‹ Œuvres de Jean Lemaire de Belges, publiées (volume 2)Chapitre 38 sur 67 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

Venus. Si feis tant, que ieschappay de la presse, et tant erray par mes iournees sur mer et sur terre, que ie paruins en vne merueilleuse solitude : cestadire, désert, stérile, pierreux, areneux, et tout eremitique, là ou néantmoins ie trouuoye aucuns pas humains, imprimez en la sablonniere seiche : non tant que ce peust sembler grand trac, ou chemin ferré, mais toutesuoyes il donnoit consolation à ma tristeur, espérant que ie paruiendroye à trouuer aucune chose estrange, merueilleuse et antique, dont ie suis curieux. Ce qui maduint, comme vous orrez cy après.

Apres lointains voyages et erreurs plus que vagabondes, et après plusieurs perilz et naufrages eschappez, pource que ie me destournoye vne fois deçà, autrefois delà par lignorance des sentiers,, comme celuy qui mieux aimoye mourir en lieu estrange et incongnu, que viure en dérision de mes voisins. Finablement iapperceuz vn Rocher trèshaut et tresmerueilleux à regarder pour sa diuersité. (l)Car son chef sesleuoit par dessus les nues : et au pied diceluy, comme on pouuoit coniecturer par semblance lointaine, pouuoit estre imaginé aucun peu darbres et verdures. Si tiray celle part, pensant que illec parauenture ie trouueroye quelque réfrigère deaue, ou de fruitage, pour estancher ma grand soif, qui causée mestoit par le train labourieux de la terre sablonneuse, et par euaporation de sueur alteratiue, et expiration dhaleine.

En cest espoir et désir, oubliant mon trauail, par affection de nouuelleté, ie ne me donnay garde, que iapprochay le pied du Roc, lequel estoit reuestu daucuns buissonnets, mais cler semez, et non pas du tout suflSsans pour donner ombrage, et encores moins fructueux. Si nestoient peuplez

(I) «'. e. singularitë.

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