‹ Œuvres de Jean Lemaire de Belges, publiées (volume 2)Chapitre 4 sur 67 · PREMIERE EPISTRE · texte numérisé non relu

PREMIERE EPISTRE

E<coutez moy ma plainte démener.

Et tu Echo, qui fais lair resonner

Et les rochers, de voix repercussiues,

Vueilles doubler mes douleurs excessiuos.

Vous sauez bien, que les Dieux qui tout vojent,

Tel bien mondain, tel heur, donné m'auoient, (1)

Que de plus grand ne iouit onques ame.

Vous t'ongnoissez, que pour maistresse et dame

lauoie acquis (par dessus mes mérite»)

La fleur des fleurs, lo chois des Marguerites.

Las, double helas, pourquoy donques la pers ie ?

Pourquoy peult tant infortune, et sa verge,

Qui maintesfois, celle dame greua ?

Elle s'en va, heks elle s'en va,

Et ie demeure icy sans compaignie.

Elle va voir la noble Germanie,

Elle va voir le Roy Romain son père,

Et lautre Roy son seul frère prospère.

Et tout sans moy. Helas qu'ay ie meffait ?

T'ay ie des plu, ô chef d'oeuure parfait ?

Ay-ie nonce (2) chose qui face à taire :

Ha rien méfiait ton humble secrétaire,

Qui plus ha s.ceu de ton priué secret,

Qu'autre viuant, tant soit sage ou discret ?

Helas nenny : mais Fortune ennemie, (3)

Me grieue ainsi ma Maistresse et mamic :

Et faux espoir (que iauoye d'vser

Mes iours o toy) m'ha voulu abuser.

(1) Remarquer la rime, comme plus haut proprette» avec agrestes^ et plus bas : mesmes avec femmes.

(2) cf. nunciare, faire savoir.

(3) c.<à-d. « 0 fortune ennemie ! c'est ainsi que ma maîtresse, etc. » On peut aussi transposer le vocatif, en i*eculant la virgule jusqu'à ainsi.

DE L AMANT VERD. ' 0

Or doy-ie bien haïr ma tristo vie : •

Veu que tant t'ay par terre et mer suiuie,

Par bois, par champs, par montaigne et valee,

Et que ie t'ay maintes fois consolée

En tes dangers, naufrages et perilz, (1)

Esquelz sans moy n'auois ioye ne riz.

Et maintenant tu laisses ton amant,

0 cœur plus dur qu'acier ou dyamant :

lusques à or ie ne t'ay fait offense,

Mais plus ne puis mettre obstacle ou deffense

Que de rigueur ie n'vse en mon epistre.

Là ou ma langue onques mat ne sceut tistre.

Certes, tu es (diray-ie ce dur mot)

(Mais pourquoy non ? quand nul que toy, ne m'ot)

Tu es cruelle, ou aumoins trop seuere,

Veu que ton œil, qui en deuil perseuere

N'ayme couleur sinon noire et obscure,

Et n'ha de verd, ne de gayeté cure.

Or pleust aux Dieux que mon corps assez beau,

Fust transformé, pour ceste heure, en corbeau :

Et mon colier vermeil et purpurin,

Fust aussi brun, qu'vn More ou Barbarin :

Lors te piairois ie, et ma triste laideur.

Me vaudroit mieux que ma belle verdeur.

Lors me seroit mon dommage et ma perte,

Tournée en gain, et recouurance aperte.

Vienne quelqu'un, qui de noir atrament

Tainde mon corps, et mon accoustrement.

Mais s'impossible estoit, que ma vesture,

Peust receuoir nulle noire teinture : (2)

(1) « En ces mots péril et gentil, nous y faisons mollement sonner le g, prononçans perigl, gentigl.y> Duval ap. Thurot, la Prononciation française, etc. II, 295.

(2) taincture-, éd. 1512.

6 PnEMIKRR BPiSTRB

Las vienne aucun, aumoins, qui à ton œil

Fasse apparoir de verd que ce soit dueil.

Mon cœur so deult, combien que d'vn verd gay (1)

Soit mon habit, comme d'vn papegay.

Et faut il donc, si ne mest deliuree

De par Nature vne noire liuree,

Que bai" soje ? et que frustré me voyo

De ton regard, qui prend or autre voye?

0 dur regret, qui me vient courir sua.

