‹ Œuvres de Jean Lemaire de Belges, publiées (volume 2)Chapitre 63 sur 67 · II · texte numérisé non relu

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DB LA DIFFfiRENCR DES SCHISMES

voir passer si grand pompe et noblesse, ledit mur surchargé tomba, et tua le Duc lean de Bretaigne, le Roy y fut blessé, le Pape mesraes y fut foulé durement, et rué ius de son cheual, tellement quil y perdit vn riche escarboucle estant en sa couronne ou tiare, estimé ladite pierre à la valeur de six mille ducats.

Par ainsi après que le Pape Clément fut couronné, le Roy print congé de luy et sen alla marier son filz Loys Hutin à vne fille du Duc de Bourgongne nommée Marguerite : et le Pape dautre part laissa Lyon, et sen alla faire sa résidence en Auignon : et fut le premier des Papes qui y mena la court Romaine, là ou elle demoura par lespace de Lxxiiii, ans, auant que retourner à Rorame.

Le sixième an après son couronnement, cestasauoir lan mille trois cens et onze, au moys de Nouembre, il célébra vn grand concile gênerai et vniuersel déboute leglise catholique, en la cité de Vienne en Dauphiné, là ou il y auoit plus de trois cens Prélats de diuerses prouinces de Chrestienté. Or est il vray, que cestoit au pourchas du Roy Phelippes le Bel, et en partie pour son désir : Car le Roy taschoit de tous poincts, à ce que le Pape Clément efFaçast de la mémoire des hommes tous les actes et decretz dudit Boniface huitième, son ennemy : car le Roy pretendoit prouuer que ledit Pape en son viuant estoit hérétique. Laquelle chose combien que ledit Clément eust promis faire, ne fut pas approuuee ne permise par le concile. Mais bien fut iugé, dit et declairé, que le procès fulminé par ledit Boniface contre le Roy, estoit iniuste et de nulle valeur.

Audit concile fut establi, que les biens, rentes et possessions qui auoient appartenu à lordre et religion des Templiers, lesquelz pour aucunes grands erreurs et hère-

sies auoient esté brûlez, et mis à néant, seroient attribuez aux religieux de saint lean de Hierusalem, quon dit maintenant les Cheualiers de Rhodes. Et en ce concile les Cordeliers qui desia auoient différent les vns auec les autres furent appointez, et assez dautres statuts, canons et décrets, concernans la reformation de Leglise y furent publiez, mesmement le liure des Clémentines composé par ledit Pape Clément. Saint Pierre Celestin y fut canonizé. Et fut assez longuement consulté au recouurement de la terre sainte, mais il ny eut point de conclusion ne deffect. le treuue (1) que ledit Père saint feit assembler encores deux autres conciles en France, mais les historiens ne disent point en quel lieu, ne pourquoy ne comment. Toutesuoyes, il est vraysemblable, que ce fut pour extirper et esteindre les hérésies, qui commençoient lors à croître et pulluler de toutes pars : cestasauoir celle des Vaudois, en Piedmont et Sauoye. Et celle des poures de Lyon en France. Et à tant ferons nous fin au concile de Vienne.

Du concile d'Aulgnon.

Av temps du vingtetunieme schisme, lequel sera spécifié en la dernière partie, fut tenu vn concile en Auignon, par le Pape lean, vingtdeuxieme de ce nom, contre Pierre de Corbario frère mineur, esleué (2) en Antipape par lempereur Loys de Bauiere. Lequel Antipape par vn autre concile tenu en Italie, auoit déclairé ledit Pape lean vingtdeuxieme, estre hérétique : et soustenoit ledit Antipape que lesvs Christ et ses disciples estoient si poures quilz

(1) trouve (1548).

(2) esleu dans les autres éditions.

508 DK LA DIFFERENCE l>i:S SCHISMES

nauoient rien, nyen priué ny en commun. Ce qui fut contredit par ledit concile d'Auignon.

De deux conciles de leglise Gallicane, tenuz à Paris, du temps du Roy Charles sixième, à cause de lunion de Leglise trouliée par le vingtdeuxieme schisme.

lasoit ce que aucuns pourroient estimer, que ce fut vn grand bien pour le Royaume de France, que le Roy Phelippes le Bel fut cause de ce que la court de Romme se vint tenir en Auignon, comme dessus est dit : Toutesuoyes qui bien considère et escrutine (1) les histoires, il trouuera que ce fut vne playe tresgrieue pour ledit Royaume, tant et si longuement, que ledit siège des Papes seiourna en Auignon, qui fut par lespace de lxxiiii. ans, comme dessus est dit. Car tout premièrement y sourdit le vingtetunieme schisme et diuision en Leglise, après la mort dudit Clément cinquième, duquel fut eslu pour successeur le Pape lean vingtdeuxieme de ce nom, natif de Cahors, et fut lelection célébrée au conuent des frères Prescheurs de Nostre dame de Confort, lan de grâce m. ccc. xvii. régnant en AUemaigne lempereur Loys de Bauiere, et Federic Duc d'Austriche, qui sentrebatoient pour Lempire, et en France le Roy Phelippes de Valois, père du Roy lean qui fut prisonnier en Angleterre. ¥A la cause dudit vingtetunieme schisme, sera récitée assez au long en la dernière partie de ce Traicté. Ce fut pource que lempereur Loys de Bauiere esleua en Italie vn autre Pape, et le nomma Nicolas le tiers.

Lautre inconuenient fut que ledit Pape lean résident pour

(1) acrutine dans les autres éditions.

le deuxième (1) en Auignon,fut aucunement souspeçonné (2) de sentir mal de la foy : car il soustenoit et preschoit aucuns articles de la contemplation et vision de Dieu : ausquelz les Théologiens catholiques de France contredisoient franchement, par ladueu du Roj Phelippes de Valois. Oultreplus, ledit Pape qui mourut plus riche que nul autre de ses prédécesseurs, et aussi ses successeurs dudit Auignon greuerent tant le Royaume de France, dimpositions, dannates et décimes, et autres subsides sur le clergé, et de grâces expectatiues , et autres inuentions que la court Romaine scait controuuer, que les poures clercz literez et estudians de luniuersité de Paris, ne pouuoient recouurer vn seul bénéfice, ains estoit tout pillé et occupé par les Cardinaux et autres courtisans d'Auignon, laquelle cité le bon poëte Pétrarque appelloit pour lors lauare(3) Babylone : et les riches Prélats du Royaume se plaingnoient aussi bien souuent au Roy de leurs trop grands surcharges. (4) Mais encores y auoit pis, que aucuns Princes de France ayans la part au gasteau, aydoient à fouler lesdits ecclésiastiques, et fauorisoient à la court d'Auignon. Si comme le Duc d'Aniou, comme met expressément Gaguin en son histoire. Toutesuoyes le Roy pressé de tant de querimonies, ne voulut souffrir que le Pape Innocent sixième, résident en Auignon, leuast pour vn coup la moitié de tous les bénéfices de France : et à ce fut résisté par la vertu et diligence de luniuersité de Paris.

Or pour releuer vn petit le Royaume de tant dexactions,

(1) pour lors (1548).

(2) suspectionné (1528).

(3) meretrice de (1528 et 1548).

(4) charges (1528).

Sfè DE LA UIFFERENCE DES SCHISMES

la court Romaine partit d'Auignon, lan de grâce U. ccc. Lxxvi. Cestasauoir, après quelle y eut résidé Lxxiiii. ans, et sen retourna à Romrae suiuant son Pape nommé Grégoire onzième, natif de Lymoges. Mais il y ha pis : car elle ne tarda gueres de reuenir au plus grand preiudice et esclandre que parauant : et loccasion fut pour le vingtdeuxième schisme, esrau entre Vrbain sixième Neapolitain, qui feit noyer en la mer cinq Cardinaux François : et fut fauorisé par les Italiens et Geneuois. Et dautre part, Clément sixième, qui parauant se disoit Robert, de la maison des Contes de Geneue, fut soustenu par la nation Françoise. Et lors y eut deux Papes en Chrestienté, dont lun se tenoit à Romme, et lautre en Auignon. Et ne sauoit on qui auoitle meilleur droit. Et ce schisme dura bien quarante ans, et fut le pire de tous les autres . Aussi pour adiouster mal sur mal, le Royaume des Bohèmes deuint tout hérétique, et se retira de lobeïssance de leglise Romaine.

Or fut tout le monde troublé et empesché pour le débat de ces deux Papes, qui se continua successiuement en plusieurs autres. Car après la mort dudit Vrbain sixième, qui se tenoit à Romme, fut eslu en son lieu vn autre quilz nommèrent Innocent septième, parauant dit Cosmar de Perouse, (1) et depuis en son lieu, Angélus Corrarius Vénitien, qui se feit nommer Boniface neuuieme. Et quand Clément sixième, fut trespassé en Auignon, on mit en son lieu vn nommé Pierre de la Lune, natif de Catelongne, qui fut dit Benedict treizième, et fut lerreur pire que deuant. Car ledit Benedict estoit trop obstiné.

A loccasion de ce schisme turbulent et scandaleux, le Roy Charles sixième de ce nom, comme Prince treschres-

(l) Cosmat de Meliorati.

tien estoit en grand soucy, et taschoit par tous moyens dy mettre remède. Car tout le monde en murmuroit, et ne les en pouuoit on garder, pour censures ecclésiastiques, ne pour defFenses Royales, ains estoit le peuple de France pour lors enclin à mesdire du Pape tout publiquement, ce qui desplaisoit audit tresbon Roy Charles sixième. Et délibéra de mettre la main à cest affaire. Parquoy de fait enuoya premièrement deuers le Pape de la Lune en Auignon, vne notable ambassade, tant de sa court, comme de docteurs et grans personnages de iuniuersité de Paris pour le persuader de vouloir entendre à lunion de Leglise. Lesquelz sen retournèrent sans rien faire. Et lors le Roy feit assembler à Paris vn concile de tous les Prélats de leglise de France : auquel il se trouua, accompaigné de la noblesse de ses Princes et Barons.

Audit concile fut décrété de trouuer la plus seure voye et moyen, pour remettre Leglise catholique en paix et vnion. Et après tout debatu, ne fut trouué meilleur appointement, que si chacun desdits deux Papes renonçoit à la dignité. Dont pour essayer si celle inuention se pourroit mettre à effect, furent esluz le Duc de Bourgongne, et le Duc de Berry (Prince du sang) pour porter ces paroles audit Pape de la Lune en Auignon. Et auec eux furent déléguez aucuns vénérables personnages de Iuniuersité de Paris : lesquelz parensemble sacquiterent de la charge de leur ambassade, mais ilz ne proufîterent rien. Car ledit Pape de la Lune, de peur quil ne fust pressé de consentir à leurs requestes qui luy sembloient importunes, partit secrètement d'Auignon, et les laissa sans dire adieu, et se retira en Catelongne dont il estoit natif. Dont lesdits Princes demourerent bien honteux, et sen retournèrent vers le Roy.

Parquoy est vraysemblable que le Roy Charles sixième, fut bien marry : mais toutesuoyes, le Pape pour faire son appointement, donna au Roy la décime sur tout le clergé du Royaume de France : et le Roy laccepta, combien que les ecclésiastiques sy opposassent. Mais aussi il lemploya bien si la fortune eust voulu (1) : car au secours du Roy Sigismond de Hongrie , et de Bohême , qui depuis fut Empereur, il enuoya contre les Turcz vne grosse armée dont estoit chef le Conte de Neuers, nommé lean, filz du Duc Phelippes le Hardi, bien accompaigné des Barons de France, et des siens (ledit Duc Iea« fut depuis tué à Montereau fautyonne). Et voyla ce qui fut fait audit concile de Paris.

