‹ Œuvres de Jean Lemaire de Belges, publiées (volume 2)Chapitre 8 sur 67 · L'ESPRIT VERMEIL · texte numérisé non relu

L'ESPRIT VERMEIL

Mon frère cher, en ces beaux lieux plaisans Tu soyes bien, et mieux que bien venu. Long temps y ha qu'il ne m'est aduenu Plaisir plus grand, que de voir arriuer

(1) naturelle.

(2) 1528 donne coinctz. Est-ce coint = joIiîOu dans le sens de juncti, unis ?

(3) rulicunde, éd. 1528. A-ton rais le féminin pour avoir la rime ?

50 SECONDE El'ISTRE

Ton noble esprit, que mort n'ha peu greuer Ains vit ton nom en mémoire et en bruit. Mais encor plus cueille ie cy de fruit, Quand ie te scay venant du lieu floury, Ou i'ay long temps en ioye esté nourrj : C'est du palais illustre, cler et riche, Qui tient Bourgongne vnie auec Austriche. Si te diray (puis qu'amour m'y semond) Comment iadis l'Archiduc Sigismond, Oncle à César Maximilianus, Me tint bien cher en ses plaisirs menus : Et tant prisa ma mignotise gaye, Que pour don riche, esmu d'amitié vraye, Il m'enuoya à treshaute Princesse Pour lors viuant de Bourgongne Duchesse, Ta dame et mère amiable Marie, (1) Dont le trespas feit mainte ame marrie : Laquelle ayma d'amour tressinguliere Mon caquet doux, ma couleur nouueliere.

Puis en la fin ploura la mort dolente Que ie receus, par l'œuure violente Des cruelz dents d'vne fiere lennette, 2) Comme tu as d'vn leurier deshonneste.

Si sommes nous (quand bien i'y ay pensé) Tous deux égaux, et mesmement en ce Que i'ay serui la mère noble et iuste. Et tu la fille illustre, clere, Auguste. Parquoy viurons ensemble en ioye eterne, Sans plus passer l'infernalle cisterne.

Si aymerons ces chastes tourterelles.

Et tournoirons bien souuent entour elles :

(1) éd. 1528 : ta noble mère amyable.

(2) fouine féroce (la genette).

DE l'amant VëRD. 3t

Et nous ioûrons sur fleurs et sur herbettes. Doucettement auec les Colombettes .

Ne voicj pas bien belle compaignie.

Pour s'esiouyr en plaisance infinie?

Premièrement tu voix le Fenix noble Vestu d'asur, d'or, de pourpre, et cynoble : Faisants bien peints, Pellicans solitaires, Simples Coloms, Arondes salutaires :

Rossignolets doux et mélodieux, Et Chardonnets d'apprendre estudieux :

Coqs libéraux, (1) hardis et diligens.

Serins, Tarins, qui sont plaisans et gents, Merles faitis, Gelinettes vtiles, (2) Cygnes tous blancs, Aloettes gentiles, Grues veillans à leurs tours ordinaires ; Aigles royaux, Cicongnes débonnaires :

Et autres cent espèces d'oiselets, Tous vertueux, (3) iolis et gentelets, Qui sont ioyeux de la venue tienne.

L'AMANT VERD. I

Lors ie luy dis : Seigneur, Dieu te maintienne,

Et eux aussi, en ioye et en liesse.

Si les requiers, au nom de ma Déesse,

De ma Princesse, et dame redoutée,

Qu'vne chanson noblement soit chantée.

A peine eus ie ce mot hors de mes leures,

Que les marteaux de vingt ou trente feures

N'eust on ouy, batans sur leurs enclumes :

(1) libéraux, c.-àd. francs, indépendants, hardis.

(2) Un des noms vulgaires de la gelinotte ou poule d'eau.

(3) pleins de verve.

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