LA PREMIERE PARTIE DE CE TRAICTÉ
Iniiîum perturbandi omnia à Venetis ortum est.
AWfetof haiUi stentëutlse, Platina biatôricirèj.iQ" vita?^^Gffeg6*'H' dèidînii;
Le proverbe commun dit, quil nest mal dont bien ne vienne. Dont' si les Vénitiens sont cause quil y ayt dissension entre leglise Romaine et la Gallicane, nous en voyons et verrons sortir le fruit des conciles. Lequel fruit nest pas petit, comme il peult apparoir par la teneur de lautoritë qui sensuit, par manière de préambule, prins du décret de la première session au concile de Basle, auquel présida
(1) ■ Sijera s'il plâista Dieu (1548). Toute la période y est ponctuée à' la modeï'ne.
242 DE LA niFFER£NCB DES SCHISMES
tresreuerend père en Dieu, monseigneur Iulian Cardinal, Diacre, au tiltre de saint Ange, Légat du saint siège Apostolique : Lan de grâce mille quatre cens trente et vn. Et voicy les propres termes de ladite autorité.
Frequens generaHumconciliomm celehratio, agri dominici pracipua cultura est, gua vêpres, spinas et iribulos haresum, errorum et schismatum extirpât, excessus corrigit, deformata reformai, et vineam domini ad frugem vlerrimœfertiîitatis adducit. Jllorum verà neglectus, pramissa disséminât, atque fouet. Hœc prœteritorum recordatio, etprasentium consideratio, ante oculos nostros ponunt, etc.
Par les brieues paroles dessusdites, nous est demonstré combien de fruit peult procéder à la Chrestienté, de la fréquente itération des conciles généraux. Attendu que par iceux est cultiué le champ de nostre tressainte foy Chrestienne : Et par tel moyen sont extirpées diçelle, les ronces, les espines, les chardons des hérésies, des erreurs, et des schismes : les excès corrigez, et les difformitez reformées. Et la vigne de Dieu par ce moyen est produite en abondance de fertilité : Mais dautre part, le nonchaloir et loubli desdits saints conciles semé, produit et nourrit tous les maux et inconueniens dessusdits. Lesquelles choses sont mises deuant naz yeux par le record et rememoration des choses passées, et par la considération des présentes.
Considérant donques en moy mesmes, que ce semble chose estrange et bien nouuelle, que par le moyen des Vénitiens, qui est la plus dangereuse nation du monde (comme iay monstre assez clerement en leur Légende , imprimée à Lyon) il y ayt ores discorde et guerre presques ouuerte, entre le souuerain Prélat de leglise Romaine, et
le souuerain patron et protecteur Royal de leglise Gallicane : et que plusieurs sesmerueillent, dont peult procéder vne si grand et si obstinée audace au Pape, et dautre part, vne si iuste confidence au Roy treschrestien. A fin de monstrer apertement dont procède la racine et fondation de lorgueil des ministres de leglise Romaine : et quejce nest pas de maintenant que telles choses aduiennent : et oultreplus, que cecy désigne et prognostique le futur trèsgrand vingtquatrieme schisme en leglise catholique et vniuerselle, dont les vaticinations des Prophètes et Sibylles, et les prognostiques d'Astrologie, ont tant parlé. Et que ceste présente dernière oultrageuse ambition de leglise Romaine, sera prochainement cause finale de sa terrible persécution, rebat et humiliation, auecques reformation. On pourra entendre et gouster les choses qui sensuiuent : Cestasauoir, que pour toutes lesdites raisons iay entreprins à layde de Dieu monstrer en ceste œuure trois choses principales.
Sensuit ce qui sera contenu en chacune des trois parties de ce
Traicté.
En la première partie sera prouué, comment les richesses données à Leglise, mesmement par lempereur Constantin le grand, et ses successeurs, Pépin, Charlemaigne, Loys le débonnaire, et autres bons Princes, combien que premièrement elles ayent esté engendrées souz ombre de sainteté, preudhommie et chasteté, ont neantmoins procréé sinistrement plusieurs mauuais enfans : Cestasauoir, Orgueil, Pompe, Arrogance, Hérésie, Mespris des Princes, Tyrannie des subietz, et Impudence, cestadire non honte. Apres lesquelles choses est suruenue obmission des conciles gène-
244 DR LA DIFFËRENCB DBS SCHISMES
raux. Et toutes telles choses ensemble , ont esleué lesschismes, diuisions, bendes, séparations, empeschemens, et partialitez entre le peuple Chrestien. Par lesquelles chose» sont suruenus beaucoup de maux, tribulations, inconueniens et persécutions en Chrestienté.
Dont pour obuier ausdits inconueniens, ha esté mestier aux Princes, dassembler plusieurs synodes, conciles, et congrégations de preudhommes, et gens estimez en litera* iXive et sainteté, desquelz conciles de leglise catholique; et vniuerselle, les premiers et les principaux sont spécifiez en la première partie de ceste œuuvre, auecques les sept pre* miers schismes.
La seconde partie de ce Traicté contiendra la déclaration de tous, ou aumoins des principaux et mieux congnuz conciles, tant vniuerselz comme particuliers, célébrez par leglise Gallicane et Françoise : et du proufit, honneur et' gloire, qui en sont sortis et aduenuz à toute la chose publique de nostre foy catholique. Parquoy la fréquentation' diceux est vtile et nécessaire.
En la tierce partie seront comprins, les schismes de leglise, depuis le huitième iusques au vingttroisieme inclusiuement desia passez. Et est faite (1) mention du vingtquatrieme schisme futur, plus grand de tous les autres. Et de la persécution horrible et merueilleuse de leglise Romaine, selon les prophéties. Apres lesquelles choses sera paix et, tranquillité vniuerselle, par tout le monde : et le saint Euangile accompli, qui dit : Vnum ouile ettinus pasior.
{l) S'er a faicU {les -eMti'eB) éditions, aatériearefrà.la48)<
£T DES CONCILES DE LEGLISB. '24o
Comment sur trois autoriiez principales ce présent Traicté prend sa fondation.
Trois choses singulièrement ont fait grand dommage à leglise vniuerselle : cestasauoir, Ambition, mère dauarice : Obmission des conciles généraux, et Interdition de mariage légitime aux prestres de leglise Latine. De toutes lesquelles choses nous parlerons amplement en toute ceste œuure. Dont pour fonder ce présent Traicté sur les raisons dessusdites, tant en gênerai comme en particulier, nous alléguerons trois principales autoritez inuincibles. La première est, de Pape Pie deuxième de ce nom, natif de Senes (1) en Toscane, lequel (comme recite Platina, en la vie dudit Pape Pie) souloit dire, pour vne sentence graue et sérieuse, à manière de prouerbe :
Vir tûtes clerum ditasse, vitia pauperem facere : Sacerdotihus magna ratione suhlatas nuptias, maiori restituendas videri,
La seconde autorité, de messire Gaguin,(:i) homme graue et autorisé, tant en Théologie comme en histoire : Lequel met en la vie du Roy Charles septième ces mots exprès :
Vestustissima enim contentio de vniuersali co7icilio et Romano pontifice, vtrum maius sit, hactenus inter ecdesiasiicos perseuerat. quo {mea sententia) factum est, vt générales synodos cogère, pontifices detracient, formidantes suam tam latè patentem {ne dicam vsurpatam) auctoritatem conciliorum decretis cohiberi. Itaque ea est hodie illorum sublimitas et amplitudo, vt parui habitis regibus, licere eis omnia glorieniur.