Depuis il y eut encores vn autre concile tenu en la mesme cité, du temps dudit Roy Charles sixième, et pour la mesme cause (car attendue lobstination dudit Pape de la Lune, qui ne vouloit céder son droit du Papat pour lunion de Leglise) fut décrété, que leglise Gallicane et tout le Royaume de France, se deporteroit de son obéissance : et quon nadraettroit plus nulles grâces expectatiues de la court de Romme. Oultreplus, que toutes collations et confirmations de bénéfices se prendroient des collateurs, et non dautre. Par lautorité de ce concile, les Cardinaux François abandonnèrent le Pape de la Lune.

(1) // s'y employa bien si la fortune s'y eut voulu addonner (1548).

De deux autres conciles de leglise Gallicane, assemblez lun à Lyon^ e^t lautre à Bourges par le commandemetit du ion Roy Charles septième. Lun pour mettre sus la Pragmatique sanction^ lautre pour abolir le schisme.

Apres que le grand concile vniuersel de Constance en Allemaigne (ou plustot Gaule Belgique) fut assemblé par le commandement de lempereur Sigismond, et par le commun consentement de cinq principales nations de Chrestienté, cestasauoir, Germanique , Gallicane , Angloise , Espaignole , et Italique , pour extirper les schismes et hérésies de Chrestienté, et que trois Papes schismatiques y furent déposez : Cestasauoir Grégoire douzième , Alexandre cinquième, et Jean vingttroisieme. Et le Pape Martin cinquième de ce nom, fut créé par la commune concorde des nations, estans audit concile, lequel dura quatre ans, et les Bohèmes hérétiques condamnez et confonduz.

Et que encores depuis, le concile de Basle eut esté autorisé, du temps de lempereur Federic troisième de ce nom, père de Maximilian César, à présent régnant, le Roy treschrestien et tresuictorieux, Charles septième fleurissant en grand honneur, se voulut conformer aux saints decretz dudit concile de Basle. Et pour ce faire, feit conuenir en sa cité de Bourges en Berry, tous les Prélats de leglise Gallicane, auec les Princes. Et illec par le commun aduis dicelle congrégation de son Royaume, publia et décréta la Pragmatique sanction, qui est toute la moule (i) et substance des saints canons du concile de Basle : et commanda quilz fussent obseruez inuiolablement, pour le bien, honneur et

(1) mouelle{\^%B). En patois du Hainaut, oa trouve moulle.

proufit de nostre religion Chrestienne. Ce fut lan de grâce, mille quatre cens et trentehuit.

Consequemment, enuiron huit ans après : cestasauoir, lan M. cccc. xlvii. comme nouueau débat et discord se fust meu en Leglise, à cause de la dignité Papale : Cestasauoir, le vingttroisieme schisme, entre Eugenius le quart Vénitien, et Félix, parauant Duc de Sauoye eslu au concile de Basle (laquelle diuision se continua, par lespace de seize ans, cestasauoir iusques à Nicolas sixième Geneuois). (1) Iceluy tresuertueux Prince, le Roy Charles septième pour appaiser ces discords, et mettre le bien en Chrestienté, se trauailla dassembler son concile de leglise Gallicane, en la cité de Lyon. La ou il fut procédé par si bon moyen, que tout fut appaisé, et que Félix fut content de céder audit Nicolas, dont tout le monde fut esbahi et ioyeux. Et fut ce mètre publié par toute la terre vniuerselle.

Luxfulsit mundo : cessit Félix Nicolao,

Du concile tenu i Orléans à cause de la Pragmatique sanction.

En larticle précèdent est narré, comment le Roy Charles septième, pour le bien de son Royaume et de leglise Gallicane, feit publier la Pragmatique sanction, au concile tenu à Bourges : et ordonna expressément quelle fust obseruee estroitement, à tousioursmais. Or aduint depuis son trespas, que le Roy Loys onzième son filz, succéda à la couronne : séant au siège Apostolique, Pape Pie deuxième de ce nom, natif de Senes en Italie. (2)

(1) Cette ponctuation bizarre, depuis le commencement du chapitre, se retrouve dans toutes les éditions.

(2) Pie II, né à CoMigaano ; c'est Pie III qui est né à Sienne.

Donques, pource que tous les Papes ne sont point contens que ladite Pragmatique ayt lieu, iasoit ce quelle soit fondée sur les saints canons, et autorisée par le concile de Basie, mais elle derogue à lauarice insatiable de la court Romaine : à cause dequoy ilz disent que cest vne vraye hérésie. Ledit Pape Pie, par tous moyens cuida bien persuader et mettre en teste au Roy Loys de labolir, et met- ' tre ius du tout : souz ombre de ce, que le Pape pretendoit dire, que ledit Roy Loys estant encores dauphin, au oit promis au Pape, que luy estre paruenu à la couronne, il aboliroit ladite Pragmatique. Et pour ce faire, Pape Pie tantost après le sacre du Roy, enuoya pour Légat en France, le Cardinal Moyne d'Arras, nommé lean, de lordre de saint Benoit.

Le Légat venu en France, admonnesta le Roy de tenir sa promesse. Et le Roy voulant obtempérer au désir du Pape (ou aumoins faisant semblant de ce faire) despescha ses lettres patentes bien amples, adressans au parlement de Paris. Et y enuoya le Cardinal Balue, pour sur ce auoir le décret de messieurs dudit parlement. Mais quand les choses furent mises en termes, présent tout laudjtoire de la court, le procureur du Roy nommé lean de Romme, homme agu, de grand éloquence et audace, se y opposa de fait : disant et soustenant franchement, quune loy si vtile, si sainte, si raisonnable, et de si grand commodité au Royaume, ne se deuoit point abolir. Pareillement luniuersité de Paris se adioingnit avec le procureur du Roy, et appella de tous les attentats du Pape, au futur concile. Desquelles choses le Cardinal Balue, homme cault, malitieux et hardi, fut fort indigné : et vsa de grands menasses. Mais tout ce nonobstant, il sen retourna deuers le Roy sans rien faire. Tantost après le Roy enuoya lesdits Légat

et Cardinal Balue, deuers le Duc Charles de Bourgongne, pour moyenner quelque appointement entre ledit Duc et les Liégeois.

Aucun temps après, le Roy Loys onzième feit assembler le concile de leglise Gallicane, et de toutes les vniuersitez, en la cité d'Orléans. (1) Tant pour mieux entendre la matière de ladite Pragmatique sanction, comme aussi pour donner ordre aux annates des bénéfices. Par laquelle exaction, lauarice extrême de la court Romaine, greuoit et affoiblissoit le Royaume de France, tous les ans dune merueilleuse somme dargent. En ce concile (2) présida feu monseigneur le Duc Pierre de Bourbon, pour lors seigneur de Beauieu, mary de Madame Anne de France, fille dudit Roy Loys onzième. Mais après que les matières furent mises sur le bureau, le Roy suruint qui changea propos, et sans autre conclusion déterminée, donna licence à chacun de sen retourner, disant quil les rappelleroit à Lyon, ce quil ne feit depuis, occupé en autres affaires, mesraement es guerres de Flandres, contre Maximilian Archiduc d'Austriche, maintenant Empereur et Roy de Germanie.

De deux conciles de leglise Gallicane, assemblez lun à Tours, lautre à Lyon. Es ans mille cinq cens et dix, et mille cinq cens et onze.

Il est asauoir, quen la session quarantecinquieme et dernière du concile de Basle, laquelle session fut célébrée solennellement au moys de luing, lan de grâce m. cccc. XLViii. La cité de Lyon fut eslue, et nommée pour ledit

(1) 1548 ne met déjà ici qu'une virgule.

(2) Et à ce concile (toutes les autres éditions).

concile, (1) comme la plus idoine et propice à tenir ledit concile gênerai et vniuersel, de leglise catholique, qui se doit célébrer de dix ans en dix ans (selon les constitutions et decretz synodaux) si ce nestoit que les Papes craingnent et refusent lesdits conciles, comme il est allégué au commencement de la première partie de ce Traicté.

Or voyant et congnoissant le Roy treschrestien, Loys douzième, que cest chose vtile et proufitable à la Chrestienté, de la célébration desdits conciles de leglise Gallicane, il en ha fait assembler deux en peu dinterualle de temps : tant pour sauoir comment il se deuoit gouuerner auecques le Pape lulles deuxième de ce nom (auquel le Roy et le Royaume de France ont fait tant de biens et seruices) comme pour autres biens et vtilitez de son Royaume, et de Leglise. Et ce par lexemple de ses prédécesseurs Roy s de France.

Des causes, et des efFectz, des articles, des fins, et des conclusions, ie men tais, comme celuy qui nen suis pas du tout certain, et nay aucune charge den escrire. Et si ores ie lauoye, ou autre meilleur que moy, si y auroit il matière assez pour compiler vn autre Traicté à part, voire vn linre. Et pource me suffit bien de monstrer le passé, qui donne certaine congnoissance du présent, et quelque coniecture notoire de laduenir.

Conclusion de la seconde partie de ce Traicté. (2)

Il faut conclure, selon la déduction des choses dessus narrées, que chacun bon Chrestien doit prier Dieu, à ces

(1) Partout, la même bizarrerie de ponctuation.

(2) L'éd. 1548 ajoute : en laquelle nous avons veu le froffit qui est sorty des conciles, et mesmement de l'église Qallicane. Selon la deduc' tion nous concluerons.

fins que les deux derniers conciles de leglise Gallicane puissent engendrer vn tresgrand concile gênerai et vniuersel de leglise Latine, pour reformer celle église, tant au chef comme aux membres, ainsi que lesdits conciles généraux souloient faire. Et sil ne se tient à Lyon quil se tienne ailleurs, là ou il sera plus expédient et nécessaire pour le bien publique. Laquelle chose se peult bien faire à présent, considéré la grand paix, amour et vnion qui est entre les deux plus grans Princes de Chrestienté : cestasauoir Lempereur, et le Roy, auec le troisième confédéré en la ligue, cest le Roy catholique Ferdinand d'Arragon, Lesquelz parensemble doiuent estre enclins à la reformation des abus de leglise Romaine : laquelle reformation il est force quelle se fasse, ains que nosdits souuerains Princes sadonnent à la destruction de la loy Mahomethiste, et au recouurement de la terre sainte, comme encores mieux sera prouué en la tierce partie de ce Traicté. Or sera icy fait fin à la seconde. (1)

la avons nous tant fait (Dieu mercy) par les deux parties précédentes, que la plus part de nostre intention est prouuee : cest de monstrer, combien il y ha de différence entre schismes et conciles : et de la prééminence et vtilité des conciles de la sainte église Gallicane. Mesmement que lesdits conciles ont tousiours esté conciliateurs et reconciliateurs de leglise catholique, et seront encores si Dieu plaist, car il sera bien mestier : mesmement quand viendra le temps du tresgrand et tresredoutable vingtquatrieme schisme prochain aduenir, (2) que Dieu ne vueille : et de la tribu-

(!) Ici les anciennes éditions portent '.fin de la seconde partie de u traicte.

(2) C'est en 1510 que Luther vint à Rome. Quant aux Sibylles,

3ld

lation, et puis reformation de Leglise vniuerselle, de long temps prognostiquee et prophétisée par les Sibylles, et reuelations des saints et autres astrologues et vaticinateurs, comme sera declairé en la fin de ceste œuure. Dont pour connexer ceste tierce partie aux précédentes, nous reprendrons là ou nous auons fini la première, qui ha esté du septième schisme, et viendrons au huitième.

Du huitième schisme.

Tenant la monarchie d'Europe Lempereur et Roy de France, Loys le Débonnaire filz de Charlemaigne, sesleua le huitième schisme et diuision en Leglise, entre le Pape Eugenius deuxième de ce nom, natif de Romme, et vn Antipape nommé Zinzinus, et fut par le discord des Cardinaux eslisans. Toutesuoyes ledit Eugenius, pour sa preudhommie fut préféré, et uescut saintement. Neantmoins tantost après Romme fut prinse et destruite par les Sarrasins : et aduindrent grans maux par tout le monde, mesmement en France, en laquelle les Normans et Frisons entrèrent premièrement, et y exercèrent de grands cruautez. Et tantost après leanne la Papesse natiue d'Angleterre, feit vn grand esclandre à la Papalité.

