DE JEAN LEMAIRE DE BELGES. XI.VII
on pas aussi inventé une lettre de Mahomet II, le vainqueur de CoQstantinoplo, se réclamant d'Anténor, aussi bien que les Padouans ?
Le chanoine Audigier (Traité sur l'origine des Français, 1676) affirme que Clovis déjà croyait à cette origine classique. Leibnitz soupçonne qu'elle dérive de tout ce qu'on a lu dans la chronique de Prosper Tiron, à la fin du IV" siècle. Une charte de Dagobert porte : ex noUlissimo et antiquo Trojanarum reliquiarum sanguine nati, ce que reproduit en d'autres termes une charte de Charles-le-Chauve. Pas un moine- chroniqueur qui ne s'incline devant ces traditions, que VAnno-Ued de 1085, rappelle par les mots : « Die trojanischen Franken. » Guillaume, abbé de S^ Trond se vante d'avoir vu Gerberge, petitefille de Priam en l'an 980.
Quoi d'étonnant, en somme ? Ces âges sans critique révéraient « Rome la grant » comme la source de toute clergie. Un poète ancien, on le voit encore dans Lemaire, avait autant d'autorité que César ou Hérodote. Puisque les Romains affirmaient la descendance troyenne des Arvernes, des Massaliotes et d'autres Gaulois, pourquoi ne pas tout simplement universaliser cette donnée ? Rome elle-même dérivait de Troie ; elle était fière d'être le séjour des Aeneadae, comme on disait dans les fables officielles (1). Les Césars s'appliquaient ce que Timée, Timagène et d'autres grecs avaient imaginé pour flatter les
(1) Patin, Études de litt. latine II, 194. — Cf. Fléchier, Mémoires sur les grands jours, p. 44 : « Le président de Novion dit que les gentilshommes d'Auvergne sont issus du sang des Troyens et des Romains. » Sylvestre de Sacy déclarait encore regretter qu'on ne s'en itnt pas à notre origine troyenne et à notre bon roi Francien fils d'Hector et fondateur de la monarchie française.