‹ Œuvres de Jean Lemaire de Belges, publiéesChapitre 19 sur 44 · L NOTICE SUR LA VIE ET LES ŒUVRES · texte numérisé non relu

L NOTICE SUR LA VIE ET LES ŒUVRES

dans le second, la transformation poétique est toute autre. Elle reflète la grâce et la flnasse des cours de Marguerite et d'Anne de Bretagne. Le style est d'une douceur élégante qui annonce Amyot et l'Astrée. A partir du chapitre XX, par des pentes ombrageuses, gazonnées et doux fleurantes ^ comme dira Montaigne, nous arrivons à cette prose poétique, « dulcifluente » et de rotondité sonore qui débute vaguement dans Henri de Valenciennes pour s'italianiser dans Christine de Pisan, se cadencer cicéroniennement dans Alain Chartier, Gerson et se surcharger, se compliquer ambitieusement dans le bourguignon Chastelain (1).

Cette idylle qui précède la tragédie troyenne peut être considérée comme le premier modèle de ces récils pastoraux qui eurent tant de vogue jusqu'à la fin de l'ancien régime. L'auteur n'a pourtant pas songé à Théocrite, très peu à Virgile ; il s'est inspiré de préférence des Héroïdes d'Ovide et de ses deux naïfs commentateurs Ubertin et Antonin Volsc.

(1) « En prose tu pourras poétiser aussi :

Le grand Stagiritain te le permet ainsi. » (Vauquelin de la Fresnaye, l'Art poétique françois, cb. II, v. 261-2).

On s'étonne que M. Pellissier (le Mouvement littéraire au 19« siècle 1889, p. 64) ait pu dire si catégoriquement : « Chateaubriand a ce secret du nombre et du ryihmo que notre prose avait toujours ignoré. »

Il est toutefois visible qu'il a voulu se conformer à quelque pensée secrète de Marguerite quand il parle de la « fructueuse substance contenue sous l'escorce des fables artificielles. » Malgré une certaine liberté de détails amoureux, tels que les permettait l'état d'âme du XVP siècle, il faut bien reconnaître que le roman aboutit à un panégyrique de l'honneur conjugal. Or, si nous remarquons que le jeune archiduc Charles est désigné dans ce texte « nostre beau Paris Alexandre qui sera plus tard un Hector », qu'est-ce qui nous interdit d'y reconnaître comme une sorte de Télémaqwe allégorique, à l'usage du futur Charles-Quint, déjà âgé de neuf ans ? (1)

Tantôt il chante les bienfaits de la paix, tantôt il énumère les pèlerinages de Xerxès, d'Alexandre, de César, de Constantin, etc. aux ruines de Troie « pour servir à lenhort et admonestement de nos princes chrestiens contre les Turcs » tantôt enfin il décrit avec une complaisance significative tous les exercices propres à développer les forces physiques, comme s'il plaisait aux idées pédagogiques du gouverneur de Chièvres- Chimay (2). Un berger, qui ressemble à celui de Longus, prend

(1) On voit, par la Correspondance (Leglay) combien Maximilien et Marguerite s'occupent de cette éducation. Cf. Henné, Hist. de Charles-Quint II, 72.

(2) A cette époque, le jeune archiduc Charles est roi du tir des coulevriniers de Malines, du Grand-Serment de lArbalète à Bruxelles et de celui de V Arc (Handbogen) à Malines. Son frère puiné, Ferdinand, était élevé chez son aïeul en Espagne.

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