Du neuuieme schisme.

Scandalevx, cruel et honteux oultremesure, fut ce schisme neuuieme et dura beaucoup. Commençant du temps

elles ont été invoquées dès les premiers temps du christianisme. V. le sermon de Constantin sur le 4* églogue de Virgile (Villemain, Moyen Age, XI« leçon et A. Graf, Roma nella memoria, etc. (la chap. XVI sur Virgile).

5tt DE LA DlFFERlf^NCB DES SCHISMES

de Lempereur et Roy de France Loys second de ce nom, surnommé Balbus, cestadire le Bègue : et print son fondement à ceste occasion. Le Pape lean neuuieme (1) de ce nom, natif de Romme, lequel vint en France au refuge, comme nous auons dit plus à plein en la seconde partie de ce Traicté, estoit homme cruel et malpiteux. Si traicta mal vn Prélat nommé Formosus, Euesque de port Rommain, près de Romme. Tellement que pour la crainte dudit Pape lean neuuieme, iceluy Formosus sen vint en France : mais par force dexcommunications il fut contraint de retourner à son Euesché. Quand il y fut on le dégrada par le commandement du Pape, et fut remis en habit séculier, priué de toute dignité ecclésiastique. Aucuns historiens tiennent, que ce fut pource quil auoit esté cause de faire détenir iceluy Pape lean neuuieme, par le peuple Romain.

Apres ceste iniure receiie, Formosus partit de Romme, et iura quil ny retourneroit iamais ny à son Euesché. Toutesuoyes depuis il fut absouz par le Pape Martin deuxième de ce nom. Et certain temps après ledit Formosus acheta la Papalité, à laquelle pretendoit vn autre nommé Sergius Romain : lequel combien quil ny peut paruenir pour lors (et neantmoins il y aduint depuis) conceut vne hayne mortelle contre Formosus, et sen vint en France vers le Roy Lothaire. Et ce pendant, Formosus demoura en son pontificat par lespace de cinq ans et demy : pendant lequel temps il ne feit chose qui vaille, sinon acquérir ennemis, lesquelz se vengèrent de luy après sa mort.

Au Pape Formosus succéda Estienne sixième de ce nom

(1) Les autres éditions portent hiiytiesme. C'est le pape Jean VIII que quelques auteurs ont prétendu avoir été confondu avec la papesse Jeanne. Quant à Jean IX, il fut pape de 898 à 900.

(il€ili y eut quun entfedeux, cestasauoir Boniface sixième, natif de Toscane, qui ne sejt en la chaire de S. Pierre, sinon trentesix iours) ledit Pape Estienne sixième, de tout son posuoir effaça et abolit les actes et decretz de FormosuS. Lautre Pape nommé Romanus son successeur, feit tout le contraire, et les restablit et remit à leur premier estât, et aussi firent Theodorus, et lean neuuieme : dont il y eut grand sédition, et tumulte entre le peuple de Romme, pottrce que les- vns s'oustenoient vn parti, les autres lautre. Mais entremy cest interualle de malheureux temps et de Papes inutiles, succéda fînablement le dessusnoramé SerglUS qui feit pis que deuant.

Sergias (I) donques troisième de ce nom, venu à refuge en France deners lempereur Lothaire, retourna en Italie aucun temps après par layde (2) de lempereur Loys le tiers, filz de lempereur Arnoul. Et print le Pape Christofle, lequel estoit le huitième qui auoit vsurpé la Papalité après Formosus. Et parauant ledit Christofle eut schisme auec vn autre nommé Léon le quint. Donques Sergius pour soy venger dudit Formosus, qui par si long temps lauoit gardé defstre Pape, feit par grand inhumanité traire le corps de Formosus hors de sa sépulture, et Ihabiller dhabits pontificaux, et puis luy couper la teste par vn bourreau, comme sil eust esté vif, et le ietter en la riuiere du Tymbre. Toutesuoyes, aucunes histoires disent que les pescheurs leûs'euelirent secrettement, et que à' son enterrement les images des saints senclinereiït pour tesmoignage de sa sainteté et iriaocence-.

Ledit Sergius eut vn filz nommé lean dixième, qui fut

(1) iceluy (1528 et 1548).

(2) et secours (1548).

m. îl

Pape après luy : mais il en y eut deux entredeux : cestasauoir Anastaise troisième, et Lando. Ledit lean dixième, ne valut point mieux que son père. Toutesuoyes il fut bon guerrier et gendarme : car il chassa les Sarrasins hors de Calabre, à layde dun nommé Alberic, Marquis de Toscane. Finablement comme ledit Pape lean se gloriûast trop de sa victoire, et lattribuast toute à luy par insolence, il concita contre lui la fureur de ses gensdarmes, lesquelz le firent mourir, en lestouffant dun coussin mis sur sa gorge. Certainement cest vne grand pitié, que de desueloper les histoires dudit temps, tant sont embrouillées et diflBciles par la mauuaistié des Papes dadonques. Pendant lequel temps les Hongres perpétrèrent tous les maux du monde entour de Romme, et du patrimoine de Leglise, par la iuste punition de Dieu.

Le temps du dixième et onzième schisme^ àbhatuz par la puiS' sance de lempereur Othon, premier de ce nom.

lean douzième de ce nom, natif de Romme, qui parauant sappelloit Octauian, par la puissance et tyrannie de son père nommé Alberic, occupa raauuaisement le Papat. Il estoit homme de tresmauuaise vie, chasseur, et veneur, et tenant femmes (1) publiquement. Parquoy deux Cardinaux preudhommes furent contrains den aduertir Othon premier de ce nom, Roy de Germanie, qui depuis fut promeu à Lempire, lan neuf cens soixantedeux. Mais pendant le temps que Ion attendoit ledit Othon, iceluy notable Pape, qui fut aduerti de la plainte que les deux Cardinaux auoient enuoyé signifier à Lempereur les feit prendre, et à lun

(l)/^l«W(f(1528et 1548).

osta le nez, à lautre la main. Apres lesquelles choses le Roy Othon arriua à Romme, et feit tenir vn concile contre ledit Pape au moyen duquel il fut condamné, et déposé à cause de sa mauuaise vie. Mais luy qui craingnoit ledit iuste iugement, sen estoit parauant fuy secrettement : et depuis (1) fut prins en adultère, et tué par le mary.

Apres la déposition dudit lean douzième, le Roy Othon feit eslire en Pape, vn nommé Léon huitième de ce nom. Mais tantost après quand Lempereur fut absent, les Romains séditieux, inconstans (2) et mutins, chassèrent ledit Léon, et esleuerent vn Antipape quilz nommèrent Benedict cinquième. De laquelle chose indigné ledit empereur Othon assiégea Romme, et tant par armes que par famine contraingnit les Romains à reprendre ledit Pape Léon huitième, et rendre en ses mains ledit Benedict, lequel il enuoya en exil en Allemaigne. Et ainsi furent finez les deux schismes dessusdits.

Le douzième schisme, aboli par lempereur Othon le tiers.

Par lautorité de lempereur Othon le tiers, lan neuf cens quatre vingts et treize (3) fut créé Pape à Romme, Grégoire cinquième de ce nom, natif de Saxonne (4) en Allemaigne, et parent dudit Empereur. Alencontre duquel Pape vn Consul Romain nommé Crescentius, corrompu dauarice, par force de la pecune dun euesque de Plaisance, de nation Grecque,

(1) y%w(1528et 1548).

(2) huictiesme, inconstantz, etc. (1548). En général, orthographe compliquée à plaisir. '

(3) 988(1528 et 1548).

(4) Saxoigne (1528).

esleua ledit Grec pour Antipape, et le nomma lean dixseptieme, à cause dequoy ledit Grégoire cinquième, craingnant la force et violence, tumultueuse des Romains, se retira en Allemaigne deuers ledit empereur Othon, lequel le ramena à main forte. Et combien que ledit Grec Antipape, auec Crescentius Consul Romain se fussent fortifiez dedens le chasteau saint Ange, neantmoins ilz furent prins, et eut ledit Crescentius la teste coupée, et l'Antipape les yeux creuez, digne rémunération dun prestre ambitieux.

Ledit Pape Grégoire restabli en sa dignité, feit la première ordonnance et sanction, des Electeurs de Lempire, lan de grâce mille et deux. A fin que la dignité Impériale demourast tousiours à la nation Germanique, ce quelle ha fait iusques à ores. (1) Apres lequel Grégoire, seyt au siège Papal Syluestre deuxième de ce nom, lequel fut Magicien et Nicromantique, vsant dart diabolique, et mourut scandaleusement comme Ihistoire est assez congnue. Il auoit premièrement esté fait Areheuesque de Reims, par le Roy Hue Capet, et puis fut déposé par un concile, comme nous auons dit en la seconde partie.

Du treizième et quatorzième schismes, du temps de deux Papes dun mesme nom, lun onde, et lautre neueu: auquel temps Hierusalem fut prinse par les infidèles : et de Ihorrible appU' rition desdits deux Papes après leur mort.

Geste matière des schismes et diuisions est si confuse, (2) et si odieuse que ie la voudroye bien passer souz silence, si ce nestoit pour venir à quelque bonne fin : Car bien souuent

(\) à maintenant {\ô'i^).

(2) embarrassée, embarrassante, honteuse. Cf. Ducange tv. Confundere, confuse, confusibilis.

adulent, que qui veult aller en vn verger plaisant, il faut passer par voyes estroites et fangeuses, et faut cueillir les roses entre les espines, et le grain en la paille. Or donques après les choses dessus récitées, faut dire la reste, le plus succintement que nous pourrons. Attendu mesmement que par le dessus narré, est assez congnue lintention de ceste œuure, qui est de prouuer principalement, que la malice, ambition et auarice des mauuais Papes, cause tous ces maux au monde : et dautre costé, que les bons Papessont (1) dignes de grand louenge, et font grand fruit à la Chrestienté : comme il est bien apparu par la seconde partie.

Donques après que ledit Pape Syluestre deuxième de ce nom dessus mentionné (2), qui sestoit donné au diable, pour advenir à ladite dignité fut mort estrangement, combien quon ayt bonne espérance de sa saluation, attendue sa pénitence, il ny eut en lespace de douze ans que trois Papes pacifiques. Apres lesquelz Benedict cinquième, natif de Toscane , recommença dentrer en tribulation. Car quand lempereur Henry, premier de ce nom fut mort, lequel fut eslu lan de grâce quatre cens et quatre, (3) ledit Pape qui estoit fauorisé et bien voulu dudit Empereur, à cause de ce quil lauoit couronné, fut ietté hors de la Papalité, par violence de (4) sédition populaire des Romains,

(1) L'éd. 1548 met soient après avoir supprimé plus haut : de prouver. C'est donc le mot intention qui a provoqué le subjonctif.

(2) Alors incontinent après.... dont nous avons faict cy dessus

mention (1548). Pour parvenir mourut d'une mort moult

estrange à cause desa pénitence et contrition : et sachez qu'il....

(ibid).

(3) Cettfl date figure dans toutes les éditions, bien que Henri l'Oiseleur ait été élu en 919.

