DESCRIPTION DV ROCHER
sur lequel est assis le Palais d'honneur et le Temple Je Minerue.
Voicy le noble roc, qui les nues surpasse.
Des plus hauts monts qu'on sache au monde l'outrepasse.
Dont le sommet atteint, Pair du ciel tressalubre.
Or est tout ce Rocher, diuers, glissant et lubre. (1)
Tresdur, agu, pointu, offendant piedz et palmes.
Et n'y croit alentour, ny oliues ne palmes,
Mais seulement estocs, et arbres espineux,
Poignans, fiers au toucher, tortus et pleins de nœuz.
Tous les sentiers y sont, peu hantez, tost perdables,
Dangereux au monter, promptement descendables
Et n'y va iamais nul, tant soit il grand et fort,
Qu'il ne luy soit besoin exercer maint effort.
Maint combat difficile, et mainte luitto aherdre (2)
Le tout en grand danger, de corps, et ame y perdre,
Ains qu'il puist survenir au dessus du Rocher.
Veu que pour le garder qu'on n'en puist approcher,
Monstres y ha vilains, plus hideux que luittons,
Horribles laids, et ords, tous garnis de bastons,
Qui tant d'ennuy, et peine aux entrepreneurs font,
Que pour le plus souuent leur vertu ployé et fond.
(1) cf. lubrifier, rendre glissant. Au lieu de tercets, le poète n'emploie plus que des distiques à rime plate, sans alternance de rimes masculines et féminines. 11 l'appelle plus bas taille alexandrine, à cause des douze sjUabes.
(2) En ancien wallon ahierdre, s'attacher ; ahierdant, un adhérent.
DT TEMPLE DE MINERVE. i!29
Mais si par fortitude, et bien perseuerer, Hz peuuent d'auenture, en aleine durer, lasques au on plus haut, ou est la riche plaine, Garnie de tous biens, de félicité pleine, Lors ont ilz Belacueil, ilz ont repos eterne, Gentil bruit triomphant, et bienheurté superne.
Car sur le haut du mont spacieux et planier, Est le Palais heureux, de tout bien personnier, (1) Le grand verger d'honneur, et le seiour Royal, Qui sans fin est ouuert à tout bon cœur loyal. Là est à tousioursmais l'air tranquile et serain. Comme en vn Paradis, terrestre, primerain. Tout y flaire, et flouronne, et rend souefue odeur. Tout y est plein de ioye, et de riche verdeur. L'air illec retentis t de tresdouce harmonie, Et paix est là endroit, richement espanie. Amour y règne, et Grâce, et Concorde y flourit, Plaisant plaisir y dure, et Ioye s'y nourrit. La verrez vous souuent cheualiers tournoyer, Et parmy les verds prez, dames esbanoyer, Qui les fleurs vont cueillant, pour beaux chappelets tistre. Et d'icelles on sent vn flair merueilleux ystre. Là les void on dansans, par bendes et Caroles, Chantans Lays pleins d'amour, et des douces paroles. Et lors les oiselets respondent à leurs chants, Qvi tous doux et priuez se laissent prendre aux champs, Et vont par tout semant leurs plumettes dorées. D'azur, de verd, de iaune, et pourpre coulourees. Entour des arbrisseaux, et des riues herbues. Et dessus l'ouuerture, aux flourettes barbues. Les mouschettes ot on par douce noise bruire, Qui cueillent la saueur, pour cire et miel construire.
(1) bien pourvu, bien partagé iparsonnarius). m. 9