La tierce autorité est de Platina, tresnoble historien, lequel ha composé les vies de tous les Papes en beau style
(1) Sienne.
(2) Le ctirogniqueur et diplomate artôaieu Robert Gaguin.
élégant, et sans rien flatter. Si dit en la vie du Pape Benedict quatrième de ce nom :
Sanctitate enim et doctrina, qua non nisi magnis laboribut consummataque tirlute comparanfur , pontificum decus^ sine vllis opihus primo quidem auclum est, intcr lot hostes ohstinatosque persecutores Ckristiani nominis. Max verd vbi cum ipsis opihus lasciuire cœpit ecclesia Dei , tenis eius cullorihus à seuerilate ad luxuriam^ peperit nobis tanta licentia peccandi, nuîlo principe flagitia hominum ium coè'rcenie, (1) hœc monstre, hac portenta. (Glossa, sdlicet Pontifices huius temporis) à quihus ambilione et largitione sanclissima Pétri sedes occupata est, potius quàm possessa, etc.
Lesquelles dessusdites veridiques sentences, ce tresnoble orateur de la langue Françoise, œaistre Alain Charretier, en la fin de son liure, appelle Lexil, ha exprimé si bien, quonne sauroit mieux : Dont le texte de mot à mot, touchant ce passage, sera mis en la fin de la troisième partie de ce traicté.
Or commencerons nous maintenant au premier schisme, par lequel sera congnu le fondement de tous les autres : et les irregularitez, et desordres depuis suruenuz en leglise, dont les saints conciles ont esté les vrays remèdes et antidotes.
Le temps du premier schisme et diuision en Leglise catholique, iusques au deuxième. Et des persécutions et tribulations de Chrestienté. Et des saints conciles tenus pendant ledit temps ; auquel sera comprime la donation de Lempereur Constantin faite au Pape saint Syluestre.
Cest chose assez commune et quotidienne, de voir et ouir que toutes choses mauuaises, prennent leur origine et com-
(1) Nullo principe flagitia hominum tum coercuUê^ ajouté dans l'éd. 1549.
mencement, par quelque mauuais personnage : Comme il appert de Nouatus hérétique, prestreet Cardinal de Romme. Lequel fut le premier qui viola lintegrité de la sainte église Romaine, par sa détestable ambition et hypocrisie. Car comme il pretendist à paruenir à la dignité Papale, souz ombre de sainteté et seuerité, cestadire, rigueur et conscience estroite, il (auecques les complices de sa secte) esleua deux Antipapes alencontre du saint père Cornille : lun nommé Nouatian (1) à Romme, et lautre Nicostratus en Afrique. Et se sépara ledit Nouatus de la communité de leglise Romaine, et sappella Monde, cestadire net, pur et saint, auecques ses disciples. Il soustenoit par grand hérésie, que les apostatz, cestasauoir, ceux qui ont vne fois renoncé la foy, comme il aduint à saint Pierre, et depuis à plusieurs Chrestiens, de peur destre martyrisez, et comme font maintenant les Mameluz, et autres, ne doiuent iamais estre receuz à pénitence : qui est directement contre le saint Euangile.
Pour lequel erreur extirper, fut mestier dassembler vn concile à Romme de soixante Euesques. Par lequel ledit Nouatus fut condamné, et ne treuue point quil y eust autre concile tenu en Leglise catholique au parauant, sinon peult estre en leglise primitiue, par les Apostres et disciples. Si demoura ledit Pape Cornille Romain en son entier. Nonobstant quil souffrit beaucoup de maux, par la tribulation du schisme, et des Antipapes esleuez contre luy par ledit Nouatus Cardinal. A cause dequoy ledit Pape saint Cornille, fut enuoyé en exil : et depuis receut couronne de martyre souz lempereur tyrant Decius, après auoir sey au siège Apostolique deux ans et trois iours. Dont comme on
(1) Novatus dans les autres éd. — Sur Philippe chrétien cf. A.Graf, Roma nella memoria e nelle immaginazioni del medio evo, II, 75.
248 DB ^A P^FF,eRBNCB DES 3CHISMES
le menoit au dernier supplice, il laissa et recomip^D^ .l^qHP. ses tre^or^ à ^stienne son archidiaqre.
I^usquQs à ce ter^ps ny ^uoit eu ambition, eni^ie ou.<Ky;ir ti^edit à cause ,de la dignité Paj)ale, mais ie croy que Jop chQse3 estqient ^esia paruenues à ce ipoinct, que ]es^i|9 Papes qv\i j;)^attîint sestoient maintenus .en humilité at j[)Ql^r^té,,estoient4euenus riches, et ,thesa,urisoieftt des trésor? donnez à leglise par la deuotian des Chrestiens. ,Çftr epçores ne tenaient lesdits J*?^pes aucune cho^e on poss^s.- ^q;i terrienne, fit .ce le me fait dire, poi^'Qe qMe ile .de^i^sfir nqçiçpé P^e Fabiaiji .eut par donatipn \ç§ .tre^çffs .^es jEiinpeçeurs Phelippes père et filz pre^raiers Ctirestiens. J)op.t ipoy^ ,esclarcir [histoire, nous toucheco^ bri^eInaût^de§dÀt8 empereurs.
JPhelippes premier de ce iiom Empereur des Ro^»din8,(de la nation d'Arabie, commença à régner 1^9 de ftpatre Seigneur deux cens quarantesix. Cestasauoir après ce,^uil ^ei^t .ti\ié p.^r trahison son propre seigneur et maistre Jampe- ^e.vir Gor^ianus. Neantmoins ledit Phelippes, fut le pjjemier .d,es Empereurs Roma.irUs qui laissa lidolatrie, et Jfut .cftwerti ^ Içi foy .Chrestienne, et baptisé auec son 4lz de serabjlaWe now. lequel il au oit fait participant de sooj JEmp^^, .Maie fina,b,lement lesdi^ts deux Empereurs Pàelij[Xp«^, père et j&lz fuf,e#(t rétribuez de .^em^bl^ble g^ierdon quilz ;^uoicuit :r,eodtt à jleur Prjtpce G.ordianus : ^car ilz i^ureiit tous deu^ oQcis, p^ P^ecius le t^vrant, .çiatif de Hongrie, leur subiat,et y§§,' §S^\, .ç.t d,ep,u,is s.UGcesge,uf en Leippife.