{A) violence et sédition (\o48}.

lesquelz mirent VU autre en son lieu, dont le nom ne se treuue point par les histoires. Toutesuoyes depuis iceluy Benedict feit appointement auec ses ennemis, et chassa son aduersaire, tellement quil fut restabli en sa dignité. Et ainsi fina le treizième schisme : mais ledit Pape mourut tantost après. (1)

Or tesmoignent les histoires que après sa mort, lesprit dudit Pape Benedict huitième, sapparut à vn euesque en lieu solitaire, monté ledit Pape sur vn cheual noir et horrible : et comme leuesque luy demandast, pour quelle cause après sa mort il cheuauchoit vn cheual noir, il respondit, * quil estoit en grans tourmens. Et pria audit euesque, que les trésors quil auoit mussez en certain lieu quil luy monstra, il les distribuast aux poures : pource que tout ce quil auoit donné de son viuant, en tiltre daumosne, ne luy proufitoit en rien, à cause de ce quil estoit venu de rapines et extortions. (2) Leuesque feit de ce son deuoir, et puis quitta son euesché et sen alla rendre en religion.

Audit Benedict huitième, succéda son neueu Benedict neuuieme : et ny eut quun Pape entredeux , cestasauoir lean vingtième. Or fut ledit neueu pire que loncle, comme il apperra : car il fut cause du quatorzième schisme et diuision en Leglise. Et fut pour ce, que les Romains voyans quil estoit homme de petite valeur, le déposèrent de sa dignité, et mirent en son lieu vn nommé lean euesque de Sabine, lequel ilz appellerent Syluestre le tiers : mais au bout de quaranteneuf iours ilz chassèrent ledit Syluestre, pource quil valoit encores moins , et estoit

(1) incontinent après (1548).

(2) rapine et extorsions (1528).

homme idiot, ignare et inutile. Et rappelleront iceluy Benedict neuuieme.

Mais quand il se vid (1) restabli en son pontificat, considérant la légère mutabilité du peuple Romain, et craingnant de tomber derechef en semblable inconuenient, il vendit à beaux deniers contans son Papat, à vn nommé lean, Archidiacre de leglise saint lean à la porte Latine, lequel depuis fut appelle Grégoire sixième. Pour lesquelz esclandres abolir, lempereur Henry deuxième (2) de ce nom, filz de Conrad, qui commença à régner lan de grâce m. xxxix. fut contraint daller en Italie à grand puissance, et assembler vn concile gênerai, auquel il déposa tous lesdits trois Papes schismatiques : cestasauoir Benedict neuuieme , Syluestre troisième, et Grégoire sixième : et créa vn nouueau Pape euesque de Bamberg en Allemaigne, lequel il nomma Clément deuxième, qui neantmoins fut empoisonné par son successeur Damasus deuxième.

Donc pour reuenir au propos dudit Benedict neuuieme, qui fut cause de tant de maux en ce quatorzième schisme, et vendit la Papalité : tous les historiens afferment, que après sa mort il apparut à quelque personnage, en horrible et monstrueuse forme. Et comme on luy demandast que signifioit celle si terrible figure attendu quil auoit esté Pape, il respondit, que par le iuste iugement de Dieu, il estoit à ce condamné éternellement. Attendu quil auoit vescu bestialement au siège Apostolique, sans foy, sans raison, et sans loy.

Cela deuroit estre assez exemple aux autres : mais il en

(1) m< (1528 et 1548).

(2) Toutes les éditions portent Henri II au lieu de Henri III fils de Conrad II.

3^ DE LA ÏUFFËBESCe OES SCHJSl^KS

b^ eUé beaucoup depuis, qui gueres neo ont tena conte- Or est il bien facile à croire, que par telz esclandres l'ire 4« Dieu fut provoquée, en linterualle du temps desdits deux schismes. Car (sans les autres maux qui aduindrent lors) Ha sfti^tB terre de Hierusalem fut tollue aux Chrestiens, at prinse par les Turcz et Sarrasins, qui violèrent le Templô, at souillèrent le saint sépulcre, lan de nostre Seigneur mille et douze. (1)

Du quinziemi schisme^ appaisé par lanpereur Henry troisième de ce nom.

Régnant en Allemaigne lempereur Henry troisième de ce non^, qui fut eslu lan de grâce m. lvii. (2) commença le quinzième schisme et discord en Leglise, et fut loccasion telle : Apres la mort du Pape Nicolas deuxième, natif de Sauoye, fut eslu en son lieu vn Euesque de Luques Milannois, lequel les Cardinaux Romains nommèrent Alexandre deuxième, et fut eslu absent de Romme : cestasauoir estant résident sur son Euesché de Luques, pour la renommée de ses vertuz. Apres son élection les cardinaux le vindrent quérir, et lemmenerent à Romme.

En ce temps là aucuns Euesques (Je Lombardie, ausquelz ledit personnage nestoit point agréable (pource quil nestoit de leur bende) excitèrent le quinzième schisme. Car so]}z ombre de ce quilz disoient, que ledit Pape estoit entré par simonie, ilz en voulurent auoir vn autre qui fut de leur taille et société, mesmement à linstigation de Gilbert Euesque de Parme, en Lombardie. Si se tirèrent

(1) m7 (1528 et 1.^48).

(2) Van de grâce mil dixsept (1548).

deuers lempereur Henry troisième, et obtmdrent de iay quilz peussent eslire vn autre Pape à leur gré : Ce qui leur fut accordé par ledit P]mpereur : et retournèrent en Lombardie, là ou ilz firent vn concile entre eux, auquel ilz eslurent vn nommé Cadolus, natif de Parme, riche et puissant à merueilles : auquel toute Italie obtempéra, excepté la Contesse' Mehaut.

Cadolus donc (ainsi eslu en Antipape) se tira vers Romme, à main armée et grosse puissance de Lombards. Si luy vint au deuant le Pape Alexandre, accompaigné de ses Romains. Et fut la bataille dure et aspre, es (1) prez de Néron, dessouz le mont Dort, là ou il mourut beaucoup de gens : mais finablement la victoire tourna deuers Alexandre, et sen retourna Cadolus vaincu. Neantmoins pour vne mauuaise fortune il ne perdit point le courage, ainçois auant quil fut vn an passé (par le moyen daucuns secrets complices qui tenoient sa bende, lesquelz il auoit gaignez à force dargent) entra demblee dedens Romme. Toutesfois les Romains coururent aux armes, mais Cincius filz du Prefect de Romme, mit Cadolus dedens le chasteau saint Ange. Et dura la guerre entre les deux parties par lespace de deux ans. Finablement Cadolus fut contraint de se rendre, et racheter sa vie de six cens marcz dargent. Lors il monta sur vn cheual léger et se sauua à la fuite. Depuis pour contenter lempereur Henry troisième, qui fauorisoit audit Cadolus, fut célébré vn concile à Mantue : auquel se

(1) w omis par 1548. Le Pré-Noiron est célèbre dans les chansons (le Gestes D'après A. Graf, Roma nella meMoria del medio evo I, 359, (les le temps de Procope Prata Neronis désignait déjà I Prati. de Castello, hors de la porfe Angelica de Rome. Les trouvères parlent aussi de Mont-Noiron, Haye-Noiron.

trouuerent Lempereur et ledit Pape Alexandre. Et illec en présence de tous les Prélats, le Pape se purgea de simonie et ambition, et prouua son innocence : et furent les choses appointées, et pardonné à vnchacun. Ainsi fina le quinzième schisme.

Du seizième schisme^ qui fut à cause de ce quun Pape Moyne de Clugny, commença à. esleuer ses cornes contre Lempereur, et fouler Lempire, dont trop de maux suruindrent.

Sans quelque moyen ou iuterualle de temps, le seizième schisme suiuit le précèdent : car après la mort dudit Alexandre deuxième, futeslu Grégoire septième, natif de Senes en Toscane, parauant Moyne de Clugny , et Légat en France. Incontinent après son élection, il entama vne mauuaise querele de discord, entre les Empereurs et les Papes : lesquelles dissensions ont depuis engendré des maux innumerables en Chrestienté, comme on verra cy après.

Car comme ledit Empereur fust bien embesongné en vne grosse guerre contre les Saxons, ses ennemis : le Pape, après auoir obtenu confirmation de luy (car alors nul Pape ne se faisoit sans ladueu de Lempereur) lenuoya saluer dune chose non accoustumee : cestasauoir, de luy defiendre et interdire bien arrogamment auecques commination de censures ecclésiastiques, quil neust plus à se mesler dinuestir les Prélats de son Empire de leurs bénéfices ecclésiastiques. Disant et prétendant, que Lempereur vendoit les dignitez et prelatures de Lempire : et le Pape les vouloit vendre luy mesmes, comme les autres ont fait depuis iusques à ores. (1) Duquel ancien droit dinuestitures,

{\) à maintenant {.\hA^).

sur tous les féaux des terres Impériales, les Empereurs auoient iouj de tous temps.

Ces choses furent estranges et nouuelles à lempereur Henry. Mais il dissimula pour lors, à cause des affaires de la guerre qui le pressoient. Et ce pendant le Pape ne laissa pas de procéder contre luy, ains tint concile, et excommunia publiquement aucuns Euesques qui fauorisoient audit Empereur : lequel après auoir eu victoire des Saxons, assembla vn autre concile en la cité d'Vuorme, (1) sur le Rhin. Et deffendit par tout son Empire, que nul ne fust si hardi, de donner obéissance audit Pape. Puis manda par vn clerc audit Grégoire septième, en lassistance publique du consistoire des Cardinaux, quil ne sentremist plus de la dignité Papale : et aux Cardinaux, quilz laissassent lelit Grégoire, et se tirassent deuers luy en Allemaigne.

Longue chose, estrange et fastidieuse seroit à raconter les guerres, différents et altercations, et aussi les appointemens friuoles dune part et dautre, qui furent entre ledit Pape Grégoire septième, et Lempereur Henry troisième. (2) Le Pape excommunia Lempereur par trop grand seuerité. Lempereur dautre part, créa vn autre Pape, et le nomma Clément, parauant dit Gilbert, Archeuesque de Rauenne, et fut faite son élection en vn concile de leglise Germanique. Le Pape de son costé donna le tiltre de Lempire à vn Duc de Saxonne, nommé Rodolphe, mais par quatre fieres batailles, il fut vaincu, et occis par ledit Henry troisième.

Apres lesquelles victoires, ledit Empereur enuoya pre-

(1) Worma, auj. à 1/4 d'h. du Rhin.

(2) Toutes les éditions mettent Henri III pour Henri IV. V. plus bas à propos de « chronicque d'A Uemaigne. »

39f DE LA DIFFERENCE DBS SCHISMES

mierement son filz Henry le quart, pour dompter lorgueil du Pape, et de ses adhérents, dont dame Mehaut Confesse de Mantue, bigote, hypocrite, et hardie, plus quil nappartient à (1) femme, estoit la principale, laquelle vaincue et ruée las, ledit Empereur suiuit tantost après, et entra iusques à Romrae à main forte, et y mena Clément son Antipape. Si le feit consacrer et inthroniser. Le Pape Grégoire septième (qui fut le premier (2) cause de tous ces maux) fut assiégé, et depuis sauué des mains dudit Henry troisième, par Guischard le Normant , Prince de Pouille, lequel lemmena : mais ledit Pape mourut tantost après. Et fut celuy qui feit beaucoup de constitutions nouuelles, il ordonna que les clercz ne se mariassent point, et ne habitassent ensemble (3) auecques les femmes : et que nul nouyst la messe dun prestre concubinaire. A tous moynes, il interdit de menger chair en tous temps. Et à tous Chrestiens de menger chair le samedy : comme ces choses sauent mieux messieurs les Deere tistes. (4) Et à vray dire, il estoit vn petit trop rigoureux.

Par la mort dudit Grégoire septième, il sembloit que ledit schisme seizième fust aboli : mais non fut pas du tout : car son successeur nommé Victor troisième, auant son élection, Abbé de Montcassin, voulut tenir le mesme train contre Lempire, mais il fut tantost esteint, ou par maladie naturelle, ou par poison (comme aucuns cuident) et luy succéda le Pape Vrbain deuxième de ce nom, lequel ne sentremit point de ces diflferents, ains vint en France :

(1) à quelque femme que ce soit (1548).

