‹ Œuvres de Jean Lemaire de Belges, publiées (volume 2)Chapitre 9 sur 67 · SECONDE EPISTRE · texte numérisé non relu

SECONDE EPISTRE

Car les ojseaux de tant diuerses plumes, Diuersement vn motet entonnèrent, Et si tresdoux âageolans iargonnerent, Qu'impossible est noter leurs chansonnettes, Et leurs motets tant beaux et tant honnestos. Lune partie au bas barjtonna, Et l'autre après vn haut contre entonna : Les cleres voix fort bien diminuèrent, (1) Et les teneurs leur train continuèrent.

Brief, tant y eut de grâce et mélodie. Qu'à peine est nul qui bien l'exprime ou die, Tant que les vaulx âouris en resonnoient, Et les rochers le doux son redonnoient. Puis quand cessa le tant amoureux bruit, On banqueta de maint précieux fruit.

Dont tu n'as point de pareil en ce monde Auquel tu es Princesse pure et munde.

Et si but on en la clere fontaine.

Dont la liqueur excellente et hautaine Se rend icj, par argentines buses, Du vray sourgeon de celles des neuf Muses. Tout cecy fait, le noble Papegay Vestu de pourpre, illustre, gent et gay, Me feit congnoistre, et me monstra de veue De tous costez la champaigne pourveiie De mille oyseaux, et d'animaux gentilz.

Par leurs vertuz paissans en ces pastiz. (2) Entre lesquels, leans trotte et ambulle Le Passeron de l'amie Catulle,

(1) diMinutndo opposé à crescendo, ou moduler ? Dans Palsgrave, je diminue, y finger, y handle an instrument of musyke. Les teneurs sont les ténors. V. Ducange, ténor.

(2) pasdz, éd. 1528.

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Lequel (quand mort s'en fut à tort saisie)

Fut déploré par noble poësic.

Aussi y est l'Oje du Capitole

Et le Corbeau, que Pline tant extolle :

Car parler sceut, comme font les humains.

Le Gerfault blanc du haut Roj des Rommains, (1)

Tant estimé qu'à peine est qui le croye :

Voire et trop plus que nul oyseau de proye,

Qui onc entra en ce noble repaire.

Aussi y est de tourtres vne paire,

Qu'on présenta par iuste occasion.

Quant lesus print sa circoncision.

Et le bon Coq, qui saint Pierre aduisa

De son mespris, dont grand los et prys ha.

Et le Coulon de prudence naïue.

Qui rapporta la branchette d'Oliue.

De Charlemaigne vn Aigle fort insigne,

Bien haut volant. Et de Cleues le Cygne.

Le Porcespic de gloire Orleanique,

Et la tresriche Ermine Britannique. (2)

Et oultreplus dessus les fleurs doucettes,

Vont voletant les Eps (3) et les mouchettes.

Qui à Platon en son berseau dormant

Allèrent miel en la bouche formant.

Aussi y ust l'autre Mouche honnoree,

Tant noblement par Virgile plouree.

Si vont sautant et faisant vireuoustes, (4) «

(1) Le faucon blanc, le premier des oiseaux de la fauconnerie, d'après Buffon. On attribuait au grand chasseur Maximilien le traité sur la chasse, le Weiss-Konig de 1512.

(2) V. les armes de Clèves, de France et de Bretagne.

3) abeilles. On trouve : e, ee^ «/, ei, eep, ep, ex, ape, abe, hé, tontes transformations de apes.

(4) Corruption de virevolte ; se trouve dans M°»* Du Deffant comme dans Perce/orest.

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Parmy ces prez, les tresdignes Langoustes, (l)

Dont le l)on saint, qui lesus baptisa

Seul au désert, toute sa vie vsa.

Et oultreplus, est cy viuant en gloire

Le bon Camel, digne de grand' mémoire.

Duquel la peau ce mesme saint vestoit.

L'asnesse aussi qui la vierge portoit,

Auec le Bœuf, qui son céleste enfant

Fut en la cresche à mjnuict reschauffant.

L'aigDoau pascal, le Mouton dont lason,

Conquerre alla la tresriche Toison.

Lours de saint Vaast, le pourceau saint Antoine,

Le sage Chien, propice et fort ydoine,

Qui apportoit à menger à saint Roc.

Et l'Ourse aussi, qui mourrit en vn roc

Le preux Ourson. (2) Et la Louue bénigne.

Qui excusa (3) nourrisse féminine

Au fondateur de la cité de Romme.

Encore y est le Lyon saint Hierome.

Et de saint George aussi le bon Cheual :

Le fort Montaigne, et le fier Bucifal.

Sauoie aussi le Coursier du Roy Charles,

Que meilleur n eust, de Romme iusqu'en Arles.