F^ibianus vwgtetuftieme P^e 4e ^o^ççiflae, £ff,t xieluy iî#i V.^pjtjiç^ Aes^Àts deux Empereurs Phelip^pes, pera et fiLz. J^^quelz (quand ilz se virent persécutez sans remède, par le .dessusdit tyrant Decius) baillèrent tous leurs trésors audit
•Pa[pe Fabian, qui nestoient pas petis, comme il est v,ray^ semblable. Dont tant pour iceux recouurer, comme p ar despit de ce que ledit Pape Fabian les auoit recelez .et reti- $sez, ^empereur Decius Payeix, cruel et tyrannique^, excita •par tout le ;monde vniuersel, la septième persécution sur îles Ohreatiens, depuis la première que Néron .entama. Bt ■pour le -premier, ledit Decius .feit mourir .par cruel marftyce, lioeluy Pape Fabian, et fut le vingtetunieme dôs Papes martyrs, suyuans lun lautre depuis saiAt Pierre. Si célèbre on safeste le vingtième iour de lanuier, auec. celle de ^ai.at .Sebastien. Consequemmen,t après furent .martyri^ .€ez, souz ledit Decius, le Pape saint Cornille dessus me»ifeiouné, ^cootre lequel Jedit Cardinal hérétique No.uatu5 •esmuit île .premier schisme, et sainte Agathe, sainte Apol- )one, ,et plusieurs autres, qui ne pouuoient mais, de ce ^que ^ iP^pe saiuit Fabiau, auoit retiré les trésors des Enp^pe- ^VVs, souz ombre de nostre religion Chrestienne.
.Qeste flierueilleuse hayne .engendrée audit Empereur et jtyrtftnt Decius contre les Chrestiens, dura lojaguement .en nés successeurs. Car lempereur Valerian, successeur .de (<Q^U@., eomm^iUda ia huitième persecutioii : et feit jnantyf^§§f Jie saittt pore Sixte, premier de ce nom, saint Laurems #on .diacre, lequel auoit distribué les -trésors de leglise aux jK)ures : saint Hi^ppolyte, et plusieurs ,autres. Puis après lempereur Aurelianus natif de J)almace trentedeuxieme emperew' des Romains, fooidateur .d'O.rleiaïis sur la riuiere ^ Loire ,€th France, .-et de Gleneue sur le laç en SauoyCj et sjiACcesstôUA' ,de l'^eunpereur Claude deuxième de fie xiom, Mt HBJulier \^ neiituieçae persecutio.n des Chres.tiejas^
La dixième ensuiuant fut trescruellement ordonnée par iA^ ^aœf^reups, £)do&l^tian et Maxiimàaiii de h. aaiti^m Dal-
matique, successeurs de Varus de Narbone : et dura par lespace de dix ans. Diocletian (qui se faisoit adorer comme Dieu, et baiser les piedz comme font les Papes modernes, en ensuiuant larrogance barbare des Roy s de Perse) faisoit exercer ladite persécution en Orient, et Maximian en Occident. Si fut faite si treshorrible occision et boucherie, des gens de la religion Chrestienne, que cest vue chose exécrable, et presques impossible à la reciter. Car en lespace de trente iours en diuerses prouinces, il y eut dixsept mille personnes, liurez à dolent martyre. Tellement que la foy fut presques du tout esteinte en la grand Bretaigne, quon dit maintenant Angleterre, et en Gaule, que ores on nomme France : et les Hures de nostre foy brûlez par tout.
Et encores de ce, non content lennemy de nature humaine, feit oultreplus sourdre enuiron ce temps en Leglise, autres tribulations occultes et intestines, par semences dheresies. Comme si ledit premier schisme fust père de tous maux : car les Sabellien^ hérétiques, nyoient que iesus CHRIST fust filz de Dieu. Et les Manichees (1) mettoient deux principes, lun de bien et lautre de mal. Si fut célébré vn concile en Antioche, contre vn nommé Paule Samosetan euesque : lequel contredisoit à la virginité de la vierge Marie. Dont pour lesdits affaires y eut vn autre concile, de cent quatre vingts et dix euesques, tenu en la cité de Si -nuesse, en la Campaigne de Naples.
Durant le temps de ceste dixième persécution, qui perseuera iusques à lempire de Constantin le grand (car Maxence, filz de Maximian la continua) receurent la couronne de martyre saint Marcellin, S.Marcel, et S. Mel-
(1) Maniehiens (dans les autres édit.). Symesse en la Champagne (1548).
ciades tous trois Papes. Sainte Agnes, sainte Anastasie, sainte Barbe, S. Crespin et S. Crespinien, S. Sebastien, S. Christofle, S. Cosrae et S. Damien, Sainte Catherine, Sainte Luce, Sainte Marguerite, S. George, S. Maximilian, S. Quentin, S. Biaise, S. Maurice, auec la légion de Thebes : S. Vincent, et autres sans nombre, dont les noms son escrits au liure de vie.
Aucuns historiens tiennent, que lesdits Empereurs furent ainsi furieusement esmuz à persécuter les Chrestiens, pource quilz les estimoient (ou on leur faisoit acroire) quilz estoient enchanteurs, magiciens et vsans de mauuais art. Et sur ce pas, les prostrés des Payons controuuerent et donnèrent faulsement à entendre ausdits Princes, que les Chrestiens auoient par art magique, fait brûler le grand Palais Impérial, en la cité de Nicomedie. Toutesuoyes Platina tresnoble historien en la vie des Papes, y assigne vne autre raison bien diuerse. Et dit en allegant pour son acteur Eusebius, que ladite persécution ne procéda dailleurs, sinon de la punition diuine. Mesmement à cause de ce que les Chrestiens et principalement le clergé et gens ecclésiastiques, estoient montez et tombez en si grand orgueil, arrogance, hayne et mespris de leurs voisins, et tyrannie et maltraitement de leurs subietz (souz ombre et couleur de nostre foy catholique et religion Chrestienne) que impossible estoit aux Payons, qui dominoient en la temporalité, de les plus supporter en aucune manière. Parquoy (1) ne se faut esmerueiller si au temps présent les Princes sont de semblable courage, attendu quilz voyent semblables fautes.
(1) il (dans les autres édit.)
DB XA DiFFEREKCE J>fi8 SCHISMES
£iccapitulation des choses dessusdites : £t de la donation de Cûiistantin, laquelle {comme il semble à plusieurs gens) ha esté cause des autres schismes., diuisions, hérésies, partialitez, et autres maux depuis aduenuz en Chrestienté.