(2) fui première cause (dans les antres éditions),

(3) et ne habitassent avec les femmes (1528).

(4) messieurs les ckrestiens (1528 et 1548).

et tint vn grand concile gênerai à Clermont en Auuergne, par lequel il esmut toute la Chrestienté, à recouurer la terre sainte. Et fut lors publié le grand passage, et le premier vniuersel de Godefroy de Buillon : qui fut vn acte digne de la sainteté dun tresbon Pape. Comme est déclairé plus à plein en la seconde partie de ce Traicté, là ou nous auons spécifié ledit concile de Clermont eu Auuergne.

Le dixsepiieme schisme, procédant de la querele des Papes contre les Empereurs.

Paschal deuxième de ce nom, natif de Toscane, estant mojne et disciple de Grégoire septième , succéda audit Vrbain deuxième, mais il ne feit pas comme son predeces^seur : car il recommença la querele tumultueuse de la Papalité, contre Lempire, à cause des inuestitures des Eueschez. Ce pendant que "Godefroy de Buillon et les autres Princes Chrestiens combatoient tresuaillamraent contre les Sarrasins en Surie, pour la conqueste de la terre sainte, auquel tenaps ilz prindrent et recouurerent Antioche, et la cité de Hierusalem, lan de grâce mille qua^ tre vingts et dixueuf : qui fut quatre cens quatre vingts et douze ans après quelle auoit esté premièrement prinse et possédée par les Sarrasins, au temps de lempereur Heracle.

Ains que (1) ledit Paschal osast leuer la teste contre lempereur Henry le quart, il enuoya premièrement son armée contre Gilbert, que se disoit Clément, Antipape, créé (comme dessus est dit) par lempereur Henry troisième : à laquelle chose faire, seruit beaucoup au Pape layde de Roger le Normant, Prince de Sicile, lequel luy enuoya

(1) Devant que (1548).

gensdarraes, et mille onces dor pour leur soulde : parquoy Clément Antipape fut contraint deuader, et saillir hors de la cité d'Albe, ou il se tenoit. Si se sauua à layde de Richard, Conte de la Champaigne de Naples : puis mourut tantost après (1) de dueil.

Richard Conte de la Champaigne , au Royaume de Naples, lequel auoit fauorisé audit Antipape Gilbert, dit Clément, après sa mort esleua vn autre Antipape, nommé Albert, natif daupres de Naples, lequel tantost après fut déposé. Mais les habitans de Preneste, en eslurent vn autre nommé Theodoric, lequel, cent et cinq iours après quil eut occupé le Papat, fut fait ermite. Mais pour le tiers, vn nommé Maginulphe, citoyen Romain, print le tiltre de Pape à Rauenne, dont il fut deietté par les Romains. Apres lesquelles choses ledit Pape Paschal deuxième , recouura aucunes terres de Leglise par armes, puis vint en France, pour reformer les Ecclésiastiques.

En France vint ledit Paschal deuxième, au temps du Roy Phelippes le premier, ou de Loys le Gros son filz (ie ne treuue pas précisément duquel) et célébra vn concile à Troye, en Champaigne (duquel est faite mention en la seconde partie) pour la reformation de Leglise. Et après ledit concile il sen retourna à Romme, là ou lempereur Henry le quart (ou selon la chronique d'Allemaigne, le quint) vint pour se faire couronner Empereur : et print prisonnier ledit Pape et tous les Cardinaux et Prélats courtisans, (2) puis les lascha quand il eut obtenu le droit des inuestitures dont il estoit question. Mais après son parte-

(1) 1548 substitue partout incontinent après.

(2) courtisantt (1548).

ment, le Pape reuoqua ce quil auoit concédé, et fut tousiours à recommencer.

Le dixhuitieme schisme.

Le dixhuitieme schisme, fut entre Gelasius deuxième de ce nom, natif de Gayete, successeur dudit Paschal second, et vn autre Antipape, nommé Benedict, Espaignol, et parauant appelle Burdin, créé par lempereur Henry le quart, à cause de la querele des inuestitures. Ledit Gelaise vint à refuge en France, et mourut à Clugni. Et en son lieu fut eslu, le Pape Calixte deuxième, parauant Archeuesque de Vienne en Dauphiné, et frère du Conte Estienne de Bourgongne. Par ainsi Burdin l'Antipape, qui se tenoit à seureté en Italie, ayant pied ferme, et faisant barbe contre ledit Gelaise, et Calixte son successeur, feit tout ce quil peut, mais en parfin il fut vaincu en pleine bataille, et prins à layde des François, par ledit Pape Calixte, et le Cardinal de sainte Grisogone capitaine de son armée. Et ledit Antipape Burdin ainsi prins, fut lié et troussé sur le dos dun caraeau, (1) le visage tourné deuers la queiie, et ainsi mené à Romme par manière de triomphe. Et lors flna le dixhuitieme schisme.

Le dixneuuieme schisme.

Qvand le Pape Calixte de Bourgongne fut mort, Honorius deuxième de ce nom, natif d'Imole en Italie, succéda en son lieu, et fut paisible durant son pontificat, qui ne dura que cinq ans. Si fut eslu après luy Innocent deuxième de ce nom, natif de Romme, au temps duquel com-

(1) chameau (1548).

DB hA MFFIÎRENCB ttVS SCinSMHS

mença le dixneuuieme schisme. Et fut loccasion, pource que ledit Pape incontinent après sa cou ron nation', entama la guerre ouuerte à Roger le Normant, qui premier se nomma Roy de Naples, et marcha contre luy en armes, dont il y eut beaucoup de sang respandu dun costé et dautre, mais en parfin ledit Pape fut vaincu en bataille rengee, et prins prisonnier par Guillaume Duc de Calabre, filz dudit Roy Roger de Naples, mais toutesuoyes il fut traicté honnestement, et depuis deliuré.

Durant le temps de la prison dudit Pape Innocent, les Romains en esleuerent vn autre nommé Pierre Léon, filz dun puissant citoyen Romain, et lappellerent Anacletus. A cause dequoy, ledit Innocent fut contraint de venir ea France au secours : et célébra le deuxième concile de Ciermont en Auuergne, et vn autre à Reims en Champaigne, du temps du Roy Loys le Gros. Et de là tira au Liège, là ou il trouua le Roy des Romains, Lothaire deuxième de ce nom, qui luy promit assistence de tout son pouuoir. Au moyen desquelles faueurs, tant du costé d'Alleraaigne que de France, ledit Pape retourna en Italie, et fut par deux fois secouru dudit empereur Lothaire deuxième de ce nom» premièrement Duc de Saxonne, lequel commença à régner lan mille cent vingtneuf. Et ledit Pape Innocent deuxième, restabli en son siège Papal, Anacletus l'Antipape qui auoit despouillé tous les trésors et reliques de Leglise, pour souldoyer ceux qui estoient de sa bende, alla mourir de (1) cTespit.

Aucun temps après, le Pape Eugène troisième de ce nom, natif de Pise, et parauant moyne de Clereuaux, et

{\) de d%eil et de despit (1528 et 1548).

ET DBS CONCILES DE LËGLISB. 357

disciple de S. Bernard, vint en France, tant pour fuyr la cruauté des Romains, lesquelz luy donnèrent la chasse à force darmes et de traict, comme aussi pour encourager le Roy Loys le leune, au secours de la terre sainte, ainsi quil ha esté dit en la seconde partie. Et célébra le concile de Vezelay, après lesquelles choses il retourna paisible à Romme, à layde du Roy.

Du vingtième schisme, qui fut du temps de lempereur Pederic premier de ce nom^ surnommé Barberousse : et dura ledit schisme dixsept ans.

De la mesme racine des précédons, cestasauoir à cause des inuestitures, procéda le vingtième schisme, au temps de lempereur Federic Barberousse, lequel fut vn merueilleux homme : parauant Prince de Soaue, il eut espousé dame Beatrix, Contesse de Bourgongne. Et pource que linsolence des Papes auoit irrité et indigné ses prédécesseurs, il conceut telle ire contre eux, et les persécuta de telle sorte, que iamais ny eut si grand diuision entre Lempire et la Papalité : et la conséquence fut encore pire : car au commencement du règne dudit Empereur, qui commença régner lan de nostre Seigneur, mille cent cinquantequatre, schisme sesmut entre le Pape Alexandre troisième de ce nom, natif de Senes, eslu par le suffrage de vingttrois Cardinaux, et vn autre nommé Octauian Romain, lequel trois Cardinaux seulement eslurent, et lappellerent Victor.

Alexandre donques eslu, et cuidant auoir bon droit, pria par vne ambassade à lempereur Federic Barberousse, qui pour lors assiegeoit Crémone en Lorabardie, quil voulsist appaiser le différent. Lempereur Federic manda, que pour congnoitre de la cause, lun et lautre Pape se deussent m. 22

trouuer à Pauie, et luy se trouueroit auec eux. A laquelle chose Alexandre ne voulut obtempérer, ainçois se absenta : dont Federic indigné, feit assembler vn concile à Pauie, auquel ledit Octauian se trouua, et fut confermé en Pape maugré Alexandre son compétiteur.

A ceste cause, ledit Alexandre troisième excommunia lerapereur Federic Barberousse. Et dautre part, Lempereur occupa tout le patrimoine de S. Pierre, pourquoy le Pape fut contraint de venir à refuge en France, du temps du Roy Phelippes Auguste : et célébra le troisième concile de Clermont en Auuergne, comme nous auons dit plus à plein en la seconde partie. Auquel concile ledit Alexandre troisième, excommunia Lempereur, et Octauian nommé Victor, Antipape : et ce pendant ledit Empereur desconfit Milan et Dertone (1), pource quelles luy estoient rebelles. Puis emioya vne ambassade au Roy Phelippes Auguste, à fin de trouuer moyen de tollir et abolir le schisme.

Le lieu de la conuention (2) des Princes et du concile, fut nommé à Dijon en Bourgongne, qui estoit limitrophe, pour les deux Princes : car lempereur Federic tenoit la Conté de Bourgongne de par sa femme Beatrix. Et de fait y vint accompaigné des Roy s de Bohême et d'Escosse, auecques son Antipape nommé Victor, et grand nombres de gens de guerre : mais ledit Alexandre troisième, ne sy voulut trouuer, disant quil ny auoit seur accès : et que ce nestoit pas lieu de concile qui fut eslu ny aduoué de son autorité, ains alla tenir vn autre concile à Tours, parquoy Lempereur indigné, plein d'ire et de menasses, sen retourna en Alle-

(1) Tortonne (1528). C'est l'ancienne Dertona, non loin d'Alexandrie.

(2) conversion (1528 et 1548). Cf. Ducange v. Conversio.

BT DBS CONCILES DE LEGLISE. W9

maigne. Et successiuement quand ledit Antipape fut mort, créa trois autres Antipapes, et contraingnit ledit Alexandre de senfuyr h Venise, en habit incongnu. Et de tout ce temps y auoit guerre en la Chrestienté, à cause de la querele des Papes. Finablement il y eut appointement. Et pource que pendant lesdites diuisions, Hierusalem fut reprinse par les Turcz et Sarrasins, ledit Empereur feit \n grand passage en Turquie, auquel il fut tousiours victorieux iusques à sa mort, qui fut desconuenable (1) et impertinente : car il se noya en soy baignant en vn fleuue. Dont tout son exercite fut bien désolé, et demoura la Chrestienté en grand hazart.

Du vingtetunieme schisme ^ qui fut du temps que la court Romaine se tenait en Auignon.

