PRESENT TRAICTÉ
Des cinq premiers conciles de la sainte Eglise Gallicane, teniez à Orléans, dont le tiers fut par le commandement du Roy Clouis premier Chrestien.
Les nobles historiens mettent que Clouis premier Roy Chrestien, des François, en linterualle de temps qui courut entre le quatrième et cinquième schisme spécifiez en la première partie, fut aussi le premier des Roys qui feit assembler concile en la cité d'Orléans. Cestasauoir lan de nostre Seigneur, quatre cens quatre vingts et six. Régnant à Constantinoble lempereur Zenon Isauricus, et séant au siège Apostolique, le Pape Félix, troisième de ce nom : et enuiron le temps du Roy Artus de la grand Bretaigne. Si présida audit concile vn saint- Euesque, nommé Mellanius. La raison est à présupposer, que cestoit pour quelque grand bien de Leglise, et de Chrestienté.
Si nestoit ce pas le premier qui sestoit tenu audit Orléans, mais le tiers : Car le premier auoit esté du temps du Pape S. Syluestre, auquel présida leuesque Marinus : au second Aurelianus euesque : au tiers le dessusnommé Mellanius. Et depuis au quart Albinus euesque d'Angers : et au cinquième Honoratus ; archeuesque de Bourges , comme il appert au Décret, en la distinction quinzième, et au chapitre, sexta Synodus.
(1) Dans les éditions antérieures, mênoe en 1548 : Cy commence la..
Du concile de leglise Gallicane et Germanique, tenu du temps de Charlemaigne Roy des François.
lasoit ce que le païs de Francone oultre le Rhin, en Germanie, ne soit pas des appendences de Gaule, toutesuoyes le (1) Roy des François Charlemaigne, dominant sur toutes les deux langues, feit audit païs de Francone (de laquelle la cité capitale, et cathédrale, est Herbipolis) (2) assembler vn concile des Prélats, de lune et de lautre nation : cestasauoir Germanique, et Gallicane, du temps du Pape Adrian, premier de ce nom (comme met Platina) lequel concile les Grecz appellent la septième Synode. Et illec fut condemnee lerreur Felicienne, qui soustenoit, que es églises de Chrestienté ne doit auoir aucunes images.
Certain temps après ledit concile, le Pape Léon troisième de ce nom, successeur dudit Adrian, vint en France vers le Roy Charlemaigne, se pleindre de loutrage qui luy auoit esté fait par trois prestres Cardinaux : lun nommé Paschalis, lautre Primicerius, et le tiers Campulus, qui bâtirent et oultragerent vilainement ledit Pape Léon, en faisant la procession des Letanies iadis instituées par S. Grégoire. Dont ledit Roy Charlemaigne fut tresmal content. Et de fait, se tira à Romme à main armée, pour remettre ledit Pape en son siège. Parquoy il mérita destre nommé Empereur et Auguste de lempire Occidental : et donna plusieurs grans biens à leglise Romaine, comme son père Pépin auoit fait au parauant, ce que depuis leurs successeurs ont continué daugmenter .
(1) nohle dans les éditions antérieures.
(2) Wurzbourg.
^4 DR LA UIPFKRBNCB DBS SCHISMBS
Du grand concile tentt à A ix la Chapelle^ du temps de lempereur Loyi le Débonnaire, Jllz de Charlemaigne.
Âix la Chapelle, nommée en Latin Aquisgranum, là ou le corps de saint Charlemaigne est sépulture , combien quon y vse de langue Germanique, si est ce toutesuoyes des pertinences de la Gaule Belgique. Or y fut célébré vn concile, duquel Platina en la vie des Papes, et Gaguin en la chronique de France, font mention, par [le commandement de Loys le Débonnaire Empereur de Romme, et Roy de France, auquel sasssemblerent tous les Princes et Prélats de sa subiection : en la présence duquel concile il eslut, et establit pour consort et participateur de son Empire, Lothaire son filz aisné, et le couronna Roy d'Italie : Pépin le second, il le nomma Roy d'Aquitaine : et Loys le tiers, Roy de Bauiere. Et comme les ambassadeurs des Sarrasins, habitans à Cesarauguste et Barcelone en Espaigne, fussent venuz luy supplier de paix audit concile, il la leur ottroya. Ausurplus ledit tresnoble et tresuertueux Prince, ordonna en ladite assemblée, estre fait vn liure de lordre et des cerimonies ecclésiastiques. Lequel il commanda estre doublé par plusieurs volumes et exemplaires, en toutes les principales citez et villes de son Empire et Royaume : et que les constitutions diceluy fussent obseruees par chacun poinct.
Le personnage qui eut charge de composer ledit liure, sappelloit Amaralius (1), diacre, flourissant pour le temps dadonques, tant en estude de lettres, comme de la notice des institutions sacrées et cerimonies ecclésiastiques. Et
(1) Amalarius, dans les autres éditions.
ausurplus, ledit tresdebonnaire Empereur et Roy, quand il vid et congnut que les Prélats et autres de moindre dignité excedoient la mesure de modération sacerdotale, en pompe de vestemens trop précieux, trop superflux, et en trop grand monstre et excessiuité dor, de gemmes et pierres précieuses aux doigts, il leur commanda à baisser ladite pompeuse ostentation, trop orguilleuse, et se vestir dhabillemens plus humbles et plus conuenables à leur vocation. Et que chacun fust content dun anneau seulement, pour indice et enseigne de sa prelature.
Selon ce que ie puis entendre par Ihistoire de Platina historien, le Pape Estienne, quatrième de ce nom, natif de Romme, et successeur dudit Léon le tiers, estoit présent et assistant audit concile : car pour fuyr la fureur des Romains, il vint en France : et trouua ledit Empereur et Roy Loys le Débonnaire, à Orléans, lequel le receut en grand honneur et magnificence, et le traie ta bien aucun temps, puis luy donna faueur et ayde pour retourner à Romme, ensemble vne croix de valeur inestimable, que ledit Empereur enuoyoit pour ofi'rande à leglise S. Pierre.
Du mauuais et exécrable concile de Compiengne, tenu par les Prélats de France, contre ledit Empereur et Roy Loys le Débonnaire.
Il y evt enuiron ce temps tenu à Compiengne vn autre concile, mais il fut détestable et pernicieux : et se peult plustot appeller conuenticule et monopole : car ce fut fait sans autorité, par les mauuais Prélats de France, du temps dalors, qui conspirèrent alencontre de leur seigneur souuerain. Empereur et Roy Loys le Débonnaire : car lesdits Prélats, comme il est vraysemblable, marris et indignez de
â76 1)E LA DIFFERENCE DES SCHISMES
ce que au concile précèdent il les auoit corrigez de leurs pompes et superflu itez , et leur auoit fait laisser leurs anneaux , conspirèrent contre luy, et firent par grand cruauté armer les enfans contre le père, et le prendre et tenir en garde estroite à Soissons, aydant et consentant à tel maléfice le Pape Grégoire, quatrième de ce nom. Lequel Roy nauoit pas ce mérité enuers Leglise Romaine : car il auoit fait plusieurs biens et donations au Pape Paschal au siège Apostolique : Et mesraement conferma la donation de Constantin, comme met vn acteur nommé Raphaël de Volaterre. Et finablement audit malheureux concile de Compiengne auquel ilz sestoient assemblez sans autorité supérieure, lesdits Euesques et Prélats coniurez, condamnèrent leur souuerain Prince et seigneur, de poser les armes et la ceinture militaire, et se despouiller de la dignité Impériale, et en ce lieu prendre et affubler la cuculle, ou le froc dun moyne.