Apres que nous auons veu par le dessus narré comment les trésors mobiles, portatifz et transitoires des Empereurs Phelippes, et lacception diceux, par le Pape Fabian, causèrent le premier schisme, contre le Pape Cornille son successeur. Et ce par lambition et auarice du Cardinal Nouatus. Et que pour paruenir à ses fins, il se feit premièrement hypocrite, et depuis hérétique. Et esleva deux Antipapes alencontre dudit saint Cornille : Cestasauoir Nouatian à Romme, et Nicostratus en Afrique. Dont en la fin iceluy Nouatus fut infâme et rebouté de sa pretente, par vn concile publique. Et depuis suruindrent autres grandes persécutions et tribulations en leglise Chrestienne. 11 sera désormais plus facile à persuader la vérité de nostre intention, qui est de donner à entendre, que la donation des grans seigneuries temporelles, que les Papes prétendent leur auoir esté eslargies par lempereur Constantin le grand, ha bien esté cause des autres schismes xxiii. en nombre, depuis ladite donation prétendue.
le dis voulentiers ce mot, pource que aucuns tiennent, que onques donation nen fut faite : Mesmement Laurens Valle citoyen Romain, homme de grand literature ejt liberté, lequel ha de ce composé vn liure exprès par grand audace : et semble alléguer raisons presques inuincibles. (1) Toutesuoyes la commune opinion et la possession dont les
(1) Laarent Valla publia à Rome en 1443 une Declatnatio defalso crédita et emeniita Constantini donatione. En 1447, il fut nommé secrétaire apostolique et chanoine de St Jean-de-Latran.
ET DES CONCILES DE' UEQLISË. âbS"*
Papes iouyssent, semblent assez confermer ladite donation. Et ce nonobstant, iose bien affermer, quelle fut plustof cause et semence de mal que de bien : Et que deslbrs fut semé en leglise, par la procuration du diable, le venin duquel elle ha esté toute empoisonnée. Et que depuis icelle, la sainteté et deuotion des Ecclésiastiques ha este amortie et diminuée pour la plus part, et ha esté cause des schismes, débats et contentions entre les Ecclésiastiques, et gens séculiers. Tous lesquelz moyens ont esté précurseurs, et depuis promoteurs et augmentateurs de la faulse secte des Mahomethistes, bastarde, de Iheresie Arrienne, et de la secte des luifz : et de plusieurs autres tribulations en Chrestienté : mesmement de faire cesser la primeraine sainteté des Papes. Laquelle chose se peult prouuer ainsi :
Constantin le grand fut baptizé par le Pape saint Syluestre, lan de nostre Seigneur cccxviii. Et est lopinion vulgaire faulse et mensongère qui dit, que ledit Empereur fut guery de meselerie par saint Syluestre, comme met expressément Platina en la vie du Pape Adrien, premier de ce nom. Depuis son baptizement, il sen alla- habiter en Constantinoble par lùy fondée, à fin dentretenir lempire Oriental, alencontre des Persans, durant lequel temps précédant le baptesrae de Constantin, il y eut trente et trois Papes de sainte vie, et qui tous receurent couronne de martyre, pour soustenir et attester la foy Chrestienne, dont le premier fut saint Pierre, Prince des Apostres. Et là* dernier fut saint Melchiades, prédécesseur dudit saint Syluestre. Et de ce temps là, comme met saint Grégoire, cestoit chose louable de désirer la Papalité, maintenant on nen voudroit point pour le prys.
Depuis ledit temps, selon lopinion des meilleurs histb-
i%4 DE LA DIFFERENCE DES SCHISMES
riens, nous auons eu en leglise cxciiii. Papes, (1) sans les Antipapes, de tous lesquelz on ne trouue quun seul martyr. Cestasauoir saint Félix, deuxième de ce nom, qui fut fait décapiter (2) par lempereur Constans, fîlz de Constantin le grand. Toutesfois il est bien vray, que depuis ledit saint Syluestre, qui fut confesseur et non martyr, il y ha eu assez de Papes de sainte vie, et bonne conuersation. Mais auant que nous procédons plus auant,(3) il me semble bon de mettre en lumière la vraye origine, de lempereur Constantin le grand, lequel on accuse dauoir fait vn si grand mal en Leglise, en cuidant bien faire.
De Lempereur Constans père de Constantin le grand, lequel Constans fut Roy de la grand Bretaigne, à cause de sa femme Heleine : et la cause pourquoi/ Zacteur sarreste vn peu à la généalogie dudit Empereur Constantin le grand,
La raison qui me (4) meult de clarifier l'origine de Constantin le grand, est pource que aucun grand docteur de Leglise, sauue sa paix, ha erré, en laissant par escrit, quune si tresnoble dame, comme sainte Heleine mère de Constantin, fut fille dun tauernier. Tout ainsi comme Virgile faillit bien lourdement, en escriuant, que Dido (5) fut onques amoureuse d'Ëneas. Aucuns autres aussi mauuais historiens ont mis que ladite Heleine estoit chetiue serue, et esclaue, laquelle chose nest aucunement vraye ne vraysemblable : considéré et attendu les grands vertus de hautesse,
{\) neuf vingtz quatorze (\hA9i).
(2) fut iadis décapité (1528).
(3) plus oultre{\bA^).
(4) me supprimé dans 1528. '
(5) »«/i»<<dan8 1528, 1533 et 1548).
ET DE$ CokciLES DE LEGLTSE. 255
et magnanimité qui estoient en elle : et les grands choses quelle acheua. Comme de trouuer la sainte croix, fonder tant de riches monastères en diuerses parties du monde, et autres biens innumerables, quelle feit. Lesquelles choses ne pouuoient auoir lieu en vne femme de petite sorte et extraction.
Pour donques entendre sa vraye origine, il faut auoir recours à la vérité des chroniques anciennes de la grand Bretaigne, qui est telle : Que régnant audit païs le Roy Coël, (1) qui fonda Clocestre, Constantius César eut ladministration des prouinces d'Espaigne, et de Gaule. Si se délibéra de recouurer le Royaume de la grand Bretaigne, lequel sestoit rebellé contre lempire Romain, du temps du Roy Asclepiador premièrement Duc de Cornouaille.
Constantius (2) César commença à régner pacifiquement sur lempire des Romains auec Galerius son consort, la mesme année, que les empereurs, Diocletian et Maximian, de leur plein gré, cédèrent à lempire, et desuestirent la pourpre, et les aornemens impériaux pour viure priueement et pacifiquement en leurs maisons : ce que ne feroient pas voulentiers noz Papes modernes. Dont quand lesdits deux empereurs et augustes Constantius et Galerius, feirent partage et diuision entre eux deux, de la monarchie de lempire Romain, ledit Constantius homme de singulière modération, fut content dauoir seulement en sa part et portion les prouinces de Gaule, et d'Espaigne. lasoit ce que dauantage, Italie, et Afrique, luy fussent escheues par sort. Si faut sauoir, que iceluy Constantius estoit filz de la fille de lempereur Claude deuxième de ce nom, très-.
(1) Cloel (1548). Coël de Colchesfer, ap. Wace, Brut, v. 5713.