S»^ray ie donc vn autre Narcissus ?

Ou Hippolyte ? aupquelz leur beauté propre

Par grand mechef (2) causa mort et opprobre t

le voy qu'ouy : et que mon propre chant

M'est vn couteau mortellement trenchant.

Las, si ie parle, et ciffle, et me degoise,

Et qu'en chantant ie maine douce noise,

Ce n'est pour moy, mais pour toy resiouir.

•le me tairay s'on ne me veult ouir,

Ains (3) qu'on me laisse en ce lieu solitaire,

A moy moleste, et à nul salutaire.

Las, ie voy bien que trop me nuit mon plaid :

Veu que plaisir et ioye te desplait.

Si seray dit (quand trop ie m'esuertue)

Le Pélican, qui de son bec se tue.

Bien peu s'en faut que celuy ne maudie,

Qui me donna tel' grâce et mélodie,

Par trop m'apprendre et dittiers et chansons.

Dont autresfois tu aymois les doux sons :

Et me baisois, et disois : Mon amy.

Si cuidoye estre vn Dieu plus qu'à demy,

(1) cf. reverdie, vergolay, vert-galant, emmayoler avec verdure.

(2) meschie/, éd. 1512.

(3) c.-à-d. plutôt que de me laisser.

DE L AMANT VERD. 7

Et bien souuent de ta bouche gentile, (1) M'estoit donné repas noble et fertile.

Que diray ie d'autres grands priuautez, Parquoy i'ay veu tes parfaites beautez : Et ton gent corps, plus poli que flii (2) ambre, Trop plus que nul autre varlet de chambre ? Nud, âemy nuJ, sans atour et sans guimple, Demy vestu, en belle cotte simple. (3) Tresser ton chef, tant cler et tant doré : Par tout le monde aymé et honnoré.

Quel autre amant, quel autre seruiteur.

Surpassa onq ce haut bien et cest heur ? Quel autre aussi eut onq en fantasio, * Plus grand' raison d'entrer on ialousie ?

Quand maintesfois pour mon cœur aflfoller, Tes deux maris ie t'ay veu accoller.

(Car tu scais bien qu'vn amant gracieux, De sa dame est ialoux et soucieux) Et nonobstant aucun mot n'en sonnoie :

Mais aparmoy grand ioye demenoie, En deuisant et faisant noise et bruit, Pour n'empescher de ton pldsir le fruit. Bien me plaisoit te voir tant estre aymee De deux seigneurs, de haute renommée.

Lun fut d'Espaigne, et lautre de Sauoie, Que plus bel homme au monde ne sauoie. Bien me plaisoit te voir chanter et rire, Dancer, iouer, tant bien lire et escrire, Peindre et pourtraire, accorder monocordes,

(1) gentille^ éd. 1512.

(2) fine, éd. 1528.

(3) Gonunent l'auteur de la Bibliothèque françoise, l'abbé Goujet, a-t-il pu iienser ici â J. Le Maire lui-même V

9 PH^MIKItt; bPISIRK

Dont bien tu scais faire bruire les cordes : (1) Mais maintenant, tout cela tu reboutos : Et ne fais fors espandre pleurs et gouttes De tes beaux yeux, qui iamais n'en sont las, Sans plus quérir ne plaisir ne soûlas, Parquoy ie suis do toy mis en oubli.

0 mon las cœur d'amour trop ennobli, Pourras tu bien endurer en toj mesmes De perdre ainsi la Princesse des femmes ? D'estre priué désormais de la vetie De celle qui d'honneur est tant pouruette ? Viuras tu bien tout seul en ceste tour, (2) En attendant son désiré retour?

Non pas tout seul : car aussi du païs Duquel ie suis, demeurent esbahis Auecques moj, le Quin (3) et la Marmotte, Dont la tristeur desia leur mort dénote. Prisonniers sont, leur liesse est perdue, Et sont liez par grand' rigueur non deiie. la ne viuront, absents de leur maistresse, Ainçois mourront, de langueur et tristesse. Aussi fera Broutique leur compaigne Fille à Brutus, dont parle encor Espaigne. Elle de dueil, ses enfans nouueaux nez, Apres sa mort seront tantost finez.

(1) Tout cela est bien prouvé par la biographie de Marguerite d'Autriche.

(2) du château de Pont-d'Ain, près de Bourg-en-Bresse, en 1505.