0 faulse et malicieuse pharisienne hypocrisie sacerdotale : Ce nest pas de maintenant que tu conspires en grand desdain contre ceux qui te reprennent et corrigent : car tu commenças au chef, cestasauoir à nostre Seigneur lesvs Christ. Cela est dit pour les mauuais. Et la narration de ce peruers concile, est pour donner lustre aux autres, lesquelz ont esté de bonne conséquence : Car après lesdits esclandres, ledit Empereur et Roy fut restabli en son entier, (1) par la iustice diuine, et par vn autre meilleur concile des Euesques et Prélats de France. *
(1) Les éditions 1528 et 1549 ont ici : comme a luy très raisonnablement appartenait.
D% concile cU Troye en Champaigne, tenu du temps du Roy Loys le Bègue.
Av temps du Roy Loys le Bague, filz de Charles le Chauue, vint en France le Pape lean neuuieme de ce nom, natif de Romme, eschappé des prisons du peuple Romain, qui le hayoit, pource quil vouloit couronnei> Empereur ledit Loys le Bègue, Roy de France, et ilz aymoient mieux auoir Charles son frère Roy de Germanie. Dont tant pour ceste cause, comme pource que deux Contes d'Italie, lun nommé Lambert, et lautre Helbard, vsurpoient tous les iours par tyrannie, sur le patrimoine de Leglise : et à ceste cause les auoit excommuniez, il se vint sauuer en France, ou il demoura par lespace dun an, et se tint premièrement en Arles : et de là vint à Lyon, là ou il enuoya vn ambassadeur prier le Roy, quil se y voulsist trouuer. Mais le Roy estant à Tours, ny peut (1) venir, à cause dune maladie quil auoit eue. Toutesuoyes, certain temps après quand le Roy fut venu à bonne conualescence de sa maladie, luy et le Pape se trouuerent ensemble en la cité de Troye en Champaigne, et illec sassembla le concile de leglise Gallicane.
Audit concile de Troye en Champaigne, furent conclus beaucoup de saints Décrets, lesquelz messieurs les Decretistes treuuent au droit Canon, en la distinction cinquantième, et au chapitre. Mirer. Et (2) en la dixseptieme question, chapitre, quatrième, commençant, iSi cuis. Dont entre les autres choses qui y furent establies, Platina his-
(i) oncques {\528).
(2) consequemment {1548).
torien met, que aux Flamens fut baillé vn Euesque : Car le païs de Flandres, qui parauant estoit la forest Charboniere, pleine de marestz, sestoit de nouuel commencée à peupler et habiter. Parquoy il faut coniecturer que alors ilz furent mis souz le Diocèse de Tournay, ou ilz sont encores. Oultreplus, ledit Pape lean neuuieme , donna solennellement audit concile la couronne de Lempire au Roy Loys le Bègue, et lappella Auguste. Mais il ne voulut point couronijer sa femme, nommée Richent, combien quil en fust instamment requis. Ces choses faites, et le concile licentié, ledit Pape lean neuuieme, sen retourna à Romme pour obuier aux Sarrasins d'Afrique, qui en ce temps là auoient occupé une partie d'Italie.
De deux conciles tenus à Reims, contraires lun à l'autre : Zun par le Roy, et lautre par le Pape.
Hve capet régnant nouuellement en France, assembla le concile des Prélats de leglise Gallicane à Reims en Champaigne. Et pource quil hayoit et craingnoit la postérité de Charleraaigne, sur laquelle il auoit vsurpé le Royaume, il feit audit concile déposer larcheuesque de Reims, nommé Arnoul, frère bastard de Lothaire, iadis Roy de France, et mit en son lieu vn moyne, philosophe et nécromancien, lequel estoit expert en lart de Toulette. (1)
Contre ledit concile le Pape Benedict, septième de ce nom, en feit célébrer vn autre en la mesme cité de Reims : auquel ledit Arnulphus fut restitué , et ledit Gerbert déposé, qui neantmoins fut depuis archeuesque de Rauenne,
(I) Tolette, dans les autres éditions ; celle de 1528 ajoute : nomiM Qerhert.
et depuis Pape de Romme, au moyen de ladite art diabolique, dont il se sauoit bien ayder. Mais finablement il mourut poureraent. Cest celuy de qui on lit ce vers commun :
Transit ad R Gerhertus ad R ût papa regens R.
Pource quil eut trois dignitez, commençans par une mesme lettre. (1)
Du grand concile gênerai et vniuersel célébré à Clermont en Auuergne, au temps de Phelippes premier de ce nom, Roy de France, présent le Pape Vrhain deuxième. Au moyen duquel concile, le grand passage de Godefroy de Buillonjut mis sus, et la terre sainte recouuree.
Le saint père Vrbain deuxième de ce nom, parauant Abbé de Clugny, et Cardinal d'Hostie, fut meu de grand pitié et compassion par les paroles dun vaillant preudhomme nommé Pierre l'Ermite, natif du Diocèse d'Amiens, lequel venoit de pèlerinage de la terre sainte : et auoit raconté au Pape, la seruitude, pitoyable misère, et poureté, en laquelle il auoit veu de fresche mémoire, le Patriarche Simon de Hierusalera, et tous les Chrestiens doultre mer. A cause dequoy ledit Pape Vrbain deuxième, délibéra tresaffectueusement de semployer au recouurement de la terre sainte, et la tirer hors de la tyrannie et cruauté des Turcz et Sarrasins, infidèles et Mahoraethistes, ou elle auoit esté détenue depuis le temps de lempereur Heracle, cestasauoir par lespace de quatre cens quatre vingts ans, ou enuiron.
(1) Rome, Reims, Ravenne.
S80 DE Là. DIFFBRENCB DBS SCBiSMES
Dont tant en intention de ce faire, comme pource quil ne sauoit trouuer manière de viure en paix auec ies Romains, qui sesraouuoient de iour en iour à tumulte et sédition contre luy : et pour autres grands raisons nécessaires, il print occasion de partir de Romme, et venir en France. Si commanda prestement assembler le concile vniuersel de toute leglise catholique, en la cité de Clermont en Auuergne. Aucuns historiens tiennent aussi, quil célébra vn autre concile à Tours : cestuy cy est le plus renommé et le plus certain. Ce fut au temps de Phelippes premier de ce nom, Roy de France, et de la Royne Berthe, fille de Florent Roy de Frise, et Conte de Hollande. Dont quand le concile gênerai fut assemblé au nom du saint Esprit, ledit saint père Vrbain, feit vne oraison ou harengue belle et élégante à tous les assistans en langue Latine, (1) laquelle iay mise en François, ainsi comme sensuit :
Lakarengue du Pape Vrbain, deuxième de ce nom, faite au coTLcUe de Clermont en Auuergne, au peuple Chrestien, pour les enhorter à la deliurance de la terre sainte^ occupée p<tr Us Turcz et Sarrasins.
Vovs hommes Chrestiens qui estes en ce lieiji conuenuz à nostre mandement, estimez paraventure que la seule cause qui nous ha contraint de laisser Romme et Italie, et venir pardeça, nest que pour reformer et mettre en meilleur ordre les choses appartenans à lestât ecclésiastique, et à nostre sainte foy et religion catholique : Certes il est bien
(I) Micbaud (Hist. des Croisades [, 64, éd. de Bruxelles) peo^ qvM le pape Urbain, étant français, se servit du dialecte roman usité en Auvergne.