(2) Les autres éditions ont : Constans. Cf. Arturo Graf, Roma nelîa memoria, etc. (II, 50).
bon et tresnoble Prince. Et à fin que Diocletîan cault et? prudent homme, engendrast affinité et consanguinité entré eux, il' donna audit Constantius en' mariage, Theodorô^ flllfe de là'fèmme de Maximian César, de laquelle il eut six' enfans : mais depuis il la répudia, (1) et espousa Hëleiné, vnique et seule héritière du Roy Coël, delà grand' Bi*é> taignfe, de' laquelle il' eut Constantin Ife' grand.-
Quand le Roy Coël, de la grand Bretaigne; quon dit' maintenant' Angleterre, entendit que Constantius empereuif d'Espaigne' et de Gaule, venoif à' tbut grand' puissance, poui* reeouurer sofl' Royaume, et lé' réduire' ài lemplre' Rbmain; il' nosa' lattfendre' en bataille i^gee, ainr luy^' enuoya sfes ambassadeurs propices pour traiter* de' paXxeit' dappointement, et' se rendre subiet et tributaire audit Coil-stttntius empereur Romain, comme plusieurs de sèS' stûcestres auoient esté, depuis que luliusGesar entra' premiene*ment à main armée, en ladite Isle;-
Or fut bien' content lemperenr Constantius, homme d&f tienigne' nature; de recenoii* à' tï^ict'é et' appointement ledit Rby Cbël auec" lés conditions dèssusdites : mais cinq[- s€fp-maines-apres lëtraict'é fait, le Roy Coël alla de vie à- très»-pas: Si' ne laissa quune fille, seule héritière de son RoyatUme; nommée Hëleine, là plus belle; et la plus' élégante' du monder: bien instruite es' sept ars libéraux, et en tbus' ihstrumens dé musique. Laquelle lempereur ConstantiUB' iôin^t' à luy pai? mariage. Et à ceste cause se couronna* et" nomma Rby de la grand' Bretaigne. Et cest' la' naisorl^ jfoUrquoy les= Rbys'- d'Angleterre- portent iusque's auiour^ dhuy leur couronne'à'la mode de diadème Impérial: Il eutdélie vn filz nommé Constantin, depuis surnommé le grand,
îl)*irhî8toirô dit tont le contfaîrê. Cf A'. Graf, Aomt, II, 55.
empereur César Auguste, et Monarque de tout le monde. Et ledit Constantius son père Empereur de Gaule et d'Espaigne, et Roy de la grand Bretaigne, mourut en yne cité de sondit Royaume^ nommée Eborac. (1) Et pour sa grand clémence et debonnaireté, fut réputé au nombre des Dieux, selon la vanité et superstition des Payens dadonques.
De lempermr Constantin le grand, fondateur de Constantinoble, etjih dudil Empereur Constans : et de sainte Heleine Auguste, Royne de la grand Bretaigne.
Constantin, surnommé le grand, premièrement Roy de la grand Bretaigne et depuis empereur trentehuitieme clés Romains, des gestes duquel les histoires sont amples et diffuses, (2) commença à régner lan de grâce cccviii. Il fut esleué à lempire d'Occident luy estant en son Royaume de la grand Bretaigne. Et Maxence filz de Maximian se portoit pour empereur d'Orient à Rorame. Mais par traict de temps, ledit Empereur Constantin, Prince de grand cœur et vertu, deffit en bataille ledit Maxence, filz de Maximian, qui neantmoins estoit son beau frère : et deux autres Tyrans, lun nommé Licinius, et lautre Maximin, occupateurs de Lempire Oriental. Si régna ledit Constantin seul Empereur sur tout le monde. Mais après quil eut acheué lesdites guerres ciuiles, luy estant encores Payen, commenta à persécuter les Chrestiens, comme ses prédécesseurs auoient fait. De laquelle tyrannie il fut miraculeusement retiré, et conuerti à nostre foy, et baptizé par Pape saint Syluestre, qui parauant sestoit rendu fugitif, exilé et musse dedens les cauernes dune grand montaigne, appellee
(1) York.
(2) latinisme pour : développées, étendues.
Soracte en Italie, pour crainte de la persécution des Empereurs Romains.
Du Pape saint Syluestre^ qui premier triompha en leglise militante^ au moyen des grans priuileges et biens temporelz que lempereur Constantin le grand eslargit à leglise Romaine.
Sylvestre Pape trentequatrieme natif de Romme, estoit homme de sainte vie. A cause dequoy, il mérita dauoir telle grâce enuers Dieu, que de conuertir à la foy catholique lempereur Constantin le grand, lequel à ceste cause feit cesser toutes persécutions tyranniques qui se faisoient contre les Chrestiens : commanda ouurir les Eglises des catholiques : clorre les temples des Idoles : et publier dadorer le signe de la croix par tout le Monde vniuersel, comme la plus victorieuse enseigne. qui soit. Et deffendre, que nul ny fust plus mis au dernier supplice, comme on souloit faire au parauant. Laquelle chose fut vne merueilleuse mutation de la dextre du Souuerain, attendu, quun peu de temps au parauant il ny auoit homme si hardy qui sosast nommer Chrestien, sinon sur sa vie, ne faire le signe de la croix en appert, ainçois estoient les Chrestiens reputez comme gens infâmes, et pleins de maléfice, indignes et inhabiles dauoir aucun honneur, estimation, ou autorité en la chose publique.
ll^aintenant par la permission diuine, le Pape Syluestre est mis en honneur égal aux Roys. Mais sur ce pas, aucuns disputent, que ce fut au pourchas de lancien ennemy de Ihuraain ligpage, lequel ne pouvoit autrement corrompre la sainteté des Papes, voyant que de trentetrois precedens, tous luy estoient eschappez par forte constance, et tôle-
rance de persécutions et martyres : et sil ne (1) pensoit lors tirer tous les Ecclésiastiques à sa ligue, et cordelle, par l'hamesaon de trop grand affluence de richesses, et par damnables hérésies, qui procèdent dorgueil, et par inflation de science, par lesquelz deux poincts il esperoit bien en auoir la plus grand partie. Et à ce propos aucuns recitent, que le iour de ladite donation solennelle, fut ouye en lair vne voix horrible, disant : Hodie venenum in ecclesia seminaui. Toutesuoyes ie ne lose affermer pour vraye histoire.
Le souuerain Prince donques, (2) Constantin le grand, voulut lors que le Pape fust aorné de pourpre, et daccoustreraens impériaux : et luy mit au chef sa couronne dor, estoflfee de riches pierres précieuses. Laquelle neantmoins ledit Pape refusa, par modération iuste et sainte. Et ne voulut autre aornement de teste, fors vne simple mitre Phrygienne, (3) de samyz blanc, de laquelle vsent encores auiourdhuy les Cardinaux et les Euesques à Romme, aux processions solennelles, mais non les Papes modernes. Ainçois, en lieu que saint Syluestre se déporta dune couronne Dor, laquelle Constantin luy presentoit de sa souueraine puissance, ilz en ont prins trois de leur propre autorité priuee, auecques la tiare, dont vsoient iadis les Roys de Perse. Laquelle est haute, et pointue, comme vne coqueluche, et riche comme la boitte dun grand Lapidaire Oriental. Et certes à la vérité il y ha plus dadhairation de superfluité, que de réputation de sainteté. Car nostre Seigneur nen portoit point de telles. Et à cette cause Platina
(1) et que il pensoit (1528 et 1533). V. A. Graf, Roma, etc. II, 96.
(2) 1548 commence la phrase par Adoncques.