(3) Ce ne peut pas être le rouchi quien, chien ; car plus bas ou rencontre ce dernier mot tout à la française. Richelet, Trévoux, Roquefort et Lacurne Ste Palaje donnent quin ou quinaud, mâle de la guenon. — On disait aussi : quine ou quine-mine pour désigner une grimace de singe.

DE l'amant VEBD 0

0 poures nous ! 0 trestous misérables !

lugez à morf-, non iamais secourables.

Mourons acoup, (1) puis que nostre Princesse

De nous s'eslongne, et de nous aymer cesse.

Bien vont, o elle, vn tas d'oiseaux rapteurs,

Et chiens mordans, peruers et latrateurs.

Et nous, helas, innocens^ et qui sommes

Fort approchans la nature des hommes,

Elle nous laisse en pais estranger,

Qui de sa main soûlions prendre à menger :

De sa main propre, et blanche et délicate.

Ha Marguerite (à peu diraj ie ingrate)

le te puis bien faire ores mes reproches.

Puis que de mort ie sens ia les approches.

Long temps ton serf, long temps ton amy cher, (2)

A ton leuer, à ton noble coucher '

Depuis Zelande, (3) en Grenade, et par tout,

Suis ie venu de mon seruice à bout,

En ce lieu cj mortifère et funeste,

Ou va volant vn ange deshonneste,

De punaisie et de vermine immonde.

Ou i'aj perdu la fleur de tout le monde,

Le Duc mon maistre, et la Duchesse après,

Dont le remors me touche de trop près.

Est ce desserte ? ay ie cecy mery ?

Ha le pont d'Ains, que fusses tu pery,

Lieu exécrable, anathematisé,

Mal feu puist estre en tes tours attisé.

Aumoins Princesse (en extrême guerdon)

(1) acop, immédiatement.

(2) chier éd. 1512, formant rime normande à e fermé. Comme plus bas : fier et empescher.

(3) Embarqué à Flessingue avec Marguerite d'Autriche.

10 PRENIKitE EPISTRE

le te requiers, et te supplie vn don ; C'est que mon corps n'y soit enseuely.

Ains lo me mets en quelque lieu iolj, Bien tapissé de diuerses flourettes, Ou pastoureaux deuisent d'amourettes :

Ou les oiseaux iargonnent et flageoUent. Et papillons bien coulourez y voilent.

Près d'vn ruisseau, ayant l'onde argentine, Autour duquel les arbres font courtine De fueille verd, de iolis englentiers, £t d'aubespins âairans par les sentiers. Bien me peux faire honneur de sépulture, Veu qu'vn corbeau de moins noble nature Fut honnoré, et eut obseque humain Au temps iadis par le peuple Romain.

Mon tumbel donc, ainsi mis en grand' pompe, Pourueu qu'espoir ne me déçoive et trompe, S'il adulent lors que Pèlerins passans, Cherchans vmbrage, et les lieux verdissans. Près de ma tumbe, en esté se reposent. Et que dessus la pierre marcher n'osent, (Veu que sacrée à Venus sera elle) Vers eux viendra quelque gente pucelle.

Gardant brebis, par les préaux herbus, Qui pour fuyr l'ardeur du cler Phebus, Parauenture auprès de la fontaine Se voudra seoir : Et pour chose certaine Apres auoir estanché sa soif seicho, En deuisant dessus Iherbette fresche, Leur contera tout le cours de ma vie.

Et de ma mort (dont ie prens or enuie) Et leur dira :

DE l'amant VERD. 11

LA PVCELLE DIT AVX PASSANS.

Seigneurs, se Dieu vous gard,

Sur ce noir marbre, ou vous iettez regard,

Git l'Amant Verd, de pensée loyalle.

Lequel seruit vne dame Royalle,

Sans que iamais illuy feist quelque faute.

Natif estoit d'Ethiope la haute,

Passa la mer tant flere et tant diuerse, (1)

Ou il souffrit mainte grand' controuersa :

Abandonnant son païs et ses gens,

Pour venir cy par exploits diligens.

Laissa Egypte, et le fleuue du Nil,

Espris d'amours en vn cœur iuuenil,

Quant le renom de sa tresclere dame,

Luy eut esmu tout le courage et l'ame.