ET DBS GOMCILBS DE LEGLISE. 9KA
vray que cela en ha esté cause en partie : mais il en y ha encores vne autre trop plus grande et plus nécessaire, voire et telle, que nulle autre ne peult estre dite plus grande, laquelle nous ha cy attrait.
Depuis peu dans en ça, vne gent Agarene (laquelle corruptement vous nommez Sarrasine) est yssue de Perse, enuahissant les lieux et contrées de la terre sainte et cité de Hierusalem, ha tout prins, tout pillé, tout brûlé, et le tressai nt sépulcre de nostre Seigneur Jésus Christ honni et contaminé : laquelle chose nous ne pouuons dire sans larmes. Temples, églises, chapelles et autelz, esquelz on seruoit Dieu à la mode Chrestienne, ou ont esté démolis et mis par terre, ou changez en lusage prophane de la secte de Mahometh. Et dun grand nombre de créatures Chrestiennes emmenez violenteraent hors dillec, les vns par fragilité humaine et par limpatience des tourmens, ont renié la foy, et sont deuenuz Sarrasins, après auoir esté circoncis. Les autres fermes et constans en la foy, ont esté despecez et martyrisez par diuerses manières de mort, tellement que le plus heureux sest réputé celuy, qui de la main dun diceux bourreaux, pouuoit auoir incontinent la teste trenchee sans plus languir.
Et quant a^ix femmes Chrestiennes, lesquelles esmues de deuotion sont autresfois parties des villes et citez daucuns d'entre vous qui estes icy presens, pour aller visiter, baiser et adorer les saints lieux : après quelles ont passé tant de mer et tant de terre, ont souffert tout ce qui est exécrable à dire «t que la cruauté des ennemis de lesus Christ, ha sceu penser et controuuer, non tant ponr saouler leur luxure q-ue pcmr aboutir et vergongner la Chrestienté. Lesquelles choses, si vous estes vrays €hrestiens (ou plustôt diray ie, si vous estes hœaodnes) tous Be pouuez ouyr
de bon courage, ne supporter en patience. Et à fin que vous vueillez entendre de cœur et de pensée en toutes les choses dessusdites, et pouruoir à icelles selon la dignité du nom de Chrestienté, trois choses y ha qui vous y doiuent non seulement induire, mais attraire. Premièrement les bons exemples de voz prédécesseurs : secondement le grand péril prochainement apparent si on ny remédie : et tiercement lesperance des merueilleux guerdons qui sen ensuiuront. Donques auant que nous procédons aux autres choses, certainement les circonstances qui touchent au danger et péril eminent, seront plus facilement mises deuant voz yeux.
Nous sommes certains, quil ny ha homme de vous qui ignore comment les tresbonnes et tresfertiles régions d'Asie et d'Afrique, iadis subiettes au saint Empire Romain, et depuis à Leglise catholique, sont possédées par les Turcz et Sarrasins noz ennemis, ou plustot de nostre Seigneur et Dieu immortel Jésus Christ. Oultreplus, si vous tous en la généralité ignorez quelles prouinces d'Europe, et quelles citez iceux mescreans oppressent, occupent et destruisent, chacun toutesuoyes en sa prouince particulière le doit bien sauoir : si ce ne sont dauenture vous autres de la nation Gallicane et Françoise, qui comme les plus lointains ne sauez rien de cecy : et qui toutesuoyes deuez ouyr presques iournellement les pleurs et les clameurs des Espaignolz, et de ceux de Languedoc affoliez de celle gent inhumaine, attendu que tous les iours on les maine pour esclaues et serfz delà la mer en Afrique, que vous dites maintenant Barbarie.
Et dautre part, entre vous Germains, Saxons, Polaques, Bohèmes, et Hongres, si vous ne sentez encores les Turcz forcener dedens voz entrailles, deuez vous pourtant ignorer
de combien petis interualles de mers et de riuieres, ilz soient lointains bu prochains de vous ? Ores ie parle à (1) Italie, de laquelle par plusieurs ans cy deuant les Sarrasins ont occupé presque la moitié, et se sont fourrez dedens si auant, que la grand cité Romaine capitale de tous les Chrestiens, le siège des successeurs de saint Pierre, encores tout freschement arrosée du benoit sang des martyrs, ilz lont enuahie, assiégée et prinse par force. Et les églises des Apostres saint Pierre et saint Paul, souillées, pollues et coinquinees.
le voy icy les Vénitiens, ceux de Dalmace et de Histrie, et autres habitateurs dentour la mer Adriatique, lesquelz en tant quilz ont perpétuelle guerre auec les Turcz et Sarrasins, pour eux mesmes deffendre, cependant ilz gardent et preseruent la reste d'Italie, à fin que ladite gent ne lentame. Combien que certes ie ne scay bonnement, si endementiers que les Turcz et Sarrasins sont gardez dentrer en possession de la mer Adriatique, ilz sont plustot reboutez d'Italie, que d'Allemaigne et Hongrie.
Mais pourquoy marresteray ie en vne chose si tresmanifeste et notoire à vnchacun ? Il est certain que iusques à ores, sur les frontières et extremitez de Septentrion quant aux parties d'Europe, Lempire de Constantinoble ha esté vn fort auantmur et obstacle. Car il ha assoupy et arresté tout court les horribles inondations, inuasions et impetuositez des infidèles, Turcz et Sarrasins, lesquelles estoient disposées de foudroyer tout ce quelles trouueroient deuant elles. Or ha ledit Empire de Constantinoble gardé premièrement que les nations des infidèles ne crauentassent les
il) de (1528).
Hongres, les Polaques, les Bohèmes, voire mesmes les AUemans, et toute la reste de Chrestienté. Mais quoy ? Lempereur de Grèce, depuis aucuns ans ença chassé et deietté d'Asie la mineur (laquelle on dit maintenant Natolie, ou Turquie) se soucie et trauaille desia assez, à ce quil puist conseruer et retenir son Empire, et ses pais et seigneuries situées en Europe, cestasauoir deçà la mer Hellesponte, prochaine de Constantinoble.
Si donques maintenant vous ne regardez et considérez sans plus, que les choses qui sont deuant voz yeux, sil ne vous chaut daller au deuant, et résister aux Turcz et Sarrasins infidèles, qui de brief sappareillent à vous courir sus : attendu que par vostre négligence auez desia soufiert, que le saint sépulcre de nostre Seigneur, et la terre sur laquelle Jésus Christ ha marché, ayt esté souillée et honnie dune si tresorde vilenie de gens, certes vous les sentirez tantost impétueusement forcener sur voz testes. Et vous dolents et malheureux verrez voz femmes estre cruellement esrachees (1) dentre voz bras, voz filles du giron de leurs mères, et voz enfans et iouuenceaux estre rauis et entraînez en violente seruitude.
Assez trop mieux (ô mes enfans) et auec plus grand louenge se sont portez noz prédécesseurs (à fin que nous le prenons vn peu plus haut) lesquelz ont esleué leur haut renom et dignité par prouesse, commencée à Romme et en Italie, et augmentée par les forces d'Europe, iusques à la souueraine monarchie de tout le monde : par toutes les régions et prouinces duquel le nom Chrestien ha flouri. Lequel nom, nous voyons de nostre temps estre pressé et reculé en vn petit anglet de la terre. Et tous les iours
(1) cf. exradicare.
auons crainte nouuelle, quil ne décline et sabolisse du tout. Mais venons aux choses plus prochaines.