(3) En archéologie, la tiare phrygienne ou mitre phrygienne.
260 DE LA DIPFBRENCE DBS SCBISlIBS
tresgrand historien, (1) qui de ce se moque en la vie du Pape Adrien, premier de ce nom : appelle le Pape Paule Vénitien, surnommé Superbe, qui trop se glorifloit en là pompe de cest aornement, non pas Dieu en terre : comme ilz veulent estre appeliez par le peuple vulgaire : mais la Déesse Cybele : Phrygiaatque turrita, non mitrata. Et la raison estoit, pource que ledit Pape Paule Vénitien se fardoit quand il se vouloit monstrer aux Pèlerins, en lannee du lubilé. Et vsoit plus daccoustremens de femme que dhomme. Et pource dit saint Augustin, au liure des mots de nostre Seigneur, à fin de reprendre larrogance des Papes qui se contentent (2) destre appeliez Dieux : Qui vuU videri Deus, cùm sit homo, non imitatur illum, qui cùm Deus esset, pro illofaclus eut homo. Oultreplus, Platina en la vie du Pape lean septième de ce nom, met expressément, que la chaire trouée, qui est à saint lean de Lateran à Romme, là ou le Pape sassiet premièrement, et le dernier Cardinal diacre est député pour luy taster les genitoires, nest pas faite comme le vulgaire dit, à fin de sauoir sil est homme ou femme : mais à fin de luy donner à congnoitre quil est mortel. Et les propres mots dudit Platina sont telz : Sciât Pontifex, se non Deum sed homincm esse. Et sappelle en Latin ladite selle, ou chaire percée : Sedes stercoraria.
Toutesuoyes , tant sont friandes et blandissantes les richesses temporelles, que iasoit ce que saint Syluestre refusast par* sa modération la couronne Dor présentée par Lempereur, neantmoins ne fut il point de si estroite conscience, qui nacceptast bien et voulentiers, plusieurs autres
(1) Platina fut livré à la torture par ordre de Paul II, en 1470.
(2) 1548 et 1549 ont remplacé ainsi le latinisme contendent {s'efforcent) du texte original.
grans dons, rentes et domaines, de lempire Romain, que ledit Prince luy donna et céda : et transporta (1) la cité de Romme, comme aucuns disent, et les autres tiennent le contraire, qui est la première difficulté. Et lautre est, que au cas que ledit Constantin leust fait, asauoir mon, sil le pouuoit faire au preiudice de ses successeurs, desquelles disputations ie me déporte : car cest plustot occasion de tomber en erreur hérétique, comme celle des Bohèmes, que autrement : et plusieurs grans esprits y ont mis la patte. Entre lesquelz Laurens Valle, noble homme Romain et Orateur de grand véhémence, soustient totalement que ceste donation est faulsement et peruersement controuuee. Si ne scay ie comment tout va, sinon que pour autant quil me touche, ie me tiens à la plus saine opinion.
Ledit saint Syluestre feit célébrer le premier grand Concile gênerai, en la cité de Nicee en Bithynie, maintenant possédée par le Turc contre Iheresie Arrienne, qui commençoit à pulluler : laquelle affermoit bien la Trinité des personnes, mais elle nyoit lunité de lessence. Et en iceluy Concile furent presens cccxviii. Euesques : et est lautorité dudit Concile, égale aux saints Euangiles. Maintenant nous descendrons aux autres schismes, débats et controuerses, qui depuis sen sont ensuiuis, et comment les hérésies multiplièrent, et les tribulations de Lempire, et de Chrestienté suruindrent, et des Conciles tenuz, pour la reformation de L église.
(1) On a dit : transporter une terre, un droit, une propriété. On préfère transférer quand on a observé toutes les formalités requises.
Le temps du second schisme, et diuision en Leglise, qui fut tantost après la donation de Constantin, et dure iusques au troisième : et des hérésies et tribulations gui aduindrent ce pendant, mesmement du premier Pape hérétique, schismatique, et infâme.
Apres saint Syluestre, qui receut la donation de Constantin, ny eut que deux Papes pacifiques : cestasauoir sans schisme, et sans discord : dont lun fut nommé Marc, et lautre lulles. Pendant lequel temps la forte hérésie des Arriens se renforça de plus en plus. Et dicelle fut corrompu lempereur Constans, filz du grand Constantin, donateur dessusdit. Parquoy ledit Constans commanda lonzieme persécution contre les catholiques, et enuoya ledit Pape lulles en exil. Auquel succédèrent Liberius et Félix ensemble compétiteurs, c'estadire contrarians lun à lautre, et pretendans chacun destre Pape.
Liberius, combien quil fust hérétique, gaigna sa cause, par la faueur de lempereur Constans, et deraoura au siège seize ans sept moys et trois iours. Neantmoins il est conté pour le premier Pape infâme, schismatique et fauorisant aux Arriens hérétiques, contre les vrays Chrestiens catholiques, par ambition de la Papalité, et pour complaire à lempereur Constantin le ieune, infect de ladite hérésie, laquelle fut lune des plus mauuaises et des plus cruelles et scandaleuses, qui onques fut au monde : et pire que la secte des Mahomethistes. Car les euesques, et prestres Arriens, persecutoient les autres euesques et prestres, et tout le peuple catholique, par si merueilleuse inhumanité que onques nen fut ouye de pareille, mesmement en Afrique et Espaigne, du temps des Roy s des Vuandelz/
Pour reuenir à propos, le vray Pape catholique Félix
fut fait décapiter par ledit Empereur Constans, le treizième moys de son Papat. Et disent les historiens, que ce fut le dernier martyr. Et ce pendant commencèrent à pulluler autres hérésies, si comme les Donatistes, qui rebaptizoient les catholiques : et les Eunomiens, qui disoient que iesus CHRIST nestoit point semblable à Dieu le père par nature, mais par grâce. Et les Macédoniens, qui nyoient le saint Esprit estre égal au Père et Filz. Auecques lesquelles tribulations de Leglise, fut adioustee la douzième persécution des Chrestiens commandée par lulien l'Apostat Empereur, premièrement Chrestien et depuis Idolâtre. Laquelle tyrannie et apostasie dudit Empereur pouuoit bien procéder à cause du mauuais exemple quil trouuoit en nostre Eglise.
Le temps dutroisieme schisme, iusques au quatrième : et des trilulations de Leglise, et de Chrestienté : auquel temps, Romme fut destruite par les Goths : et des Conciles ienuz pendant ledit temps durant, enuiron dixhuit ans.
Incontinent après le second schisme, le troisième suruint, entre le Pape Damasus natif d'Espaigne, et Vrsicinus Cardinal Diacre, son aduersaire et compétiteur. Et fut leur querele debatue à force darmes de chacun costé, dedens leglise mesme, tellement quil y eut beaucoup de gens tuez dun costé et dautre. Finablement Damasus vainquit et fut supérieur. Et Vrsicin qui sestoit porté pour Antipape, fut contenté de leuesché de Naples.
