‹ Œuvres de Jean Lemaire de Belges, publiées (volume 2)Chapitre 39 sur 67 · PROLOGUE. 't2f · texte numérisé non relu

PROLOGUE. 't2f

fors de menus lezardeaux, et autres bestioles nommées cigales, dont le chant enroué faisoit resoner lair de toutes pars. Neantmoins ie y cueillis aucunes meures et framboises verdes, dont laigreur estancha quelque peu lalteration de ma bouche.

Or estoit la Roche eschauffee du Soleil Méridional, si droite, si scopuleuse, et si difficile à monter, que ie ne raen osay onques entremettre, ainçois alloye enuironnant(l) son circuit. Souhaitant par grand soing, que ie peusse recouurer quelque sourse de fontaine. Laquelle chose après grand trauail iobtins heureusement, et paruins en vn lieu solitaire et ombrageux, qui estoit le creux du Rocher large et ample, reuestu de mousse et autres herbes aquatiques, duquel sourdoit vn petit ruisselet argentin, enuironné dun peu darbres, de fueillure escharse. Si massis sur la riue pelée, et non gueres herbue, puis menclinay et puisay de leaue dedens mes palmes creuses. Si buz de celle belle liqueur refrigereuse, et en lauay la sueur de ma face.

Et quand ieuz mes esprits recréez et remis sus, il me sembla bien, pource que le lieu estoit séparé de la noise du monde, que cestoit vn désert espouuentable, auentureux et danciennes merueilles, et comme vn lieu hanté de Nymphes ou dautres esprits incorporelz. Si dressay la veiie pour regarder la région circuniacente : et si parauenture il y auoit là entour chose aucune digne de mémoire. Finablement ma curiosité ne me deceut point : car du costé dextre de la fontaine, ie trouuay entaillé en la roche, de graueure antique, ce qui sensuit.

(1) t. e. faire le tour. Cf. le v. français cerçher.

1â8 LE CHEMIN

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