Charles surnommé le Grand, de la vostre nation presques de toute ancienne origine (ô Germains) et Roy aussi de vous François, et de toutes voz deux nations le très grand loz et decorement, dechassa hors d'Espaigne et d'Aquitaine (qui sont les propres frontières de France) plusieurs turbes et multitudes infinies de mescreans. Charles débouta les Sarrasins d'Italie : Charles (comme vous affermez par commune renommée) les ietta hors de Hierusalem et de la terre sainte, tellement que vous auez accoustumé de dire, par manière de grand louenge et glorification, que luy seul ha fait demourer le nom de Chrestienté en Europe. (1)
Mais dites moy, ie vous prie, de quelle gloire vous pourrez vous désormais vanter ? comment oseriez vous dire cy après, que la nation Françoise est la seule et la première, laquelle on doit vrayement appeller Chrestienne, attendu quen celle abondance de (2) richesses, que vous estes présentement, vous permettez par vostre nonchallance que la reste du peuple Chrestien soit chetif et malmené par les Turcz et Sarrasins ? Cestasauoir après que parauant le sépulcre de nostre Seigneur ha esté prins et empunaisé par eux mesmes.
Resueillez vous (ô forts et vaillans hommes) nous vous en prions et adiurons, et pour la miséricorde intrinsèque de Dieu vous en requérons, comme ceux qui seront vif exemple, miroir et enhortement à toute la Chrestienté. (3)
(1) V. Gaston Paris, Hist. poétique de Charlemagne, passim.
(2) abondance et richesses oit, (1528),
(3) toute chrestienté {1528 et 1548).
Prenez voz armes, desployez voz banieres, et mettez aux champs voz compaignies et voz légions. Si aurez autant de suite et dadiutoire, comme vous monstrerez le faire de plus grand courage. Dieu toutpuissant sera présent en vostre affaire, et si enuoyera ses Anges du ciel deuant vostre face, à ce (1) quilz adressent voz chemins, et quen tous cas et toutes fortunes ilz vous ajdent et assistent.
Ny ha il donques aucun qui désire dentendre de nous, quel et combien grans sont les guerdons et mérites de ceste emprise? Certes ilz sont les plus hautains et les plus amples de tous autres : et telz, que aucun homme de sain entendement, ne doit espérer les semblables en nulle autre guerre. Or est il ainsi, que quiconques allant en ceste sainte querele et poursuite, laissera son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses propres richesses, son estât, et la gloire de sa maison, (2) il est certain de recouurer des choses beaucoup plus grandes, et du tout incomparables. Et que veult on plus ? Ceux qui remaindront en la bataille, et seront occis des ennemis, conquesteront riche butin et despouille comme silz estoient vainqueurs : et seront menez en la Gloire éternelle du Royaume des Cieux à eux appareillée, là ou ilz triompheront auec les saints, et auec nostre Seigneur Jésus Christ, chef et conducteur de ce tressaint voyage. (3)
Et oultreplus, si telz en y ha qui quierent et demandent guerdons terriens et salaires transitoires, leur souuienne
(1) ad id ^= à cette fin, qa*ils redressent.
(2) Dans les éd. 1528 et 1548, on ne troure qae : laissera son père et sa maison.
(3) Mêmes arguments dans les poètes belges Quesnes de Bethune et Maerlant Van den lande van Overzee.
que la terre de laquelle il est maintenant question et propos la mettre à deliurance de noz ennemis : est celle laquelle Dieu nostre souuerain père promit iadis donner en héritage à son peuple d'Israël : terre qui est affluente de lait et de miel : Cestadire de toutes choses qui sont souefues et délectables aux corps humains.
Prenez donques et empongnez les armes entre vous Chrestiens, pour mettre à deliure le sépulcre de nostre Créateur, et pour faire tant et tellement (moyennant la grâce et miséricorde de Dieu) que ainsi que vous tous espargnerez à vous mesmes honneur et gloire immortelle, pareillement vous acquerrez les richesses inestimables du siècle aduenir.
Comment loraison dessus spécifiée, prononcée par le Pape Vrbain, causa merueilleuse efficace en la Chrestienté : et comment les Princes de pardeça, se croisèrent en grand nombre.
Le (1) dessvs nomme, saint père Vrbain deuxième de ce nom, neut pas si tost acheué sa harangue proposée, que tout le peuple assistant commença à sescrier tout à vne voix, comme si ce eust esté vn coup de tonnoirre, Dieu le veult. Et lors le Pape leur donna sa (2) bénédiction, en disant que ce mot là, seroit tousiours pour leur cry, (3) durant le voyage. Si se croisèrent deslors, bien trois cens mille hommes tous bons combatans, du nombre desquelz il y eut plusieurs vaillans Princes, et tous nobles hommes :
(1) Puis le dessus nomme' {lo28 et 1538).
(2) La (1528).
(3) en leur cry (1528).
DB LA DIFFBRiiNCe DBS SCHISMES
lesquelz pour faire finance vendirent leurs propres terres et seigneuries, comme ces choses sont spécifiées bien au long en plusieurs histoires et chroniques, mesmement (1) de Godefroy de Buillon chef de ladite emprinse. Et nous en auons fait vn Recueil sommaire, et de tous les autres passages (2) qui ont esté depuis, en vne autre œuure par moy compilée. Mais cestuy cy fut le premier et le principal, et qui redonda à plus grand honneur à la Chrestienté. Parquoy appert que ledit concile de Clermont est bien digne de grand mémoire et louenge, veu quil en sortit si grand fruit. Maintenant nous nous en tairons pour venir à remémorer les autres.
Du concile de Troye en Champaiçne, celelré par le Pape Paschal deuxième, pour la r^ormaiion des Ecclésiastiques.
Tantost (3) après ledit grand concile de Clermont, et du temps du dixseptieme schisme, le Pape Paschal deuxième de ce nom, natif d'Italie, parauant moyne et successeur immédiat dudit Vrbain deuxième, vint en France, pour reformer les Ecclésiastiques, qui menoient vie trop désordonnée : et célébra vn concile gênerai, auquel il reforma le clergé, dont les mœurs et façons de faire estoient trop empirees et de mauuais exemple au populaire : et chastia plusieurs Prélats et prostrés, en leur ostant leurs bénéfices, et les donnant à gens plus suffisans et mieux moriginez pour rendre le diuin seruice de plus louable culture : et après ce fait, il sen retourna diligemment en Italie. Ce
(1) c.-à-d. surtout.
(2) Voyagea d'outre mer ; Ducange v. Passagium.
(3) Tantost ajouté par l'ëd. 1549.
Pape recommença la querele des inuestitures, contre lempereur Henry le quart. Pourquoy il eut beaucoup à souffrir, et pareillement ses successeurs. Et fut cause desmouuoir plusieurs guerres et dissensions en Chrestienté, comme iay bien intention de monstrer en la tierce partie de ce Traicté.
Du concile de Reims, tenu par le Pape Calixte^ frère du Conte de Bourgongne, auquel lempereur Henri/ le quart fut excommunié.