Le Pape Clément cinquième de ce nom, natif de Bourdeaux, fut le premier qui fiait résider la court Romaine en Auignon, comme nous auons dit plus à plein en la seconde partie. Apres sa mort, le siège Apostolique vaqua deux ans, trois raoys, et dixsept iours. Car les Cardinaux ne se pouuoient accorder à lelection, mesmement pource que au premier conclaue qui se tint à Carpentras, lesdits Cardinaux sentrebatirent, tellement quil en y eut deux des principaux tuez. Finablement ilz conuindrent ensemble à Lyon, et tindrent conclaue, dedens le conuent des Frères Prescheurs, quon dit Nostredame de confort, là ou fut eslu le Pape lean vingtdeuxieme de ce nom, natif de Cahors, lan de grâce m. ccc. xvii. Aucuns historiens tiennent, que ce fut par ladueu et faueur dun Roy de France, nommé Loys. Et de Phelippes son frère, Conte de Poitiers. Par-

(I) disconvenàble {\o29, et 1548).

quoy il me semble que ce fut du temps du Roy Loys Hutin, ou de Phelippes le Long son frere.

Apres la couronnation dudit Pape lean vingtdeuxieme, il sen alla faire sa résidence en Auignon, et pour son premier acte, exerça vne merueilleuse iustice contre Hugues Euesque de Cahors, lequel sestoit trouué auoir conspiré contre le Pape : parquoy il le feit dégrader et bailler aux bourreaux qui le firent mourir cruellement. Pendant lequel temps Loys de Bauiere Roy des Romains, après auoir vaincu en bataille Federic Duc d'Austriche son compétiteur en Lempire, entra en Italie à main forte, et print la couronne dacier à Milan. Si se nomma Empereur, sans lautorité du Pape : laquelle chose ledit lean vingtdeuxieme, print en grand indignation, et fulmina plusieurs censures merueilleuses contre ledit Loys de Bauiere. Et luy, pour se reuencher, dautre costé créa vn Antipape de lordre des Frères Mineurs, lequel il nomma Nicolas le quint, qui causa le schisme vingtetunieme, lequel ne fut point esteint iusques à ce que Boniface Conte de Pise, par trahison print prisonnier ledit Antipape, et lamena en Auignon. Et enuiron ce temps, cestasauoir régnant le Roy Phelippes de Valois, le Pape mit sus vne décime en France sur les Ecclésiastiques, souz couleur de faire vn passage et croisée sur les mescreans, dont il ne fut rien. Entour le temps dudit vingtetunieme schisme, plusieurs hérésies sesleuerent, si comme des Vaudois, et des poures de Lyon, et tantost après celle des Turlupins.

Du tingtcLeuxierm schisme, le pire (1), le plus long, et le plus scandaleux de tous les autres. Car pendant iceluy^ le Royaume de Bohême deuint hérétique.

En lespace de quarante ans, que dura le vingtdeuxieme schisme, il y eut plusieurs Papes aduersaires lun à lautre : et fut ce trouble si obscur, que les plus grans clercs ne sceurent onques discerner lequel estoit le vray successeur de saint Pierre. Parquoy grands diuisions et partialitez furent par toute la Chrestienté. Car les vns obeïssoient à lun, et les autres à lautre. Et ce pendant tout le Royaume de Bohême deuint hérétique. Les poincts principaux de leur hérésie estoient, que le Pape de Romme nha point plus de prééminence que les autres Euesques : Quil nest point de purgatoire : Que cest chose vaine de prier pour les trespassez : et que lauarice des prestres ha controuué ceste inuention : Que les images de Dieu et des saints doiuent estre abolies : car ce nest que idolâtrie : Que les ordres des Mendians sont mises sus par inuention diabolique : Que les prestres ne doiuent tenir aucunes possessions. Et plusieurs autres mauuaises erreurs contient icelle hérésie.

Icelle hérésie des Bohèmes commença du temps de lempereur Venceslaus, filz de Charles le quart, de la maison de Luxembourg, Empereur et Roy de Bohême, lequel vint en France visiter le Roy Charles le quint, son parent. Et donna au Roy aucunes places en Dauphiné, et le constitua vicaire de Lempire au Royaume d'Arles. Et fut ledit Empereur Charles tresuertueux Prince. Mais tant plus meschant et vicieux fut ledit Venceslaus son filz. Car

(l) le pire, ajouté par 1549.

pour sa grand inutilité, les Electeurs de Lempire furent contraints de le déposer, et mettre en son lieu Sigismond son frère. Pourtant nest ce pas de merueilles, si souz vn si malheureux Prince, les subietz se séparèrent de la foy catholique : mesmement au temps que leglise Romaine estoit ainsi troublée, et malmenée, par la dissension des Papes.

Pour reuenir (1) au propos du vingtdeuxieme schisme, il commença enuiron lan de nostre Seigneur, m. ccc, lxxviii. Cestasauoir tantost après que la court Romaine fut partie d'Auignon, et retournée à Romme, au moyen du Pape Grégoire onzième de ce nom, natif de Lymoges, qui la remena illec, comme nous auons dit plus à plein en la seconde partie, là ou il est parlé des deux conciles tenus à Paris, du temps du Roy Charles sixième. Et la raison pourquoy ledit schisme aduint premièrement y est amplement spécifiée, pourquoy nest mestier de la repeter icy.

Toutesuoyes à fin quon entende succintement les controuersies dudit schisme vingtdeuxieme, il est assauoir que lan que dessus est dit, après la mort dudit Pape Grégoire onzième, qui tira la court Romaine hors d'Auignon, et la remena à Romme, les Cardinaux se mespartirent en deux bendes, dont celle des Italiens, eslut Vrbain sixième, natif de Naples : Et les Cardinaux François, eslurent dautre part Robert de Geneue, qui fut appelle Clément septième, et vint demourer en Auignon à cause du schisme. Ainsi fut la Chrestienté mespartie en deux bendes, pource quil y auoit deux Papes, qui estoit chose monstrueuse : comme si Ihomme auoit deux testes. Les prouinces Orientales, Italie, AUemaigne, et Hongrie, donnoient obédience audit

(I) retourner {1528 et 1548).

Vrbain sixième : et dautre part France, Espaigne et Angleterre, qui sont Occidentales, obeïssoient à Clément septième.

Enuiron ce temps là, Lojs Duc d'Aniou, fauorisé par le Pape Clément septième, qui se tenoit en Auignon, entra en Italie, auec le nombre de trente mille chenaux, tant pour la querele du Royaume de Naples, et pour secourir la Rojne leanne, première de ce nom, contre le Roy Charles de Hongrie, comme aussi pour le différent desdits Papes, et à fin quil peust rendre ledit Clément du tout paisible. Mais ledit Loys Duc d'Aniou, filz du Roy lean, qui fut prisonnier en Angleterre, et frère du Roy Charles le quint, mourut de maladie en Pouille, après auoir fait la guerre deux ans. Parquoy les François sen retirèrent. Et ledit Pape Vrbain depuis ne sceut viure en paix auec Charles Roy de Hongrie, et de Naples : mais fut contraint de sen fuyr à Gennes par mer, là ou en passant il feit noyer cinq Cardinaux, pource quilz fauorisoient audit Clément séant en Auignon. Icelle Royne leanne, fut celle qui vendit Auignon, et la Conté de Venixe, (1) au Pape Clément sixième. Aucuns veulent dire, quelle le changea au tribut que le Royaume de Naples deuoit à leglise Romaine.

Pour retourner audit Pape Vrbain sixième, et au vingtdeuxième schisme : Premièrement ledit Pape est estimé par les historiens, tresperuers, et qui prenoit plaisir de semer noises et dissensions entre les Princes Chrestiens, plustot que les appaiser. Donques après sa mort dura longuement le schisme, car en son lieu fut eslu Boiiiface neuuieme Neapolitain, qui nauoit point plus haut de trente

(1) Venisse {152S). C'est le Comtat-Venaissin.

Sl4 DE LA DIFFERENCE DES SCHISMES

ans. (1) Et fut celuy qui osta toute lautorité des Romains, et la transporta aux Papes, et fortifia le chasteau saint Ange contre le peuple de Romme. Aussi mit il sus lexaction des annates sur tous bénéfices et dignitez, à quoy toutes nations consentirent, excepté les Anglois. Et célébra le lubilé, lan raille cinq cens. (2) Mais en son temps, Jean Bentiuole occupa premièrement la cité de Boulongne, combien quelle fut reprinse par Galeace.

Dautre part, après le trespas de Clément septième, fut eslu en Auignon par les Cardinaux François, le Pape de la Lune, nommé Benedict treizième, natif de Catelongne : contre lequel fut tenu vn concile de leglise Gallicane, comme ha esté dit en la seconde partie : et lors se renforça le schisme, qui perseuera iusques au concile de Constance. Durant lequel encores ne se voulut désister ledit Benedict de la Lune, ains demoura en sa pertinacité iusques à la fin de sa vie.

Quand Boniface neuuieme dessus mentionné, fut mort à Romme, les Cardinaux Italiens eslurent en son lieu vn nommé Cosmar de Perouse, lequel ilz appellerent Innocent septième. Et après luy succéda Grégoire douzième, Vénitien, dit parauant Angélus de Corario. Par ainsi de plus en plus sempiroit le schisme : car tousiours estoit en Auignon Benedict de la Lune, qui se disoit Pape, vers lequel vindrent en ambassade les Ducz de Bourgongne, de Berry et d'Orléans, de par le Roy Charles sixième, à fin de luy persuader que pour le bien et vnion de Leglise, il voulsist céder à son droit : et que dautre part, Grégoire

(1) n'avait point plus de vingt ans (1548). ^

(2) Les autres édifiouH disent seulement l'an mil. Il s'agit évidemment du Jubilé de 1400.

douzième son compétiteur feroit le semblable. A quoy ledit Pape de la Lune ne feit aucune response, ains laissa lesdits Princes sans dire adieu, et senfuyt en Espaigne, de peur quon ne le contraingnit à renoncer au Papat : et tint vn concile à Parpignan, puis sen alla tenir au chasteau de Paniscole pour estre plus asseuré.

Par ainsi quand les Princes et Cardinaux virent que nul appointement ne se trouueroit entre lesdits deux Papes contendens : et que nul d'eux ne vouloit quitter son droit, combien que souuent leussent prorais, ilz célébrèrent vn concile gênerai à Pise en Italie, lan de grâce raille quatre cens et huit : auquel ilz citèrent personnellement lesdits deux Papes, mais ilz neurent cure dy comparoir, ains le tournèrent à dérision. Parquoy tant lun comme lautre, furent solennellement priuez et déposez, et en leur lieu fut eslu Alexandre cinquième, natif de lisle de Candie, de lordre des Frères Mineurs, lequel ne suruescut après que huit moys, et mourut à Boulongne. Et ce pendant, Grégoire douzième sen estoit fuy en Austriche : mais craingnant quil ny fust à seureté il sen retourna en Italie, et se tint en la cité d'Arimine, souz la protection dun Baron noraraé Charles Maleteste.

En ce teraps là toute Italie, et les terres de Leglise, estoient en armes et en bruit : Car ledit Alexandre cinquième, auoit audit concile de Pise, priué du Royaume de Naples le Roy Lancelot : (1) et iceluy donné à Loys Duc d'Aniou, fîlz du Duc Loys, qui alla au secours de la Royne Jeanne première de ce nom, comme dessus est dit, à cause dequoy ledit Roy Lancelot, filz de la Royne Jeanne dessusdite, occupa Hostie, et autres places du patrimoine saint

(1) Ladislas.

9ʧ DB LA DtrFKRENCB DBS SCHISMES

Pierre. Or fut après la mort dudit Alexandre cinquième, eslu en Pape vn Cardinal Neapolitain, nommé Balthasar Cossa, qui se intitula lean vingttroisieme. Par ainsi la Chrestienté auoit lors trois Papes, lun à Boulongne, lautre À Ariiiiine, et le tiers au chasteau de Paniscole en Espaigne. Toutesuoyes à la déposition dudit Grégoire douzième, et de Benedict de la Lune, faite au concile de Pise, toutes les nations Chrestiennes auoient consenti, excepté vne partie d'Espaigne, et le Conte d'Annignac, et le Roy d'Escosse, qui fauorisoient audit Benedict de la Lune.

