‹ Œuvres de Jean Lemaire de Belges, publiées (volume 2)Chapitre 37 sur 67 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

et dune voix tonnante, et redoutable, qui menassoit ceux qui sefForçoient dapprocher à main vuide, aux riches coussinets, sur lesquelz reposoient les belles images et simulacres féminins, et veneriques : Et de fait, les reboutoit rudement.

le donques tout délibéré daccomplir mon vœu ia pieça promis, à lexemple des autres, ausquelz iauoye veu faire le semblable, presentay vn petit tableau de mon industrie assez bien escrit et enluminé de vignettes, et flourettes, lequel iestimoye un chef dœuuvre, pour le planter et dédier deuant limage de ma Demydeesse. Et de fait, quand ce vint à offrir, ieuz quelque peu de faueur du souzdiacre Belacueil : Car en faisant mon offrande, il me souffrit baiser les leures coralines de limage, prétendant encores la rebaiser par plusieurs fois, pour saouler ma deuotion.

Mais quand Danger le rude diacre, plein dauarice sacerdotale, eut veu que ie ne feis présent que dun peu de parchemin attaché en bois, sans ce que autrement il regardast (1) que tout ce seruoit à Ihonneur et exaltatoin de la Déesse Venus, et de son temple, il me chastia malgracieusement de sa gaule, et ietta mon tableau derrière le grand autel, sans en tenir conte, pource quil ny auoit gueres de métal, dor ou dargent pesant, ou massif, fors seulement de dorure, ou enluminure superficielle.

Voyant mon rebout et confusion, ie me reputay malheureux. Et sortis hors du Temple, plein de vergongne, tout pensif, et sans contenance, sinon piteuse et lamentable, fuyant et me destournant de la conuersation de ceux de ma congnoissance : lesquelz par grand foule occupoient les chemins de toutes pars, pour aller au sacrifice de

(1) Sans autrement reconnaître.

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