Si vint chercher ceste région froide,

Ou court la Bise impétueuse et roide,

Pour uoir la face illustre, clere et belle,

Qu'il perdit, puis, par Fortune rebelle :

Et pour auoir l'accointance amoureuse

De son désir. Sa langue malheureuse

Laboura tant à son futur dommage,

Qu'elle oublia son langage ramage (2)

Pour sauoir faire, ou sermon ou harengue,

Tant en François, comme en langue Flamengue, (3)

En Castillan, et en Latin aussi,

Dont à l'aprendre, il souffrit maint soucy.

Or estoit il vn parfait Truchemant,

(l) c.-à-d. sauvage et variable.

(21 primitif, sauvage.

(3) On prétend que Marguerite composa des vers en flamand aussi bien qu'en français.

1^ PRKMIICRE EIMSTRE

Et no restoit fors sauoir rAUemant, Ed quoy gisoit son espérance seure Si grief rebout (1) ne luy eust couru seure. Mais laissé fut en vn trop dur seiour : Dont il mourut de dueil ce propre iour Et luy fut fait ce monuement et tumbe, Dessus lequel plu je et rousee tombe.

Si aura il (par faveur supernelle) Louenge et bruit en mémoire éternelle.

L'AMANT VERD

Ainsi dira la bergère au corps gent, Aux pèlerins, et à maint autre gent.

Qui voulentiers la mienne histoire orront, Et de pitié, peult estre, ploureront, . Et sèmeront des branches verdelettes Sur mon tumbel, et fleurs et violettes : Puis s'en iront contans par mainte terre, Comment Amours m'ont fait cruelle guerre : Parquoy sera mon bruit trop plus ouuert. Que du Verd Conte, ou du Cheualier Verd. (2) Et sera dit, l'Amant Verd, noble et preux, Quant il mourut vray martyr amoureux.

Et oultreplus, à ma tumbe, de nuict.

Quant tout repose, et que la Lune luit. Viendront Syluan, Pan et les Demydieux Des bois prochains, et circonuoisins lieux, Et auec eux, les Fées et Nymphettes Tout alentour faisans ioyeuses festes :

(1) refus.

(2) Renommée plus grande que celle du Gfoene greef des flamands. C'est le chevalier Printemps en l'honneur duquel on joue « au vert. »

DE l'amant verd. < 13

Menans déduit, en danses et caroles, Et en chansons damoureuses paroles.

Ce seul soûlas auray ie après ma mort, Dont le désir desia me poingt et mord. N'as tu point veu (ô dame spécieuse) Que quand ta bouche amie et gracieuse, Ha dit adieu, à moy poure esperdu, Vn tout seul mot ie ne t'ay respondu ? (Aussi, comment eust il esté possible Que ie parlasse en ce dueil indicible ?) Mais seulement tout morne, triste et sombre, Comme desia sentant mortel encombre, Ta noble main doucement ay baisée Congé prenant de ta hauteur prisée.

Et maintenant à la mort me prépare, Puis que ie voy l'heure qui nous sépare. Helas comment me pourray ie donner La mort acoup, sans gueres seiourner? (1) Je n'ay poison, ie n'ay dague, n'espee Dont estre puist ma poitrine frappée.

Mais quoy ? cela ne m'en doit retarder, Qui mourir veult, nul ne l'en peult garder. Quand Portia, pleine de grands vertus, Voulut mourir pour son mary Brutus, Nonobstant ce que ses gens eussent soing Qu'auoir ne peust venin, ne fer au poing. Elle neantmoins pour fournir son deuis, Se fait mourir mengeant des charbons vifz. Par ainsi donq à vn cœur haut et fier. On ne sauroit son propos empescher :

Car moins grieue est la mort tost finissant, Que n'est la vie amere et languissant.

(1) sans tarder.

14 PREMIERE KPISTRE

Ha Dieux hautaius, de bon cœur vous mer^ie,

Car de mourir bien brief ne me soucie.

l'ay ia trouué, sans aller loing dix pas,

Le seul moyen de mon hastif trespas.

le Yoy vn chien, ie voy vn vieil mastio,

Qui ne mengea depuis hier au matin,

A qui on peult nombrer toutes les costes,

Tant est haï des bouchers et des hostes.

Il ha grand' faim, et ia ses dents aguise

Pour m'engloutir, et menger à sa guise.

Il me souhaitte, et désire pour proye :

Parquoy à luy ie me donne et ottroye.

