‹ Œuvres de Jean Lemaire de Belges, publiées (volume 2)Chapitre 41 sur 67 · LE CHEMIN · texte numérisé non relu

LE CHEMIN

Le beau printemps leans, sans cesser, tousioara dure. Sans aucun encombrier d'iiyuernale froidure. Là s'endort on au bruit des cleres fontainettes, Esquelles on ne void serpenteaux ne rainettes. N'y aucune autre chose à personne nuisible : Mais y est tout riant, salutaire et duisible. Et au fin beau mylieu, sur vn tertre plaisant, Duquel souef descend, maint ruissel arrosant La racine fertile à tout fructueux arbre, Est vn Palais, construit de dur et riche marbre, De iaspe, de crystal, de porphyre poli, Dont l'ouurage est tant cher, tant noble, et tant ioli. Qu'au monde ne se treuue vn si bel habitacle. lUec est le manoir, et le seur réceptacle D'Honneur, le Roy puissant, iuste, grandipotent, Qui maints riches guerdons à tous cœurs nobles tend.

Dedens ce Palais est de Minerue le temple, Auquel maint noble esprit en haut sauoir contemple Les beaux faits vertueux en chronique et histoire, En science morale, et en art oratoire.

Là se treuuent conioints, viuans en paix sans noise. Le langage Toscan, et la langue Françoise.

Par ainsi, là dedens son aurein Palais, Fourni et enrichi de sapphirs et balais. Ce puissant empereur, Honneur le vertueux. Maintient son haut arroy, et son train somptueux. Et se déduit leans, sans ce que rien le blesse, Auec sa grand puissance, et pompeuse noblesse. Sa bende bienheuree, et céleste famille Dont on peult bien conter millions plus de mille, Ayans trestpus apart mansions, tabernacles, Logis, garnis de tours, beffrois, et propinacles, Et de toute autre chose, au monde souhaitable. Pour enrichir tel lieu, triomphant et notable.

nV TEMPLE DE MINERVE. iSi

Si vont leans courans, louant, et voletant, Hauts esprits angelins, en effect, tant et tant, Que nul viuant n'en scalt le nombre innumerable.

En ce lieu noble et saint, propice et désirable, lamais amo ne vid la nuict, obscure et brune, N'onques n y éclipsa la triste et froide Lune, Ainçois vn luisant iour éternel y adiourne, Duquel la grand clarté, sans fin, dedens seiourne, Et se maintiennent là les Nymphes et pucelles Et ieunesse et beauté, comme on peult dire celles Qui tousiours d'heure en heure en splendeur reflorissent. Ne leurs plaisans esbats iamais ne dépérissent : Car ainsi le commande Honneur le grand seigneur, Qui de tous hautains biens est maistre et enseigneur.

Qui veult donques monter au temple de Minerue, Qui lascheté destruit, et les vices enerue. Et rend l'homme tout dur, qui parauant fut tendre. Le saufconduit d'Honnear icy luy faut attendre.

Ce lieu sappelle estude, et labeur, et soucy. S'il ne se vouloit perdre, il faut attendre icy. Mais en fin bonne guida aura il par Honneur, Qui de biens et vertus, est iuste guerdonneur.

COMMENT EN CE LIEV SOLITAIRE SAPPARVT

à lacteur vn Esprit familier, en guise d'Ermite, nommé Labeur historien : auecques lequel il conclut et délibéra, de àemourer et le seruir comme son clerc, afin de trouuer la concorde des deux langages.

Qvand ieuz acheué de lire tout ce beau dittier, composé de rhythme Alexandrine, graué en la planure du Rocher ample et spacieux, laquelle taille iadis auoit grand bruit en

Page 1