Or (1) est il ores bien facile à coniecturer, quel détriment et de corps et dames, apporta à Leglise et à la Chrestienté, la trop libérale ou prodigue donation de Constantin, veu que desia par violence de guerre ouuerte, et par le sang
{\) Il est maintenant bien.... (1548).
des humains, le saint siège Apostolique se achette. Par ainsi Daraasus fut le premier Pape, qui à main armée se seyt en la chaire S. Pierre. Toutesuoyes, on lestime saint et glorieux confesseur. Il fut accusé dadultere, mais il sen purgea solennellement. Et fut le premier qui donna autorité aux œuures de saint Hierome.
Enuiron ce temps, Romme fut prinse et destruite par Alaric Roy des Goths. Laquelle chose engendra grand esclandre en leglise Chrestienne : car les Payens reprochoient caste malauenture aux Chrestiens, et vouloient du tout anichiler la foy : Disans que ce mal estoit aduenu à la chose publique, à cause de ce que les Empereurs Romains auoient délaissé la culture et seruice des Dieux. Pour auquel erreur obuier saint Augustin composa les liures de la cité de Dieu.
Oultre ce, pour plus troubler Leglise, lennemy de nature humaine excita plusieurs hérésies, desquelles la principale estoit la Pelagienne, du nom de son maistre, qui soustenoit faulsement, que Ihomme peult mériter, sans la grâce de Dieu : et ne doit auoir cure de baptesrae, ne des suffrages de leglise. Pour laquelle erreur (1) extirper, fut fait vn concile et congrégation générale, en la cité de Carthage, de ccxviii. Prélats, là ou S. Augustin monstra bien sa parfonde science et vertu .
Lempire Romain commençoit en ce temps de tomber en misérable décadence : car les Vuandelz, nation Germanique, auec leur Roy Genseric, et les Huns auec leur Roy
(1) Toutes les éditions ont ici le féminin. Selon Maupas (Grammaire et syntaxe française, Blojs, 1625) erreur et humeur $ont des deux genres. C'est un conflit entre la syntaxe du moyen-âge de celle de la Renaissance.
Attila (qui se intituloit le flayau de Dieu) se respandirent en diuerses prouinces de lempire Romain, et mettoient tout en gast et en ruine. Aussi les Saxons idolâtres, commencèrent à conquerre la grand Bretaigne sur ceux du païs qui estoient bons Chrestiens. Et dautre part, la synagogue des luifz, entreprint de composer le liure de Thalmud, contenant toute peruerse doctrine, contraire aux saints Euangiles.
Le temps du quatrième schisme, insques au cinquième. Et def tribulations de Leglise et de Chrestienté. Et des grans conciles célébrez contre les hérésies qui pîilluloieni adonques : Lequel temps contient enuiron cinquante ans.
Depuis ledit troisième schisme, iusques au quatrième, il ny eut que quatre Papes pacifiques : Gyrice, Anastaise premier de ce nom, Innocent aussi premier et Zozimus. (1) Apres lesquelz commença le quatrième schisme et diuision en Leglise : c'estasauoir entre Boniface premier de ce nom, et vn Cardinal prestre, nommé Eulalius. La cause du différent fut, pource que le clergé se diuisa en deux bendes : dont lune partie eslut ledit Boniface Romain, filz dun prestre nommé locundus, dedens le palais de luUes : et lautre parti donna voix delection, audit Eulalius, dedens la Basilique de Constantin. Laquelle chose entendant lempereur Honorius filz de Theodose lancien, estant pour lors à Milan, à la requeste de lemperiere Placidia sa femme, et de leur filz Valentinian César, chassa tous lesdits deux Antipapes hors de Romme. Toutesuoyes ledit Boniface fut reuoqué le septième moys après, et constitué seul euesque de Romme.
(1) Toutes les éditions ont cette orthogi'gpihe pour St Zosioie.
Depuis lequel temps, iusques au cinquième ensuiuant, commença Iheresie des Prédestinez. (1) Laquelle afFermoit, que rien ne proufite aux saintes gens pour acquérir la vie éternelle, faire bien en ce monde : car Dieu ha prédisposé en son éternité, lesqueiz doiuent estre damnez ou sauuez. Oultreplus, en linterualle dudit temps, le second grand concile vniuersel de quinze cens (2) Prélats catholiques, fut célébré à Constantinoble, du temps des Empereurs Gratien et Theodose, et du Pape Damasus, contre lerreur de Macedonius Patriarche de Constantinoble, et ses complices, qui nyoient le saint Esprit estre Dieu.
Consequemment fut assemblé le troisième grand concile vniuersel en la cité d'Ephese, de deux cens euesques, par le commandement dudit Empereur Theodose et du Pape Celestin, contre Iheresie des (3) Nestoriens, qui nyoient la vierge Marie estre mère du Filz de Dieu. Et en ces entrefaites toute Gaule, Espaigne et Afrique, furent courues et degastees par la cruelle inondation de plusieurs nations Barbares, si comme Goths, Vesegoths, Ostrogoths, Vuandelz, Alains : et les églises destruites et désolées. Auquel temps les onze mille Vierges recourent martyre à Colongne, et S. Nicaise à Reims.
Encore fut tenu et célébré en ce temps là le quatrième grand concile vniuersel de Leglise, en la cité de Chalcedoine, assise en Asie la mineur, quon dit maintenant Natolie, ou Turquie. Auquel se trouuerent six cens et trente euesques, par' lautorité du Pape Léon, premier de
(1) C.-à-d. prédestinatiens ou prédestinariens.
(2) L'éd. 1548 donne ; XII cens, et l'éd. 1528 : douze prelatzet plus bas encore : deux evesques. Etrange négligence !
(3) 1528 ajoute : infidellet.
ce nom, et de lempereur Marcian. Et ce, pour conuaincre Iheresie d'Eutychianus, Abbé de Constantinoble, Lequel soustenoit quen nostre Seigneur Jesvs Christ, après quil eut prins chair humaine, ny auoit quune nature : cestasauoir (1) diuinité. Laquelle hérésie extirpée par ledit concile, il sen esleua vne autre nommée Acephalique : cestadire sans chef, laquelle contredisoit aux saints Canons et Décrets dudit concile.
Encore y eut vn autre grand mal en ce temps : car le chef de toute Leglise, cestasauoir le Pape Anastaise second de ce nom, natif de Romme, deuint hérétique : et est conté pour le second Pape infâme, depuis la donation de Constantin : Car il fauorisoit à lerreur des Nestoriens, comme le Pape Liberius dessus mentionné, soustenoit le parti des Arriens. Et neantmoins il osa pour le premier des Papes, ietter la sentence d'excoramuniement sur Lempereur de mesmes nom : cestasauoir Anastaise, pource quil fauorisoit à vn autre hérétique nommé Achatius. Mais en parfin par le iuste (2) iugement de Dieu ledit Pape mourut misérablement, et respandit ses entrailles en vne latrine, cestadire chambre secrète (comme tesmoignent tous les historiens) après auoir occupé le siège Apostolique seulement vn an, et vingtquatre iours.