Si seray dit vn Acteon naïf,

Qui par ses chiens fut estranglé tout vif.

Attens vn peu vilaine créature,

Tu iouyras d'vne noble pasture.

Attens vn peu, que ceste epistre seule

l'aye acheuee, ains me mettre en ta gueuUe,

Si saouleray ton gosier maisgre et glout,

Et tu donras à mon dueil pause et bout.

Mais si tu mets triste fin à mes plaints,

D'autres assez eu feras de dueil pleins,

Et eu la fin seras triste et dolent,

D'auoir commis vu cas si violent :

Car point n'auras si tost ma mort forgée,

Qu'encor plustost elle ne soit vengée.

Dont ie te prie, ô ma Princesse et dame,

Que quand mon corps verras n'auoir plus d'ame,

Et qu'à tes yeux, pour nouvelle dolente.

On monstrera toute sanguinolente

De ton amy la despouille piteuse,

Et que ma mort si laide et si honteuse,

Te causera dueil et compassion,

N'en prens pourtant ire ne passion : '

* DE l'amant verd. 15

N'en vueille point ta personne empirer, Par larmoyer et par trçp souspirer :

Car assez as d'autres maux plus patents. Dont maintes gens se trouueiit malcoiitens. Mais suffira, (1) sans plus, que tu maudie La vile beste, outrageuse et hardie, Qui mon gent corps (du tien énamouré) Aura ainsi deffait et dessiré.

Lequel neantmoins, sans autre desespoir, Veult de son gré telle mort receuoir, Pour le pas clorre à tous tes (2) infortunes, De tant de morts, cruelles, importunes.

Quant à l'esprit, saches que sans mensonge, Il t'apperra assez de fois en songe.

Et te suiura par hayes et buissons, Sollicitant que les tant ioyeux sons Des oyselets, en tous lieux te conuoyent, Et par les bois doucement te resioyent, Ainsi que celle, à qui doiuent hommage Tous beaux oyaeaux de quelconque plumage. Aussi diray ie, au gracieux Zephyre, Que désormais luy seul vente et souspire Bien souefment, (3) à tout sa douce haleine : Et que Flora qui de tous biens est pleine, Voist tapissant de flourettes meslees, Les champs, les prez, les monts et les valees, Tant que sembler il puisse que tout rie, Par ou ira ta noble Seigneurie.

(1) souffira^ éd. 1512.

(2) ses, éd. 1528.

(3) On se rappelle la prononciation liégeoise ; mais ici la forme est aussi régulière que loyalment : cela dérive des adjectifs parisyllabiques latins en ù.

16 PREMIERE EPISTBE DE l'aMANT VERD.

Or adieu donc, Hoyne de toutes femmes, La fleur des fleurs, 1^ parangon des gemmes. Adieu Madame, et ma maistresse chère, Pour qui la Mort me vient monstrer sa chère. (1) Mais ne men chaut, mais que sauue tu soye, Et que iamais n'ayes rien, fors que ioje. Fay moj grauer sur ma lame marbrine, Ces quatre vers, aumoins si l'en suis digne.

Lépitaphe de l'Amant Verd.

Souz ce tumbel, qui est vn dur conclaue, Git l'Amant Verd, et le tresnoble Esclaue. Dont le haut cœur de vraye amour pure, yure, Ne peut (2) souffrir perdre sa dame, et viure.

Madame à l'Acteur.

Ton escritoire ha si bonne pratique.

Que si m^en crois sera bien estimée.

Parquoy concluds : Ensuis sa Rhétorique : Car tu scais bien que par moy est aymee. (3)

(1) C'est à cause d'elle que je vois la face de la mort.

(2) Ne put. — L'édition 1528 met un point à la fin de chaque vers des deux quatrains.

(3) Ici les éditions antérieures à 1549 placent : Psitaciim Corinne mortuum deflevit Ovidius. (Âmor. II, 6). Statius Papinius Âtedii Melioris psitacum mortuum ita omat, at

non tam cum Ovidio contendere quam eum precessisse videatur.

Psitace, dux Volucram, domini facunda voluptas,

Humane solers imitator, Psitace, lingue.

Quis tua tam subito preclusit munera fato ? Psitacus ille plage viridis regnator Eoe,

nie salutator regum, nomenque loquutus,

Cesareum, etc.

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