‹ Œuvres de Jean Lemaire de Belges, publiéesChapitre 20 sur 44 · MI NOTICE SUR LA VIK ET LES ŒUVRES · texte numérisé non relu

MI NOTICE SUR LA VIK ET LES ŒUVRES

soin de quatre enfants qui sont comme la préfiguration de Charles, d'Éléonore, d'Isabelle et de Marie, les quatre enfants de Philippe le Beau mis sous la tutelle de Marguerite ; on pense aussi bien souvent à Télémaque chez Admète. La rencontre d'Oenone et de Paris au 24^ chapitre, semble un premier essai de Fénelon. A la douceur du style s'ajoute encore la morale spiritualiste.

Le Jugement de Paris est un épisode à étudier pour saisir au vif réclosion de la pensée du XVP siècle. C'est évidemment une partie capitale et soignée cou amore. Outre le coloris à la Rubens et les grandes figures d'une magnifique tapisserie mythologique de Bruxelles, on y retrouve les naïfs souvenirs du moyen âge qui moralisait tout, jusqu'à trouver de la théologie dans Ovide.

Pourquoi Lemaire accumule-t-il ici toutes ses richesses même incompatibles ? Pourquoi, après le réalisme le plus hardi, le platonisme le plus subtil? Pourquoi' tant de beaux discours, tant de conversazioni à la florentine et presque à la Scudéry ? Pourquoi cette musique du doux coulant ramage et ces ravissantes gentillesses d'un paysage réellement pastoral ? (1).

C'est que le moment psychologique a sonné : il faut « prester ascout » à la haute leçon qui doit un jour sauver Charles d'Autriche. (2) Le voici l'arbitre des trois déesses, c'est-à-dire, des

(I) « Il est certain que les plus riches traits de cette belle hymne que nostre Ronsard fit sur la mort de la royne de Navarre sont tirés de luy, au jugement que Paris donna aux trois déesses. » Eslienue Pasquier, Recherches de la France, livre VII, chap. V.

(II) J. Wey (Hist. des révolutions du langage en France), n'a pas vu que l'hilippe de Maiziôres, par son Songé du viel jjelerin, était le précurseur de Lemaire. Même intention d'allégorie pédagogique (pour Charles VI), même ampleur périodique. Il était fort prisé par le cardinal Du Perron.

trois partis à prendre. Oublions le Charles-Quint réel, celui que ni Vives ni Erasme ne purent diriger, celui que Vacca et Adrien endoctrinèrent trop à la Sénèque et à la Burrhus (1) tandis que Chièvres n'en eiît voulu faire qu'un soldat.

« Le doux vent Fauonius, qui souffle d'Occident et fauorise aux boutons sortans des branches des arbres, faisoit cresper doucettement et figurer multiformement la partie superficielle des nobles undes du Scamander. Et le tresbel Alexandre se delectoit à ouvr le chant des oiseletz, qui decoroient la fresche

matinée de leurs harmonieuses chansonettes » Toute la

nature est en fête printanière et se prépare à recevoir les Olympiens qui doivent assister aux noces de Thetis et de Pelée, où la Discorde jettera a la pomme d"or » entre Junon, Pallas et Vénus. Ganjmède prononce un discours pi'écieux et solennel comme Jean d'Auton en mettait alors en ses royales chroniques. Mercure est plus fin, plus trouveur de vocables rares.

A remarquer l'argument que l'auteur donne de son 31° chapitre. « Recitation des oraisons et des offres faites à Paris^ Alexandre, par les deux puissantes Déesses .Juno et Pallas. Avec explication totale de leurs habits, aornemens, valeurs et puissances. Esquelles choses qui bien y voudra viser, on peult

(1) Il ne dit, il ne fait que ce qu'on lui prescrit : Burrhus conduit son cœur, Sénèque son esprit (Racine, Britannicus).

Encore en 1516, Alonzo Manrique, qui fut plus tard archevêque de Séville, écrivait : « Notre prince a d'heureuses dispositions, mais on l'élève mal. II devrait avoir plus d'entregent. Il est trop conduit, il n'agit et ne parle que d'après autrui. Il a près de dix-sept

ans; n'est-il pas temps qu'il agisse spontanément? » (V. les

jugements des diplomates dans le !«■• vol. de Hermann Baumgarten Geschichte Karl's V. (Stuttgart, 1885). — Cf. Varillas, La pratique de l'éducation de Charles-Quint. Paris 1689, 2 vol.

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