Aussi, pource qu'il estoit noble et bon,

Honnoré l'ha madame de Bourbon. (4)

Et roux Bayart, qui n'est plus en Ardenne,

Princesse illustre. Et si le ne te tenne (5)

(1) Sur les côtes de Normandie, les crevettes sont encore appelées sauterelles.

(2) V. le roman de Valentin et Oi'son. Lyon, 1489.

(3) exclure, exempter, remplacer, mettre hors de question.

(4) Anne de Beaujeu, sœur de Charles VIII.

(5) tannare, faii*e de la peine. En wallon, tené, et dans Marot tenner = tanuer le cuir. '

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fin dénombrant les autres bestelettes

Qui sont céans, viuans des herbelettes

Souef flairans, douces, aromatiques,

Sauoir te fais par raisons autentiques,

Que droit cj sont par leur bien et mérite

Les Aignelets de sainte Marguerite,

Et les brebis, qu'elle gardoit aux champs.

Aussi y sont sur fleurettes couchans

Les deux beaux Cerfz, chassez comme il appert,

Par saint Eustace et monsieur saint Hubert.

La noble Biche aussi les accompaigne,

Laquelle estoit à Sertore en Espaigne.

Et un Leurier plein de toute vertus,

Bien congnu l'as, il s'appelloit Brutus. (1)

Encore y est (sans qu'elle s'en repente)

De Lusignen la tresnoble Serpente,

Mère iadis de Princes et de Roys.

Si n'ot on point, ne noises ne desrois,

Bruit tempestis, ne tumultes difformes,

Entre animaux de tant diuerses formes.

Que dis ie tant ? voire encor plus sans nombre

Que ie ne conte, et que ie ne dénombre,

Ains viuent tous en paix comme ie dis.

Or ay ie esté dedens ce paradis

Assez long temps, Princesse de haut prys,

Sans que Mercure amenast nulz esprits

Parqoy de toy quelque nouuelle sceusse.

Et comme donc de ce plaisir ie n'eusse, v

Vn iour aduint, qu'en estant sur la riue

Que la mer bat, tranquille, clere et viue.

Et regardant le Dauphin tant priué,

(1) Plus haut, il est questioa de la levrette Brouticque « tille à Brutus. »

fPH &KCONOÇ ^ISTRB

Par qui iadis Arion fut sauué, le vois venir (ainsi Dieu me cooserue) Tout le beau pas, vn Cerf et vne Cerue, leunes, iojeux, plai.sans et esueillez, Portaus aux colz beaux coliers esmaillez De ton blason (dame de haut parage).

Lors tout esmu de cœur et do courage, Du souuenir que de toy me venoit, . j^, le saluay celuj qui les menoit.

C'estoit Mercure, amoureux et prospère,

Lequel me dit : Que Dieu, qui tout tempère

Dieu qui tout voit, qui t'ayme, et te chérit.

Ha inspiré ton tresnoble esperit,

Et donné grâce à ton cler et vif sens,

De mettre accord (par moyens bien décents)

Entre tous Roys Chrestiens, Ducz et Princes.

Parquoy tu es en toutes leurs prouinces

Dite à bon droit, la Princesse de paix,

Aymant les bons, et chassant les mauuais.

Fleur de consaulde, (1) odeur aromatique,

Gemme de prys. Perle Margaritique,

Trésor d'amour, Précieux vnion,

Mettant par tous concorde et vnion.

Et pour tout dire, il n'y ha nul au monde,

Qui n'ayme ouyr ta renommée munde.

Tesmoing en est (à fin qu'autres ie passe)

La noble Ermine, en richesse oultrepasse,

La dame illustre, et portans sceptre en France,

Laquelle eut dueil de ma grieue souffrance.

Anne est son nom, des Bretons grand' Duchesse :

(1) de conseil. — Union, c.-à-d. perle de diplomatie. Ne dirait-on pas une allégorie sur la Paix des Darnes^ bien que la chronologie s'oppose à cette conjecture ? ' ' •

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Anne aux François bienheureuse Princesse. Certes mon cœur à son honneur se tire Veu qu'elle eut dueil de mon dolent martire. Et scait eneor (ne s'en faut vn parraife, Comme, par cœur) mon dolent epitaphe.

Non, que pour moy, ne que pour ma value, (Ce scay ie bien) la mienne Epistre ayt leiie : Mais en faueur de toy, en ton amour Pitié l'ha meu d'estimer ma clamour.

Or vous doint Dieu, toutes deux longs seiours En heur prospère, et en fin de vos iours (1) Monter lassus au paradis céleste, Gomme au terrestre, icy suis, sans moleste. Icj prend fin le mien iojeux escrire.

Dont on verra plusieurs gens assez rire.

(1) « en la fin de vos jours. » A la façon de son disciple Marot, il badine et flatte Anne de Bretagne aussi bien que Marguerite d'Autriche.

Fin de la seconde epistre.

De peu assez. Le Maire de Belges,

^iwiotfi sàTa».,8iiw!

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