Avdit Paschal deuxième de ce nom, succéda Gelaise second, natif de Gayete en Italie, moyne de Montcassin, au temps duquel fut le dixhuitieme schisme. Et souffrit beaucoup de persécutions, comme nous dirons au Traicté des Schismes, mesmement par lempereur Henry le quart, lequel auoit créé vn Antipape, nommé Benedict, pour la crainte duquel, ledit Pape Gelaise senfuyt hors d'Italie, et sen vint à refuge en France, du temps du Roy Loys le Gros : il monta sur mer à Pise, et arriua premièrement au port de Maguelonne , puis trauersa le Royaume de France, et dédia plusieurs églises, mesmement vne à Tournay, et puis finablement vint faire sa résidence en labbaye de Clugny : là ou il trespassa dune pleurésie.
Au lieu dudit Gelaise, fut eslu à Clugny larcheuesque de Vienne, nommé Guy de Bourgongne, frère du Conte Estienne de Bourgongne, qui mourut en la terre sainte, au temps du passage de Godefroy de Buillon : lequel Guy de Bourgongne, après son élection fut nommé Calixte second, et fut homme de bonne vie. Or ne scay ie bonnement, si ce fut le Pape Gelaise dessus mentionné, ou cestuy cy qui tint vn concile à Reims en Champaigne, contre m. 19
290 DE LA DirFBRRNCK DKS SCBISMBS
lempereur Henry le quart, auquel concile il fut excommunié. Toutesuoyes ie croy plustot que ce fut au temps de Gelaise : car Calixte estoit parent de lempereur Henry le quart, lequel auoit à femme Mehault (1) fille de Henry Roy d'Angleterre.
Ladite excommunication fut iettee à cause de la querele des inuestitures des eueschez, et pource que Lempereur auoit esleué et soustenoit l'Antipape Burdin Espaignol, comme nous dirons en la tierce partie. Dont tant pour ce motif, comme pource que à layde des François, ledit Pape Calixte auoit esté mis et inthronizé dedens Romme contre le gré de Lempereur, luy qui estoit allié des Anglois à cause de sa femme, meut la guerre en France, et entreprint de destruire Reims en Champaigne, en laquelle il auoit esté excommunié. Mais quand il sentit la puissance du Roy Loys le Gros, lequel luy venoit au deuant Lauriflambe desployee, il se désista de son emprinse. (2) Et fut depuis la paix trouuee entre lesdits Pape, Empereur, et Roy.
D% second concile de CU/mont, et dun autre tenu à Reims en Champaiçne, presques en vn mesmes temps.
Le Pape Innocent, deuxième de ce nom, natif de Romme, feit la guerre ouuerte à Roger le Normant, premier Roy de Naples : mais Guillaume filz dudit Roger, vainquit en pleine bataille ledit Pape Innocent, et le print prisonnier auecques ses Cardinaux. Neantmoins le Prince Guillaume les traicta honnorablement et magnifiquement. Et vsa
(1) 3faAa««(1528).
(2) enlreprinse (15-28 et 1548).
enuers eux de grand modération : et depuis les laissa aller en paix. Pendant lesquelles choses les Romains eslurent vn autre Pape, nommé Anacletus, Parquoy ledit Innocent deuxième, fut chassé de Romme, et fut lors le dixhuitieipe schisme en Leglise, comme nous dirons en la dernière partie.
Or sen vint le Pape Innocent deuxième, ainsi exilé, au commun et dernier refuge salutaire de la tribulation des Papes : Cestasauoir, au tresnoble Royaume de France. Et print sa couleur souz ombre (1) de vouloir enhorter les Princes Chrestiens au secours de la terre sainte. Le Roy Loys le Gros, filz de Phelippes premier de ce nom, et de la Royne Berthe, fille de Florens Roy de Frise, luy vint au deuant iusques à saint lulien sur Loire, auec sa femme et ses enfans, et le receut en grand honneur et vénération, en luy présentant toute faueur et assistance.
En ce temps là, de ladueu et consentement dudit Roy Loys le Gros, furent tenuz deux conciles en .France, esquelz ledit Pape Innocent fut présent, lun à Clermont en Auuergne, et lautre à Reims en Champaigne. En toutes lesquelles choses S. Bernard Abbé de Clereuaux, estant pour lors en grand réputation assistoit, et ledit Pape Innocent deuxième. Si furent faits esdits conciles plusieurs statuts, et constitutions, comprinses au droit Canon. Par lesquelz moyens ledit Innocent vainquit son aduersaire Anacletus Antipape. Et quant il eut fait ses besongnes, il sen retourna à Romme.
(1) c.k-d. prit prétexte de...
soi DE LA DIFFEREACE DI^S SCHISMES
Pu concile de Vezelay en Bourgongne, célébré du temps du Roy Loyt le Jeune, là ou se publia la seconde Croisée.
Covrant le temps du dixneuuierae schisme en Leglise, duquel nous ferons mention en la tierce partie, Eugenius troisième de ce nom, Pape de Romme, natif de Pise en Italie, qui parauant estoit Abbé de saint Anastaise de lordre de Cisteaux, et disciple eslu de S. Bernard, Abbé de Clereuaux, fut persécuté des Romains, et vint en France au refuge comme ses prédécesseurs auoient fait. Cestasauoir tant pour fuyr et escheuer (1) la fureur tumultueuse desdits Romains, comme pour encourager les Princes Chrestiens au passage doultremer, à cause des nouuelles de la désolation de la grand cité d'Edessa en Mésopotamie, reprinse et recouuree sur les Chrestiens par Alaph Prince des Turcz.
Laquelle chose exposée au Roy Loys le leune, filz de Loys le Gros, il en eut grand dueil : et pour y remédier, feit assembler vn concile de tous les Prélats et Princes de France, en la ville de Vezelay en Bourgongne. Ausquelz il ordonna exposer par la viue voix de S. Bernard Abbé de Clereuaux, tout le meschef aduenu en la terre sainte. Apres laquelle proposition faite, le Roy voua de donner secours aux Princes Chrestiens estans oultremer : et la Royne Eleonor sa femme promit de le suiure. Si se croisèrent le Roy et la Royne, et auec eux plusieurs Princes, Barons, et nobles hommes de France : Et aussi feirent dautre part Conrad Roy des Romains, Alphonse d'Espaigne, Henry d'Angleterre, et autres Princes : et fut le second passage vniuersel.
(l) eschapper (1528 et 1548).
Par Ihistoire de Platina, il semble que le dessusnommé Pape Eugène, troisième de ce nom, fut présent audit concile de Vezelay, auecquesS. Bernard, et quil mist sus la croisée. Et luy mes me croisât le Roy, duquel oultreplus il obtint secours pour retourner à Romme.
Du tiers concile de Clermont en Auuergne : et de deux autres tenuz lun à Tours, et lantre a Dijon.
Le vingtième schisme de Leglise estoit entre le Pape Alexandre troisième de ce nom, natif de Senes, qui futeslu lan de grâce mille cliiii, (1) et dura ledit schisme et diuision en Leglise, par lespace de dixsept ans, alencontre de quatre Antipapes, créez par lempereur Federic Barberousse. Alors pour auoir secours en cest affaire, ledit Alexandre troisième, vint en France deuers le Roy Phelippes Auguste, et célébra vn concile en la cité de Clermont en Auuergne, directement contre ledit empereur Federic : pource quil soustenoit l'Antipape nommé Victor. Lesquelz différents furent cause de beaucoup de maux en Chrestienté : car ce pendant Hierusalem fut prinse par Salhadin, et perdue pour les Chrestiens iusques à ores.
