‹ Œuvres de Jean Lemaire de Belges, publiéesChapitre 18 sur 44 · XI.VIII NOTICE SUR LA VIE ET LES ŒUVRES · texte numérisé non relu

XI.VIII NOTICE SUR LA VIE ET LES ŒUVRES

Romains qui dès 250 avant J.-C. (sinon plus anciennement) avaient proclamé cette noblesse homérique. Le prestige d'Homère avait été partout si éblouissant que déjà vers l'an 600 Stésichore chantait aux Siciliens les voyages d'Énée en Occident.

Et, dans la littérature française, Jean de Meung, peut-être, avait composé sur la Destruction de Troye la Grant un poème d'où Jaciiues Millet tira son Mistère de 1463. Le temps n'était pas encore venu où André Thévet (Cosmographie universelle, 1575) osera dire : « C'est se moquer et tordre le nez à l'histoire de feindre de tels bastisseurs. »

Les Illustrations, dit Gaston Paris (Hist. poétiq. de Charlemagne) sont le couronnement de cette longue infatuation classique, de cetta manie gréco-latine. Mais Lemaire prétend faire œuvre de réaction originale. Il oppose gravement Dictys à Darès pour discréditer les inventions romanesques qu'il attribue à Guy de Columna, juge mossinois du XIIP siècle et qui n'est que l'arrangeur, le desrimeur du Roman de Troye de Benoit de S*« More (1). Faut-il regretter que notre poèt'^ n'ait pas connu le trouvère tourangeau? Certes, avec sa douceur courtoise, il eût été choqué de la brutalité avec laquelle le prince Hector, en vrai chevalier du XIP siècle, traite Andromaque qui, d'ailleurs, apparaît comme une virago de la dernière classe du peuple. Lui, qui se délectait, faute d'hellénisme, à la lecture de la prose latine de Laurentius Valla (2), n'y aurait plus reconnu les belles scènes de l'Iliade, ni celle des Adieux, ni celle des supplications suprêmes de Priam et d'Hécube.

Au surplus, dans le roman de Paris et Oenone qui forme la plus grande partie du 1" livre pour ne finir que fort avant

(1) Benoit de Ste More et le Roman de Troie ou les métamorphoses d'Homère et de l'épopée gréco-latine au moyen âge par A. Joly, prof, à la faculté des Lettres de Caen. Ouvrage couronné par l'Acad. des Inscriptions et B. L. Paris, Franck, 1871.

(2) Homeri poetarum supremi Ilias per Laur. Vall. in latinum sermonem traducta foeliciter incipit. Romœ, 1497.

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