Dont à fin de trouuer vne fin finale aux discords et esclandres dessusdits, qui trop longuement duroient, force fut aux Princes Chrestiens (mesmement par la diligence et solicitation de lerapereur Sigismond, de la maison de Luxembourg, Roy de Hongrie, et de Bohême) dassembler vn grand concile gênerai de Leglise catholique, en la cité de Constance : auquel concile premièrement fut procédé contre ledit lean vingttroisieme, et luy fut raestier comparoir personnellement. Si luy furent proposez quarante articles criminelz, dont on laccusoit : parquoy ayant doute que son cas ne se portast mari, il senfuyt secretteraent auec aucuns Cardinaux par luy créez, en vne place du Duc d'Austriche, nommée Scaphuse, (1) et de là à Fribourg, pour prendre son chemin vers le Duc de Bourgongne, sil eust peu : mais il fut rataint et reprins par lautorité du concile, et détenu prisonnier, et puis la sentence de priuation iettee contre luy. Il fut enuoyé par lempereur Sigismond, qui tenoit la main au concile, en estroite garde au Duc Loys de Bauiere, au chasteau de Haidelberg, là ou il fut détenu par lespace de trois ans : mais en la fin par la clémence du

(1) Schaffhouse.

Et DES COiNClLBS DE LliGLISE. 347

Pape Martin cinquième, et à la requeste de Cosme de Medicis il fut deliurè, et vint aux piedz dudit Pape Martin, et le salua comme vray successeur de S. Pierre. Ledit Pape le receut benignement, et le créa Cardinal. Si mourust tantost après à Florence.

En après audit concile fut procédé contre Grégoire douzième, lequel ne comparut point en personne, mais (que voulentiers que enuis) il y enuoya Charles Maleteste, seigneur d'Arimine, auec ample procuration et puissance, de céder et resigner le droit quil auoit en la dignité Papale, es mains du concile, ce qui fut fait : et ledit Grégoire douzième, fut créé Légat en la Marque Dancone, là ou il mourut tantost après de dueil : cestasauoir en la ville de Racanat, (1) qui est vn port de la mer Adriatique.

Or ne restoit plus, sinon le tiers idole et Antipape : cestasauoir, Benedict treizième, surnommé le Pape de la Lune, lequel donna beaucoup de peine audit tresbon Empereur Sigismond. Car après ce que les deux dessusdits furent déposez, et que ledit Benedict de la Lune ne vouloit entendre à nul appointement ne persuasion, ledit Empereur alla personnellement deuers le Roy d'Angleterre, et depuis vint vers le Roy de France, pour les enhorter de tenir la main à lunion de Leglise. Et après auoir obtenu bonne response d'eux, il tira à Narbonne, et dillec vers le Roy Fernand d'Arragon, pour semblable cause, à fin de persuader audit Pape de la Lune, de faire comme les autres : laquelle chose on ne peut obtenir de luy par nulle manière, ains sen retourna ledit Empereur à Constance, là ou il feit priuer et déposer ledit de la Lune. Et lors fut eslu du consentement de toutes les nations, le Pape Martin cinquième,

(1) Recaaati, petit port à Tembouchure de la Potenza.

de la noble maison des Coulonnois, homme de singulière vertu, prudence, modération et iustice, lan de grâce mille quatre cens dixsept. Si reuint la paix à Leglise : et fina ledit tresraalheureux vingtdeuxieme schisme.

Le Pape de la Lune incontinent après ce quil fut priué de la Papalité, par le concile : et que les nations et Princes qui le fauorisoient se furent soustraits de son obéissance : si comme les Arragonnois, Catelans, Armignacz et Escossois, mourut neantraoins obstiné, au chasteau de Paniscole. Et par son testament ordonna à ses Cardinaux, den eslire vn autre en son lieu. Ce quilz firent incontinent après sa mort, et eslurent vn idole nommé Clément huitième, natif de Barcelone : mais ilz ne proufiterent gueres, car ledit Pape Martin cinquième, demeura en son entier, et eut lobeïssance filiale de tous les Princes de Chrestienté. Et ledit Antipape Clément huitième, se rengea finablement à raison, et fiit créé Euesque-de Maiorque.

Du vinffttroisieme schisme dernièrement passé.

Entre Félix le quint, et Eugène le quart, sesmut le vingttroisieme schisme. Ledit Eugène Vénitien, fut grand amateur de guerres (comme met Platina en sa vie) laquelle chose est merueilleuse es Papes modernes. Car oultre les guerres, il incita le Dauphin de France, qui depuis fut appelle le Roj' Loys onzième, de mener vne grosse cheuauchee de gensdarmes au païs de Ferrette, et d'Alsate, pour troubler et deffaire le concile de Basle.

Félix aduersaire, eslu par ledit concile, au parauant sappelloit Amé, Duc de Sauoye. Et fut le premier des Contes de Sauoye, promu au tiltre de la dignité Ducale, par Lempereur Sigismond, après ce, quil fut vefue de sa

ET DBS CONCILES DE LEGLISB. 34^

femme Marguerite de Bourgongne, fille du Duc Phelippes le Hardy. Il délibéra de laisser le monde, et lestât Ducal, pour se retirer en vn ermitage délicieux, et en lieu plaisant, nommé Ripaille, sur le Lac de Losanne : lequel il auoit fait édifier somptueusement, ayant laissé le gouuernement de ses seigneuries au Duc Loys son filz aisné, père du Duc Phelippes de Sauoye, premièrement seigneur de Bresse : lequel engendra le Duc Philebert, raary de madame Marguerite d'Austriche et de Bourgongne. Lequel Duc Philebert, trespassa sans hoirs de son corps, au chasteau du pont d'Ains : lan mille cinq cens et quatre, et fut enterré en vn monastère, lez Bourg en Bresse.

Audit ermitage se contint le Duc Amé de Sauoye, menant vie solitaire, et eremitique, aucun espace de temps, auec dix anciens ch'eualiers de mesme vocation : Cestasauoir tous ermites, portans grand barbe, et manteau simple, et le bas ton re tortillé et plein de nœux. Laquelle chose combien quelle fust de nouuel exemple, si nest ce pas le premier des Princes qui ha laissé le gouuernement de la chose publique, pour se retirer en vie priuee et domestique : car le semblable firent Diocletian et Maximian. Empereurs Romains, de la loy Payenne. Et Amurathes Othuman Turc, père du grand Mahumethes, conquesteur de Constantinoble.

Estant ledit Duc Amé en lermitage de Ripaille, en grand bruit de sainteté, et bonne vie, au temps que le concile de Basle se tenoit : et que le Pape Eugène, quatrième de ce nom, natif de Venise fut cité par trois fois personnellement audit concile, et ne tint conte de y comparoir : Parquoy il fut noté de contumacité, et priué de la dignité Papale, au pourchas du Duc Phelippes Marie, de Milan : ledit Duc

DE Là. IHfrERENCB DES SOfllSlUn

Amé de Sauoye ermite, fut eelu Pape par le concile de Basie, lan de grâce mille quatre cens trentehuit. Et depuis couronné solennellement en ladite cité de Basle, en la pre-' sence de deux de ses filz aisnez, qui luy tournoit à grand gloire. Auantceste acte et cerimonie, il auoit fait oster sa barbe, et aprins loffioe diuin en peu de temps. Et depuis créa aucuns Cardinaux, de grand estime et vertu. Et feit tout ce quun tresbon souuerain Prélat peult, et doit faire.

A ce fauoriserent et luy tindrent la main aucuns Princes : Cestasauoir lerapereur Federic troisième de ce nom, père de Maximilian à présent régnant : Charles septième, Roy de France : Alphonse Roy d'Arragon, et ledit Duc Phelippes Marie, de Milan. Mais le Duc de Bourgongne luy fut contraire (comme aucuns disent) iasoit ce quil y eust affinité entre eux : mais ce fut pour aucune vengeance et despit inueteré : mesmement à cause de la guerre de Beauiolois, laquelle ledit Duc de Bourgongne entama contre le Duc de Bourbon : et de fait print Belleuille, qui est entre Villefranche et Mascon. Et pource que ledit Duc Amé (depuis Pape Félix) ne luy donna secours, comme il auoit promis, le Duc de Bourgongne feit paix au Duc de Bourbon. Et manda au Duc de Sauoye, que quelques fois il se recompenseroit bien de sa tardiueté. Laquelle pensée il luy garda iusques au concile de Basle : et le peut bien faire : Car en ce temps là, la puissance et réputation des Ducz de Bourgongne estoit grande.

Ce schisme vingttroisieme, entre le Pape Eugenius et Félix de Sauoye, dura seize ans : cestasauoir autant que le Pape Eugène vescut. Et fut encores continué, iusques au temps de Nicolas sixième natif de la ville de Sarresanne en la seigneurie de Luques, filz dun médecin, lequel fut

ET DES CONCILES DE LBGLISE. 35t

eslu, lan mille quatre cens quarantesept. Et pour lors Leglise catholique estoit diuisee en trois parties. Car les vns suiuoient Eugène, les autres Félix : et encores les autres se disoient neutres : et nobteraperoient à lun ny à lautre. En parfin les choses se portèrent tellement, que Félix par limpulsion de lempereur Federic troisième de ce nom, fut contraint de céder à son droit de Papalité, au proufit dudit Nicolas. Et ledit Félix, cestadire, Amé Duc de Sauoye, fut content de demourer Cardinal, et Légat Apostolique en ses païs, pour donner paix à Leglise. Et ainsi tina le vingttroisieme schisme. Et neantmoins tout ce que ledit Félix auoit fait et décrété en sa Papalité, fut ratifié et tenu pour bon. Et trespassa en bonne estimation de sainteté.

Bu tresredontaUe mnçtçuatrieme schisme aduenir.

lasoit ce que des choses contingentes futures, il ny ayt point de vérité déterminée selon le dit du Philosophe : Toutesuoyes nostre raere sainte Eglise tient pour article de foy, que le monde doit périr par feu. Et auant quil soit fini, il est certain (selon lautorité de la sainte escriture, et de l'Apocalypse) que l'Antéchrist viendra. Et auant que l'Antéchrist vienne, sera le grand et merueilleux schisme de Leglise, par lequel les Princes séculiers seront contraints mettre la main à la reforraation des Ecclésiastiques. Comme ces choses ont preueu , par inspiration diuine et reuelation du saint Esprit plusieurs Prophètes, Sibylles, saintes personnes , Astrologues et Mathématiciens, desquelles choses nous mettrons icy vne bonne partie.

Apostolus Paulus in secunda epistola ad Tbessalonicenses.

Non reuelahitur /lliu,8 iniquitatis Antichristus, donec fiai dicessio, siue dissensio,

Glossa : id est, Schismatica diuisio, vel substractio Romanœ ecclesiae, vel Romani imperij.

Methodius Martjr.

Et tolletur honor à sacerdotihm : et çuiesret omne sacrifieium de ecclesiis : et erunt sacerdotes sicut populus.

Commentator eiusdftm Methodii martyris.

Ahlatio iugis sacrificij pracedet Antichristum per octo siptimanas annorum.

Sanctus loan. Euangelista, in Apocaljpsi.

Data sunt mulieri dua aïa magnœ, pcr tempus et tempora, et dimidium temporis.

Glossa : Mulieri : id est, Ecclesiae quae fugiet in solitudinem.

Esaias Propheta.

Et erit sicut populus, sic sacerdos : et sicut seruus, sic dominus.

Sancta Brigida.

