, scait exprimer son intention en pratique amoureuse et autres matières. Et pour ce prouuer mettoit en auant plusieurs acteurs renommez et autorisez, si comme Dante, Pétrarque, et Bocace tous trois Florentins, Philelphe, Séraphin, et assez dautres Italiens. Pour lequel différent accorder, lune desdites parties sefforçoit d'exaulcer, autoriser, et honnorer nostre langue Françoise et Gallicane, Et de fait, luy seoit bien à merueilles. Comme celle (2) qui dun haut cœur virile et masculin, prononçoit maints nobles termes amoureux et prudents, par élégance féminine. Si me requit de vouloir mettre main à la plume, pour descrire le tumulte amoureux de leur débat, et laccord prochain qui sen pourroit ensuiure, ou au moins en donner quelque bon espoir et apparence par mon escriture. Laquelle charge iay voulentiers entreprise à sa bénigne requeste, comme celuy qui ayme et honnore à mon pouuoir la langue

(1) Moulinet (1528).

(2) Marguerite d'Autriche ?

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Gallicane amie et voisine du langage Italien. Joint à ce, que aucunes autres raisons concurrentes et non discrepantes, me y ont incité : Cestasauoir, pource que au temps moderne plusieurs nobles hommes de France frequentans les Itales, se délectent et exercitent audit langage Toscan, à cause de sa magnificence, élégance, et douceur. Et dautre part, les bons esprits Italiques prisent et honnorent la langue Françoise, et se y déduisent mieux quen la leur propre. A cause de la résonance, de sa gentillesse et courtoisie humaine. Vne autre raison encores niha à ce stimulé. Cest de persuader, autant quen moy peult estre, la paix et vnion perpétuelle, entre lesdites deux nations et langues, lesquelles sont en partie amies et concordantes lune à lautre (1) mais pour la plus grand part ennemies. Ainsi comme si dame Nature tout à son essient les eust desiointes et séparées par obstacle des Alpes, et des montaignes interposites, et par la différence du ciel, des mœurs, et des coustumes quant au fait, et des accents, contenances, et prononciations quant à la partie. Lesquelles choses apperent assez clerement au temps présent : Cestasauoir dun costé par aucunes alliances et communications qui se treuuent et sentretiennent entre lesdites deux nations. Mesmement entre le peuple de Florence et la noblesse Françoise. Et le contraire se monstre par les guerres, factions, bendes, et inimitiez violentes, de Veniciens, auecques leurs confederez contre ceux de nostre langue. Donques, il mha semblé bon pour chose morale et duisant à la chose publique, et aussi délectable aux lisans, de mettre peine à

(I) On dirait sa Concorde du gendre humain, Bruxelles 1508. Une des parties de Tëdition 1528 porte ponr titre : de V entretenement de V union des princes.

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