Lempereur Federic Barberousse, vouloit bien venir à concorde, et taschoit quil se tinst vn concile à Dijon en Bourgongne, comme lieu presques limitrophe de France et d'Allemaigne, pour mettre fin au schisme, là ju il se deuoit trouuer auec le Roy Phelippes Auguste, et deux autres Roys, cestasauoir de Bohême et d'Escosse, et y deuoit amener ledit Victor Antipape. Et de fait, vint audit lieu de Dijon, accompaigné de grand nombre de gens-
(1) 1 180 dans les éd. 1528 et 1548.
darraes, tant Âllemans que Bourguignons : car il auoit espousé Beatrix, Contesse de Bourgongne. Mais ledit Pape Alexandre troisième, ne se y voulut point trouuer, ains dit que le lieu luy estoit suspect : et quil nauoit pas esté eslu (1) de son autorité. Ains assembla vn autre concile en la cité de Tours, et Lempereur plein de despit et indignation sen retourna en AUemaigne . et enuoya son Antipape Victor en Italie, et furent les choses en plus mauuais train que parauant. Vojla comment à loccasion des Papes, le monde est ti'oublé, et sera tousiours tant que Dieu y vueille mettre remède.
De deux conciles de îeglise Gallicane^ tenuz en la cité de Paris, du temps du Roy Pkelippes Auguste : Et de la disme Salhadin.
Dv (2) mesme temps dudit Roy Phelippes Auguste Dieudonné, et la Royne Ysabel fille de Baudouin Conte de Haynnau, vindrent doultremer pour ambassadeurs de la part de Guy de Lusignen Roy de Hierusalem, le Patriarche de Hierusalem nommé Heraclius, et le grand maistre des Templiers. Lesquelz remonstrerent au Roy, comme ilz auoient fait au Pape Lucius troisième de ce nom, natif de Laques : cestasauoir comment la terre sainte estoit apparente destre perdue pour les Chrestiens : Car Salhadin Turc successeur de Norandin, (3) Souldan d'Egypte et de Babylone, oppressoit si fort les Chrestiens doultremer, quilz ne pouuoient plus durer sans secours. Lesquelles remonstrances faites au Roy Phelippes Auguste, il feit
(1) c.'k-à. le lieu n'avait pas été choisi.
(2) Ou {éd. 1528).
(3) Noradin(éd. 1548).
ET DES CONCILES DE LEGLiSE. WfSi
assembler tous les Prélats et Princes de son Royaume, en la cité de Paris, et là fut proposé et consulté tresamplement de ladite matière : mais il ny fut point conclud deffect. Car le Roy occupé pour lors en plusieurs et diuerses guerres, mesmement contre Hugues, Duc de Bourgongne, et Richard Duc d'Aquitaine, ny peut pour lors bonnement entendre.
Si ne tarda gueres après, que voicy arriuer autres messages de la terre sainte, qui certifièrent au Roy, que Hierusalera estoit prinse par leffort du Souldan Salhadin Turc, le second iour d'Octobre, ian mille cent quatre vingts et quatre. Cestasauoir, Ian quatre vingts et neuf après quelle auoit esté recouuree par Godefroy de Buillon, sur le Caliphe de Babylone, nommé Cornumarant. Et récitèrent lesdits messagers treslamentablement comment Salhadin, à son entrée de Hierusalem, auoit fait abbatre les cloches, et prophané le saint temple de Salomon, et toutes les églises des Chrestiens. Et que le Roy Guy de Lusignen, et le maistre des Templiers estoient prisonniers. Le Patriarche Heracle, et tout le clergé sestoient saunez et retirez pour la plus part en Antioche, à Tyr, à Tripoly, <^et en Alexandrie, Car autres places nestoient demeurées aux Chrestiens de toute la terre sainte. Et aucuns autres auoient tout abandonné et râpasse (1) la mer, si sen estoient venuz en Sicile.
De ces dures nouuelles fut tresdeplaisant le Roy Phelippes Auguste, et despescha incontinent vne ambassade au Roy Henry d'Angleterre premier de ce nom, pour luy persuader à ce quilz parlamentassent ensemble, à fin de
(1) 1548 a d4jà : « repassé v.
t9S DE LÀ DIFFERENCE DES SCHISMES
reparer vn si terrible esclandre aduenu à la Chrestienté. A quoy ledit Roy Henry obtempéra trcsuoulentiers. Si conuindrent ensemble les deux Roys en la plaine auprès de Gysors, et feirent paix amiable et perpétuelle. Et prindrent ensemble la croix contre les ennemis de nostre foy, combien que ledit Roy Henry surnommé, Cœur de Lyon, ne peut acheuer le voyage : car il fut preuenu de mort, tantost après. Et nonobstant ce , son filz et successeur Richard sen acquita depuis.
Pendant ces choses, le Roy Phelippes Auguste faisoit ses preparatiues, mesmement en fait de finances. Et pour ce faire, assembla en la cité de Paris tous les Prélats et Barons de France. Et là fut mise sus, la décime de tous bénéfices et reuenu (1) de gens deglise, pour subuenir à ladite guerre. Et fut nommé ledit subside, la disme Salhadin. Aussi se croisa audit passage lempereur Federic premier de ce nom, surnommé Barberousse. Et fut lors le troisième passage vniuersel.
Dun autre concile tenu en France, par le Légat du Pape contre le Roy Phelippes Auguste.
Vn avtre concile fut tenu en France du temps du Roy '^Phelippes Avguste dessus mentionné, après ce quil fut retourné doultremer. Mais ce fut contre le Roy, par le Légat du Pape Innocent troisième de ce nom. Lequel Légat mit linterdit en tout le Royaume de France, à cause de ce que le Roy auoit laissé et répudié sa femme, nommée Iugeberge,(2) sœur de Cayn Roy de Dalmace, souz ombre de
(1) revenuz (1548).
(2) Ingeherge {\ï>i&). Dans tout ce paragraphe, la poircfuation de 1548 est beaucoup plus moderne que celle de Téd. 1549.
ce quil disoit quelle estoit sa parente : et auoit espousé de nouuel la fille du Duc de Bohême, nommée Marie. Contre la sentence duquel Légat Apostolique, le Roy Phelippes se arma dappellation, au futur concile. Et se vengea bien des Euesques qui auoient consenti à ladite sentence : car il les ietta tous hors de la possession de leurs diocèses et bénéfices. Et oultre ce, feit tenir en estroite garde ladite lugeberge au chasteau d'Estampes.
Du concile de Paris, là ou les François se croisèrent contre les A IMgeois hérétiques.
Régnant en France le Roy Loys père de saint Loys, et séant au siège Apostolique le Pape Grégoire neuuieme de ce nom (cestasauoir lan de nostre Seigneur, mille deux cens vingtsix) vint en France vn Légat dudit Pape, nommé Romanus. Et fut par ladueu du Roy assemblé vn concile de leglise Gallicane, auquel présida le Roy auec ledit Légat. Et là fut déterminé de mettre sus la croisée contre les Albigeois hérétiques : cestasauoir ceux du païs d'Auignon, Prouence et Languedoc, pleins dhorreur et de vilenie infâme, (1) comme recite Gaguin en Ihistoire de France, et en la vie du Roy Phelippes Auguste. Parquoy lannee-v ensuiuant le Roy en propre personne auec le Légat, marcha contre lesdits hérétiques, et print Auignon et Toulouse. Mais en retournant de ladite guerre, il mourut à Montpencier en Auuergne, et fut lors accomplie (comme aucuns disent) la prophétie de Merlin, qui auoit prédit : In monte venti, morietur Léo pacijicus.