Du cinquième schisme : et des conciles célébrez pour lunion de Leglise, et lextirpation des hérésies.
Le cinqvieme schisme et diuision en Leglise, commença enuiron lan de nostre Seigneur quatre cens quatre vingts
(1) pure.
(2) juste ajouté par 1549.
et quatorze : tantost après la mort dudit infâme Pape Anastaise. Et fut ledit schisme entre deux contendans : cestasauoir Symmachus et Laurens. La cause du débat fut pour le discord du clergé, dont lune partie eslut ledit Symmachus en la Basilique Constantinienne : et lautre partie donna sa voix audit Laurens, en leglise de sainte Marie Noue. A cause dequoy sesleua grief tumulte et dissension au Sénat et au peuple Romain, diuisé en deux pars. Toutesuoyes par le consentement de tous fut aduisé quon assembleroit le concile à Rauenne, en la présence de Theodoric Roy des Goths : laquelle chose conclue et produite en effect, après auoir discuté et congnu le droit dun chacun, le Roy Theodoric conforma la Papalité audit Symmachus natif de lisle de Sardaigne. Si fut mestier à Laurens dauoir patience. Neantraoins il fut récompensé de (1) leuesché de Nucere, et ainsi fut fine le cinquième schisme.
Du sixième schisme.
Entre lesdits deux personnages mesmes, fut le sixième schisme : car il aduint quatre ans après que aucuns du clergé de Romme séditieux et de mauuaise sorte, et amateurs de nouuelleté, à layde de Festus et Probinus, Sénateurs Romains, tascherent de déposer le Pape Symmachus : et rappelleront ledit Laurens son aduersaire. Dont le Roy Theodoric fut si indigné quil enuoya promptement vn Euesque nommé Pierre Altin, pour tenir le siège Apostolique par luy mesmes, et chasser les deux autres. Toutesuoyes Symmachus assembla vn concile de six vingts
(1) de pour j)ar.
Euesques, et se purgea constamment (1) de tous les delicts quon luy raettoit sus : parquoy il demoura Pape.
Et neantmoins il y eut à plusieurs fois si grand sédition et émotion de peuple à Romme pour ceste cause, que tant prestres comme lays, sentretuoient par les rues misérablement. Et nespargnoit on point encores (2) les Nonnains sacrées. Et si neust esté que Faustus Consul mit la main aux armes, alencontre dudit Probin Sénateur, chef et promoteur de tant de maux, il y eust eu encores pis. Voyla les premiers biens qui sont procédez de la donation de Constantin.
Du septième schisme.
Régnant à Constantinoble lempereur lustinian Auguste, deuxième de ce nom, fut inthronizé au siège Apostolique le Pape Sizinus, ou Zozimus, natif de Surie, enuiron lan de nostre Seigneur sept cens et six. Contre lequel sesleua vn Antipape nommé Dioscorus, qui tint la dignité par force : et commença lors le septième schisme et merueilleuse tribulation en Leglise. Et se continua par les successeurs, entre Grégoire deuxième de ce nom natif de Romme, et vn autre nommé Sigismond. Parquoy en ce temps là, la foy commença presques du tout à faillir en Orient.
Aussi en ce mesme temps commencèrent les Papes à leuer les cornes (3) plus amplement alencontre des Empereurs : Car ledit Grégoire deuxième fut le second après le Pape infâme Anastaise dessus mentionné, qui osa excommunier son Prince, cestasauoir lempereur Léon troisième de ce
(1) V. le latin constanter.
(2) c.-àd. même.
(3) En latin : cornuasumere, obvertere, etc.
â70 OB LA DIFFERENCE DES SCHISMES
nom. La cause fut, pource que ledit Léon vouloit abolir ladoration des images par toute Chrestienté : disant que cestoit idolâtrie, et le Pape contredisoit à ce. Parquoi deslors en auant sesleuerent grands bendes et partialitez, entre les Empereurs et Papes, qui souuent depuis ont esté renouuellees. Et pendant ces débats, les Sarrasins partans d'Afrique, entrèrent en Espaigne. Et depuis lors ont possédé le Royaume de Grenade, iusques à ce que les Roy et Royne trescatholiques d'Espaigne, Ferdinand et Elisabeth (1) ont de nostre temps recouuré ledit Royaume de Grenade. Aussi vindrent des ce temps là iceux Sarrasins bien auant en France, mais ilz en furent reboutez par le trescheualereux Prince Charles Martel. Il se treuue par les histoires, que ledit Pape Grégoire septième commanda aux Chrestiens de faire la quaresme : Ce que saint Melciades prédécesseur de saint Syluestre auoit deffendu, sachant que cest vne corruption vniuerselle pour les corps humains, comme tesmoignent les Médecins.
Aucun temps après, pour continuer les malheurs de leglise, régnant en France Pépin filz de Charles Martel, vn nommé Constantin, second de ce nom, enuahit la Papalité tyranniquement, et par force dargent et darmes : et la tint aucun temps alencontre du Pape Estienne troisième de ce nom : mais finablement il en fut deietté par mesme moyen. Et après auoir eu les yeux creuez, fut confiné et mis en exil et prison en vn monastère. Parquoy il est nombre pour le cinquième Pape infâme. Et en ce temps là, la nation des Turcs commença à sortir de Tartarie : et enuahit les terres de Lempire Oriental, et par ce poinct tous-
(1) Elisabeth => Isabelle.
ET DES CONCILES DE LEGLISE. %li
iours la Chrestienté se diminue (1) : car dautrepart, les hérésies pulluloient aussi de plus en plus. Et fallut célébrer le septième concile vniuersel à Constantinoble, alencontre de ceux qui soustenoient, que cestoit idolâtrie dauoir aucunes images des saints es églises de Chrestienté : et aussi pource, que Leglise Grecque estoit diuisee de la Latine, pour aucuns articles concernans le saint Esprit.
Conclusion de la première partie de ce Traicié.
Puis que par le dessus narré nostre intention est commencée à clarifier : cestasauoir, de faire preuue suffisante, comment Leglise ha esté deprauee par opulence de richesses, et mesmement (2) par la donation de Constantin : Car voicy desia le septième schisme qui y est surueuu, et le septième concile vniuersel , sans les autres menus, quil ha esté mestier de célébrer, pour reiinir Leglise. A fin de donner meilleure elucidation au tiltre de ce Traicté, qui est de monstrer la différence des schismes et des conciles : et mesmement la prééminence et vtilité des conciles de la sainte Eglise Gallicane, nous tairons le propos principal desdits schismes, et le reprendrons en la tierce partie, à fin de parler des conciles de ladite Eglise, lesquelz se commencèrent à célébrer (3) enuiron le temps desdits premiers schismes.
(1) 1528 a simplement : par ce point la chrestienté se diminua. D'autre part....
(2) e.-à-d. surtout, encore dans Gabriel Naudé (1667).
(3) se célébrer (1528) esire célébrez (1549). En latin, ceUbrare, répéter souvent.
STS Dë la DIFFERENCE DES SCHISMES