Sub aquiîa grandi, qua ignem fouehit in pectore, conculca ■ hitur ecclesia. Nam potens est Deus suscitare et Francos aduersus ecclesiam, quieam humiliabunt.

Eadem,

Vas, et iterum vœ, quando puer sedebit in tede Lilij : Orietur iribulatiOf in ecclesia sancti Pétri.

Eadem.

lusto iudicio, hostilibus incnrsibus, conculcabitur nauicula Pétri, et clerus turhahitur.

Ex prophetiis Merlini antiqui vatis.

Cœsar regnahit vlique.

Sub quo cessabit tune vana gloria cleri.

Idem.

Erit Urhs via prasuîe digna.

Sancta Hildegardis.

Propter tyrannidem principum, et cupiditatem pralaloruni, ccclesia percussa est vt vidua.

Sibylla Erythraea.

Post kœc veniet altéra aquila, quée ignem foueUt, in gremio

sponsœ Agni.

Sibylla Cretensis.

Erit i)i insidijs sponsœ Agni, depauperans cuUmn eius.

Sibjlla Cumaea. .

Post hac, egredietur aquila de Germania rupibuSy multis associata gryphibus, quœ irruet in ortum chrismatis : sedentem in sede pastoris^ de quinto climate fugabit in septimum.

loan. Lichtemberger, astronomus, allegans quintum et sextum capita Cirilli episcopi Alexandrini.

Vocabit per annum cum dimidio, heu sedes Romana. in quo tempore iribulatio magna erit, et resurget nouus ordo, et noua restauratio in ecclesia.

Idem.

Alemanni scorpionislœ confœderaiionem inibunt cuvn Rege FrancicB, sub quo ecclesia crucem lamentationis humeris proprijs portabit.

Idem.

Eclipsis quaftiit anno millesimo quadringentesimo octogesimoquinto, die decimosexlo Martij, demonstrabat destructionem et oppressionem clerlfieri, per tyrannidem brachij secularis. m. 31

354 DR LA DIFFERENCE DES SCBiSMBS

Idem.

Coniunctio magna Saturni et louis ^ qua fiei anno tnilUsimo guingentesimoqiiarto, debehit habere suam operatiouem anno tnillesimo quingentesimosexlo.

Nota, quod circa hœc tempora, inthronisatus fuit in Papatum Iulius secundus, pontifex modernus.

Antiquum vaticinium.

Arhor glandis subuertetur.

loan. de Brugis, in libro qui de Varietate astronomise inscri-

bitur.

luxtà est aies Domini : iuxlà est, et velox nimis. Rogate qua ad parem sunt Hierusalem : et ecclesiavi iam doîentem confortate : iam errantem reformate : iam diuisam reint^gmie : naufragantem ad j}ortum reducite : ne fiât illud schismd magnum, quod prœamhulum erit Antichristi. In ruius aduentum, de ecclesia verificabitur illud Hieremiœ propketœ : Omnes eius porta destructœ : sacerdotes élus gementes : virglius eius squalida : et ipsa oppressa amariludine. Tune Pétri nauicula schismatico turbine diutius agitata dissipabitur, in proximo submergenda.

Oultre les prophéties, et prognostiques dessusdites , encopes en ont assez prédit plusieurs autres saintes personnes, par reuelation diuine. Si comme Boëce, saint Vincent de Valence, de lordre des Frères Prescheurs, Labbé loachin Calabrois, frère Reynard Lolard (1), et autres assez. Ausquelz ie nadiouste autre foy, sinon telle, que lefFect en pourra apparoir (2), laquelle chose Dieu vueille destourner. Ne ie ne vueil que par la recitation desdites prophéties, si

(X) Reygnard Kolart (.\ôi%). ■'

(2) L'éd. 1548 ajoute et en faire demonstrence.

ET DES CONCILES DE LEGLISË. Sifë

prophéties sont , ou vaticinations , ou prognostiques et diuinations, que aucun y croye ne donne foy, sinon comme le fais, cestasauoir, autant que mère sainte Eglise le permet. Neantmoins pource que les choses dessusdites sont mises en Latin, à fin que toutes manières de gens lentendent, cy après est mis le recueil et la substance de tout le dessus narré. Lesquelles choses declaire treselegamment ce noble Poëte et Orateur, maistre Alain Charretier, en la fin de son liure, appelle Lexil, et dit en ceste manière de mot à mot.

Maistre Alain Charretier, en la fin de son liure appelé Lexil. %

Or fvt il pieça fait vn nouuel statut en Leglise Latine, qui desseura lordre du saint mariage, dauec la dignité de prestrise, souz couleur de pureté et chasteté sans souillure. Maintenant court le statut de concubinage, au contraire : et les ha attraits aux estats mondains, et aux délits sensuelz et corporelz : et qui plus est, se sont renduz à immodérée auarice, en procurant par simonie, et par autres voyes illicites litigieuses et processiues, en corruption, et autrement, bénéfices, et prelatures espirituelz : Et qui plus est, souillez et occupez aux affaires citoyens (1), et es négoces et cures temporelles. Et ce premier statut départit pieça Leglise Grecque, dauec la Latine. Et la desordonnance auaricieuse des prestres, ha fait séparer les peuples de Behaigne de leglise de Romrae. Que dis ie de Behaigne, mais de Chrestienté presques toute. Car les gens de Leglise ont si auillenné par leurs coulpes, eux et leur estât, quilz sont ia desdaignez, et des grans et des menus

(1) civiles (1548).

5^ DE LA UlFFt:HE^C|i PK8 SCHISMES

du monde, et les cœurs estrangez de lobeïssance de sainte Eglise, par dissolution de ses ministres. Car comme dit est, iceux ministres ont laissé les espousailles, n^ais ilz ont repris les illégitimes vagues et dissolues luxures. le ne vueil plus auant eslargir ma parole, car tant ont telles constitutions de lieu, comme on y prend plaisir. (1)

Que apporte la constitution de non marier les prestres, sinon tourner et euiter légitime génération, pour conuertir en aduoutrerie , et Ihonneste cohabitation dune seule espouse en multiplication deschaudee luxure? Si ie disoye tout ce que ie pense, ie diroye pleinement, que la gresse

* des biens temporelz, meslee de souffre denuie, et la chaleur dambition et de luxure, ont fait leur apprest pour mettre le feu en Leglise. Mais ceste matière est de trop grande et profonde inuestigation, et la détermination douteuse, le preuAie assez (2). Si me tais atant, fors que ie prie celuy, qui nostre mère sainte Eglise ha consacrée de son digne sang, quil nen laisse ia aduenir ce quil men laisse penser. Ny ie nentens pas pourtant blasmer les preudhommes séculiers, qui de deuotion parfaite, ont donné à Leglise les possessions, car ilz sont deschargez pour monter vers Dieu plus légèrement. Et le Clergé en ha prins si grand fais, (3) et si grosse charge sur ses espaules, quil le courbe tout vers la

'terre, et le destourbe à regarder lassus aux cieux. Car lappetit auaricieux des ecclésiastiques, ha si surmonté leur raison, que leur damnation y gist manifestement et si ha fait la destruction temporelle dunchacun : Qui est et peult astre vitupère à Ihonneur vniuersel de Leglise de ça bas,

(1) La règle n'est de mise que selon le plaisir.

(2) Vapprouve assez {15AS).

(3r /au? (1528).

et au deprimement de soy, et principalement des Ecclésiastiques qui ces maux commettent. Douleur me fait ce dire, car ie suis deffié de leur dureté, qui à bien iuger approche hastiuement sur eux, en toute désespérance.

La nef qui porte trop grand voile, single en grand péril, et nulle riuiere ne dure long temps hors de son canal. Recueille par parties, ce que ie tay dit de la dignité des sacrifices, et de lindignité des sacrifians. Dont pour leur iniquité, il faut que autres lachettent et comparent (1), qui est double damnation ausdits sacrifians, et misère diuerse à autruy. Et pour ce faire brieuement par exemple, selon lordre accoustumé, prens ta preuue sur Ophni et Phinees, les enfans de Hely, et prestres de lautel, dont les sacrifices furent abominables à Dieu. Et la décision de leur cas, est traitée en la sainte escriture, comme chose passée. Mais la prophétie de Daniel reste à venir, qui désigne la venue d'Antéchrist, et le temps de persécution pour les abominations du temple, et detraction du quotidien sacrifice.

Conclusion de la tierce et dernière partie de ce présent Traicté, et de toute la substance dudit Traicté,

Pvis que toutes les choses par moy proposées sont amplement ratifiées par lautorité de maistre Alain Charretier, il eschet bien de recapituler, comment en ceste présente 'dernière partie ha esté veùe la décision finale de tous les schismes qui onques furent en Leglise : cestasauoir vingttrois en nombre. Et lapparence tresgrande du vingtquatrieme futur (laquelle chose Dieu vueille destourner par sa grâce). Parquoy me semble, que lintention de ce Traicté

(l) c.à.-d. payent.

^ti DB LA DIFFBttENCB DES SCHISMES

est assez prouueo, qui estoit de monstrer combien il y ha de différence entre Schismes et Conciles : et aussi la prééminence et vtilité des Conciles de la sainte Eglise Gallicane. Et oultreplus y sont bien clarifiez les trois poincts principaux dont est faite mention en la première partie, lesquelz ont gasté Leglise : cestasauoir, Ambition mère dauarifce : Obmission des Conciles généraux : et Interdiction de mariage légitime, aux prestres de leglise Latine. Sur lesquelz trois poincts, les trois autoritez tresautentiques dessus alléguées, ont donné fondement à ce Traicté.

Or confesse ie icy mon ignorance. Cestasauoir, que ie nay sceu tant inuestiguer, que iaye peu trouuer au vray, qui fut le premier Pape, ou le premier concile, par lequel fut faite ceste interdiction de mariage aux prestres de leglise Latine : sinon, que comme iay touché an temps du seizième schisme, que ce fust Grégoire septième, Moyne de Clugny. Les autres tiennent que ce fut beaucoup parauant en vn concile de Nicee en Bithynie, qui est maintenant Turquie : auquel statut les prestres de leglise Grecque ne voulurent consentir. Mais en la basse Alleraaigne, ilz tiennent que ce fut vn Pape nommé Calixte. Et sur ce allèguent ces vers ridicules, et barbares :

0 bone Calixte, nunc omnis clerus oditto.

Olim presbyteri poterant vxoribus vti :

Hoc destruxisti, tu Papa quando fuisti.

Ergo tuum festura nunquàm celebratur honestum.

Quoy que soit (l), cest à messieurs les Decretistes de le sauoir mieux que à raoy, car il leur touche. Mais bien

(1) Quoi que ce soit, c'est à/aire à.... car le cas leur touche (1548)«

scay ie, que du te;nps du Pape Formosus, et du Roy Loys le Bègue, les prestres estoient encores mariez. Et leur estoit licite espouser femme légitime, posé quelle fust pucelle, et non vefae pour euiter bigamie, comme de ce nous auous touché en la seconde partie, au premier concile de Vienne. Et pour dorre le pas au propos de ce présent Traicté : cest que tout le monde doit prier Dieu, quil vueiile reformer et renouueller son Eglise, tant au chef comme aux membres, par vn tresbon et tresgrand concile vniuersel de Leglise catholique. Car comme dit saint Grégoire, en ses œuures morales ; Per nullum genns hominum Deus magis irritatur, quàm per malos sacer dotes. Laquelle reformation et renouation de Leglise faite, lunion et concorde des Princes Chrestiens .sentretiendra tousiours de mieux en mieux. Et la secte des Mahomethistes, empirera et descherra tousiours iusques à la fin.

De Peu Assez,

LE TRÂICTÉ

NOMMÉ LA LEGENDE DES VENITIENS, OU LEVR CHRONIQVE ABBREGEE.

Composée par lean le Maire de Belges, à présent Indiciaire, et Historiographe de la Royne.

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