(1) pleins d'horreur, d'infameté et de villenie détestable (1528 et 1548).
Du premier concile tenu en la cité de Lyon, du temps du Roy saint Loys^ et du Pape Innocent quatrième de ce nom.
Le roy saint Loys régnant sur la nation Françoise, le Pape Innocent quatrième de ce nom, natif de Gennes, vint en France, au refuge : car il estoit persécuté de lempereur Federic, second de ce nom, Roy de Naples, neueu (1) (cestadire filz du filz) de Federic Barberousse. Ce fut lan de nostre Seigneur, mille deux cens quarantesix : comme met Platina. Lempereur fut cité de venir audit concile, et de fait se mit en chemin à grand compaignie : car pour ce faire, il auoit fait vne grosse alliance auec le Duc de Bourgongne. Mais ainsi quil estoit desia venu iusques à Turin, il entendit que ceux de Parme sestoient rebellez contre luy. Si retourna arriei'e, et alla assiéger Parme, ayant en son ost le nombre de soixante mille hommes.
Longuement dura le différent entre ledit empereur Federic deuxième, et trois Papes successiuement, lun après lautre. Lun fut Honorius troisième de ce nom, lautre Grégoire neuuieme. Et le tiers Innocent le quart, qui présida au concile de Lyon. Et à cause de ce discord tresobstiné, dune part et dautre, tous les maux du monde aduindrent en Chrestienté. Car endementiers que le Pape et Lempereur auoient guerre mortelle ensemble dune part, et les Vénitiens et Geneuois dautre costé, après que Hierusalem auoit esté prinse comme dessus est dit, Constantinoble fut aussi perdue, pour les François et Latins.
Et combien que la croisée fut (1) publiée par ledit Pape
(1) en latin nepos, dans le sens propre et primitif. ' {2) fust {152S et 1548).
Innocent le quart, après le concile tenu à Lyon, et que le Roy saint Loys fut chef dudit passage, toutesuoyes la terre sainte ne fut point recouuree (1) : ains allèrent les choses de pis en pis. Et deslors commencèrent en Italie les partialitez, factions, bendes et diuisions raauuaises des Guelphes et Gibelins, qui durent encores iusques auiourdhuy : et ont esté cause de mort dhommes innumerables, et de ruines de villes, citez et chasteaux. Les Guelphes soustiennent le parti de Leglise, et les Gibelins lautorité de Lempire. Et voyla comment la Chrestienté se gouuernoit par le temps dudit premier concile de Lyon. Auquel ne fut conclu chose qui vaille. Et fut tenu ledit concile, lan de grâce mille deux cens quaranteneuf.
Du second concile de Lyon, auquel 'présida le Pape Grégoire dixième, du temps du Roy Phelippes, filz de saint Loys.
Lan de grâce m. ce. lxxii. régnant en France le Roy Phelippes filz du Roy saint Loys, fut assemblé vn autre concile à Lyon, auquel présida le Pape Grégoire dixième de ce nom, natif de Plaisance en Lombardie, premièrement Archidiacre du Liège. Lequel fut eslu estant oultremer, (2) en la terre sainte. Au deuant dudit Pape vint le Roy Phelippes, et luy feit donner garde de gensdarmes, et trois fortes places autour de Lyon, pour la seureté de sa personne .
Si se trouua audit concile lempereur Michel Paleologue de Constantinoble, pour lunion de leglise Grecque et Latine, laquelle fut ratifiée par ledit Empereur. Et estoit desia la
(1) recouverte (1528 et 1548).
(2) oultremer ne se trouve que «lans Véd. 1549.
treizième fois que leglise Grecque sestoit reiinie à la Latine, mais tousiours sen es toit séparée, comme elle feit encores en ceste treizième. Car les prestres de Grèce ne s'y voulurent point accorder, ainçois excommunièrent leur dit Empereur. Et quand il fut mort, ne le souffrirent estre enterré en lieu saint : mais fut mis en terre prophane. A quoy son filz et successeur Andronic ne peut remédier : comme met Platina en la vie de Nicolas le quart. Toutesuoyes tant de bien y eut audit concile second de Lyon, que aucuns Princes de Tartarie, lesquelz auoient suiuy ledit empereur Paleologue, y receurent baptesme. Et lelection de Rodolf, Roy des Romains, premièrement Duc d'Austriche, et Conte de Hasbourg y fut approuuee, par telle condition que lannee ensuiuant il deuoit entrer en Italie. Oultreplus, fut audit concile beaucoup disputé . du secours de la terre sainte, mais il ny fut rien conclu.
Du concile de Leglise Cfallicane tenu à Paris, du temps du Roy Phelippes le Bel, contre le Pape arrogant et tyrant des prestres, Boniface huitième.
Le roy Phelippes le Bel, tresprudent et tresuertueux Prince, commença à régner lan de nostre Seigneur, mille deux cens quatre vingts et six. Et en son temps estoit Pape Boniface huitième, successeur de Celestin cinquième de ce nom, bon preudhomme et saint, lequel Boniface trompa Celestin. Et dudit Celestin (qui parauant sappelloit Pierre) lordre des Celestins porte encores le nom. Iceluy Boniface (à la mode des Italiens) arrogant et ingrat du bien que tous ses prédécesseurs auoient receu en France (comme il est apparu par le dessus narré) sesleua en telle insupportabilité contre le Roy Phelippes le Bel, que cest
vne chose difficile à raconter. Toutesuoyes nous le dirons succinctement et véritablement au mieux que nous pourrons.
Ledit Pape Boniface huitième, auoit enuoyé signifier par manière de commandement au Roy, par vn ambassadeur, Euesque d'Apamee, que incontinent et sans delay il eust à soy préparer daller oultremer pour le recouurement de la terre sainte. A laquelle chose le Roy ne pouuoit pour lors bonnement entendre, pour les grands guerres quil auoit contre les Flamens. Alors ledit ambassadeur, voyant quil ne pouuoit obtenir response à son appétit, commença à vser enuers le Roy, de grosses et rigoureuses menasses : Disant que sil nobtemperoit au Pape il le priueroit de son Royaume. Pour lesquelles paroles trop rigoureuses, le Roy indigné, de grand courroux, feit détenir prisonnier ledit Euesque.
Ces choses venues à la notice du Pape Boniface, colérique, superbe, et arrogant oultremesure, il fut scandalizé en soy mesmes : et depescha promptement vn autre ambassadeur. Archidiacre de Narbone, commander et defFendre au Roy quil ne se eust en aucune manière de sentremettre à prendre subside sur les terres et reuenuz de Leglise. Laquelle chose ledit Phelippes le Bel auoit esté contraint de faire, à cause des grands guerres quil soustenoit, pour la garde et deffense du Royaume.
Et oultreplus, dit ledit Archidiacre, que pour la contumace du Roy, et pource quil auoit détenu prisonnier lambassadeur du Pape, contre le droit commun de toutes gens, le Royaume de France estoit deuolu à leglise Romaine. Et qui plus est, sil nobtemperoit aux commandemens et deffenses du Pape, il seroit tenu au nombre des hérétiques, auec tous ses fauteurs et bienuueillans. Encores cita ledit Archidiacre, nommeeraent plusieurs Euesques, Abbez,
SOS DB LA DIPFEREUCE DBS SCHISMB8
Théologiens, et Decretistes, à certain iour nommé pour eux trouuer deuant le Pape à Romme : et adnulla toutes les indulgences et priuileges donnez aux François par ses prédécesseurs Papes de Rorame.
Geste rigueur entendue par le Roy, en la présence de ses Barons, et de tout son conseil par la voix dudit ambassadeur du Pape, prononcée en extrême arrogance et témérité, si le Roy fut esbahy et indigné, ce nest pas de merueilles. Si commanda incontinent par meure délibération, que lautre ambassadeur Euesque, qui premièrement auoit oultragé le Roy fut mis à deliure. Et que tous deux sans aucun respit ou delay eussent à vuider son Royaume. Et tantost après au commencement du printemps feit assembler le concile de tous les Prélats et Barons de France en la cité de Paris.
Audit concile le Roy fut en personne, et présida, en recitant tous les oultrages et iniures quil auoit receiies du Pape Boniface. Et proposant (1) comment par ambition, cautelle et mauuais art, ledit Boniface estoit paruenu à la Papalité. Demanda aux seigneurs Ecclésiastiques premièrement : Asauoir mon, de qui ilz auoient eu les fondations et douaires de leurs églises et bénéfices. Puis après se tourna deuers les Princes, Barons et Cheualiers, et leur dit : Et vous nobles hommes et vassaux, qui tenez vous pour vostre seigneur et Roy? Alors tous les assistans respondirent dune mesme voix, quilz tenoient leurs terres et leurs biens souz, et par la main du (2) Roy.
(1) c.-à-d. exposant. L'édition 1548 a ici la virgule moderne au lien da point de la ponctuation gothique encore maintenue dans l'éd. 1549.
(2) Les éditions anciennes ont : noble Roy.
Adonc le Roy dit et répliqua : Or voyez vous que Boniface vse de telle sorte et hauteur, comme si vous, et tout le Royaume de France fussent subietz à leglise Romaine : tellement que (1) le tiltre de lempire d'Allemaigne, lequel il auoit refusé par trois fois au Duc Albert d'Austriche (ayant Boniface lespee au costé, et disant que luy mesmes sans autre, estoit César, Empereur et seigneur de tout le monde). Il ha neantmoins ores de nouueau donné ledit Empire au duc Albert, ensemble le tiltre de la couronne de France. Nous donques, ô hommes féaux (nous confîans en la foy de voz preudhommies, et vous remercians de voz beniuolences) vous promettons moyennant vostre bonne ayde, garantir la liberté publique de ce Royaume.
Apres ces choses ainsi proposées, et mises en délibération, le Roy interposa appellation du Pape au futur concile gênerai : et ordonna par edit publique sur grosses peines, que nul ne fust si hardy de tirer ou transporter or ou argent de son Royaume, pour les affaires de la court Romaine. Et feit garder tous les ports et passages. Et dautre part, Boniface huitième, sefforçoit par censures ecclésiastiques de meffaire au Roy, tant plus quil pouuoit, et de mettre inimitié entre lesdits deux Princes Empereur et Roy, lesquelz neantmoins appointèrent, et se trouuerent ensemble es plains (2) de Vaucouleurs.
Si fut la fin telle, que pour dompter larrogance et malice du Pape, Je Roy fut contraint de depescher secretteraent deux cens hommes darmes, souz la conduite dun nommé Sarra Colonnois, Romain : et dun autre capitaine appelle Nogaret, lesquelz allèrent prendre le Pape en sa propre
(1) c.-à-d. de même que.
(2) flaines (éd. 1548). '
304 DB LA DIfFEKEMCB DES SCH1SMB8
maison, qui est vne ville nommée Agnane, (1) au Royaume de Naples, et lamenerent prisonnier à Romme. Là ou il mourut vingtquatre iours après, et est son epitaphe tel comme il le mérita. Intrauit vt Vulpes, Regnauit vt Léo : Mortuus est vt Canis.
Du concile de leglise Gallicane, tenu à Vienne en Dauphiné^ lan huit cens quatre vingts et douze.
lay trovve en vn vieil liure de la librairie de l'abbaye d'Esnay, à Lyon, que du temps du Pape Formosus, duquel sera parlé plus amplement en la tierce partie, au neuuieme schisme, par le commandement du Roy Loys second de ce nom, surnommé le Balbe : et par le consentement de la Royne nommée Ermengarde, fut assemblé vn concile de leglise Gallicane, en leglise de saint Saluateur à Vienne, là ou présidèrent deux Légats du saint siège Apostolique, lun nommé Paschal, et lautre lean. Et soubscrirent audit concile Barmon, Archeuesque de Vienne, Aurelian, Archeuesque de Lyon, Isaac Euesque de Valence, et vn autre (2) Isaac de Grenoble, et plusieurs autres Prélats. Et de ce temps là, les prostrés estoient encores mariez. Et y eut vn statut fait audit concile, dont la teneur sensuit de mot à mot :
Ut preshj/teri, non in villis [sicut quilusdam consuetudinis est) morentur : etfaminas (3) suas secumin domihus suis habitare non permutant, exceptis illis quas canonica permittit autoritat.
(1) Anagni, ville épiscopale des Etats de TÉglise ; c'est la patrie de Buniface VIII qui y fut retenu prisonnier par Siarra Colonna, en 1303.
(2) autre nommé (lb48).
(3) feminas (1528;.
Dnn autre grand concile gênerai et vniuersel, tenu à Vienne en Dauphiné lan de grâce, mille trois cens et douze.
Apres la mort ignominieuse et honteuse dudit Pape Boniface huitième, fut eslu Benedict onzième, natif de Taruis (1) en Italie, de lordre des Frères Prescheurs : lequel ne fut point si iniurieux comme son prédécesseur auoit esté, mais pacifique et débonnaire : Car il declaira (2) le Roy Phelippes le Bel, estre absouz des censures ecclésiastiques que Boniface auoit fulminées contre luy. Mais ledit Pape Benedict onzième, ne régna que huit moys et dixsept iours. Au lieu duquel fut eslu Clément le quint, natif de Gasçongne, Archeuesque de Bourdeaux : et fut appelle à telle dignité luy estant absent, cestasauoir pardeça en France, par le collège des Cardinaux résidons pour lors à Perouse, lan de grâce mille trois cens et cinq. Mais ce fut à linstance et pourchas du Roy Phelippes le Bel .
Tantost après quil fut aduerti de son élection, il partit de Bourdeaux et sen vint à Lyon, non pas sans grand foule et charge des églises par ou il passa : et manda illec , se trouuer par deuers luy tous les Cardinaux estans en Italie, à quoy ilz obtempérèrent sans delay ne contradiction : et fut faite la coronnation publique et solennelle dudit Pape en leglise de saint lust à Lyon, là ou le Roy Phelippes le Bel estoit présent, auecques Charles son frère et tous les Princes de France : Mais la feste fut troublée par vn grand esclandre : car comme vn peuple innumerable fut monté sur vne vieille muraille de saint lust, pour
(1) c.-à-d. Trévise.
(2) déclara (1548).