‹ Œuvres de Jean Lemaire de Belges, publiéesChapitre 2 sur 44 · DE JEAN LEMAIUE !)E BELGES. III · texte numérisé non relu

DE JEAN LEMAIUE !)E BELGES. III

par k'S Iconoclastes, puis par Tureime, on pouvait mieux encore que le jésuite Boucher [Belgium romanum) constater opus sane miràbile planeqite romanum quoi nos aliquoties diuiiusque, magna animi voluptate nec minore admiratione consideravimus.{\)

« Si Trêves, dit Sehajes (II, 412) peut se vanter de posséder la seule basilique qui existe encore en deçà des Alpes, Bavay, à son tour, présente le seul cirque subsistant de nos jours dans toute l'étendue de l'ancienne Gaule. » Des traces de temples, de palais, d'aqueducs, de bains, d'hypocaustes, de murs en blocaille, de tours rondes, de tombeaux, des médailles, des monnaies, des inscriptions, des pierres gravées, des mosaïques, des vase>, des tuiles, explinuent surabondament pourquoi tant de légendes hantaient ce pays. Si peu qu'il y ait vécu, Lemaire en a senti l'obsession, l'hypnotisme.

Ronsard (préface de sa Franciade) nous dit : « Tout homme dès le naistre reçoit eu l'ame je ne scay quelles fatales impressions qui le constraignent suivre plustost son destin que sa volonté. » Mais ici destin et volonté se confondent, car tout nous permet d'affirmer que Lemaire, comme il aime à le redire, fut de bonne heure poussé vers les études romaines. Sans doute, c'est à Valenciennes qu'il les fit sous la conduite de Molinet, son oncle et son parrain, mais Valenciennes n'était qu'à trois lieues de Bavay et n'offrait pas moins de suggestions classiques. Avec un esprit tout Imaginatif les ruines se relèvent, et se repeuplent à miracle. Valenciennes, « bonne et franke ville d'Empire », ne lui rappelle que Ffl^e^^ïfl et l'empereur Valentinien. Le souvenir de l'indiciaire Chastelain, mort à la SalIe-le-Comte

(1) Aegidius Bucherius, recteur du collège de Liège, y publiait cette œuvre en 1635.

IV NOTICK St'il LA Vli: EV LES UIUVRES

en 1175, s'Iiarmonisait avec ces préoccupations de grandiose (1).

Le jeune poète romanise son nom, tantôt Mairius, tantôt Marins, quelquefois Major, à moins qu'il ne signe Eriamel par anagramme. S'il concourt aux ballades du Puj de l'Assomption (M. D. de Valenciennes), il cherche déjà comme le lui reproche Palsgrave, les mots de Renaissance. On dirait que le puy lui rappelle le podium des Césars. Son état d'âme ne se ressent à Valenciennes d'aucun des grands souvenirs du mojen-âge, ni de la chanson des Loherains, ni de Baudouin IX, ni de Henri VII, ni de Beaumont, le parangon de chevalerie, ni d'Artevelde, éloquent dans les deux langues du pays (2).

Lui, en sait deux aussi, mais c'est le latin et le français. Plus tard, il connaîtra toutes les finesses de l'italien. Bien qu'il reconnaisse que la Belgique est àla fois « ThyoiseetVualonne » (3) (comme il écrit malgré la prononciation française), il ne paraît pas avoir su beaucoup de flamand (4). Sans doute, son protecteur Maximilien recommandait cette langue, par exemple pour

(1) A. Dinaux, Archives du nord, 3* série, t. IV, 334. — On lit dans la Chronique Annale de Lemaire : « En la Salle-le-Comte en laquelle en ma première jeunesse j'avais chanté Benedicamus. »

(2) Quant à Froissart, il ne verra guère en lui le chroniqueur, mais l'aimable facteur du Temple donnour et des Pastourelles.

(3) Raoux (Mém. sur l'origine des 1. flam. et wallon, p. 91) cite ces lignes de Lemaire pourprouverqu'il prend encore le mot î^jaZ^ow dans sa plus grande extension : « Et de ladite ancienne langue wallonne ou rommande, nous usons en nostre Gaule Belgique, c'està-dire en Hainault, Cambresis, Artois, Liège Namur, Lorraine, Ardenne et le romraand Brabant » (Illustrations, 1. 3). Vauquelin de la Fresnaye (Ar^. poétique) dit :

Orl'Vualon estant tout le premier vulgaire. »

(4) M. Thibaut (Thèse de 1888) argue à tort de ce passage de la 1" Epistre de VAmant verd :

« Tant en François comme en langue Flamengue, En Castillan et en Latin aussy. »

l'éducation de Charles Quint (I). Lemaire lui-même, en sa Chronique, était obligé de constater que c'était, en Flandre, la langue officielle des serments solennels. Néanmoins, comme on verra, l'influence française fut trop profonde pour n'être pas absorbante et exclusive. Peut-être a-t-on supposé sa connaissance du flamand, en croyant devoir lui appliquer ce que Guichardin [Descrhione de Paësi Bassi, 1567) dit à propos de Bavais Val- Une : « La plus part des hennuiers apprennent aussy la langue flamande de leurs voisins. » (trad. du XVI* s.)

(1) Leglay, Corresp. de Max et Marg. Il, 173.

A )a Salle-le-Comte de Valenciennes, bâtie par Baudouin IV comte do Flandre et de Hainaut, Jean Molinet, alors indiciaire de Bourgogne (vers 1485), chanoine et agrégé du Puj de Rhétorique aimait à régenter le plus jeune de ses neveux qui devait être « son loingtain imitateur ». L'autre, qui mourut dans la guerre de Gueldre, ne reçut qu'une éducation militaire (1). Jean, qui avait le feu sacré, s'exerça avec une précocité dangereuse aux plus subtiles inventions rytlimiques recommandées par Molinet dans son PeAit traictèe compillé â l'instruction de ceulo) qui veulent apprendre Vart de rhétorique (B. N. fr. 2375).

Le puy de Valenciennes presque aussi ancien que celui d'Arras, chef d'ordre de la Flandre, avait dû populariser les <( patrons, exemples, couleurs, figures et tailles de dictiers » comme on les paragonnait déjà dans les traités d'Eustache Deschamps et de Henri de Croy. Rondeaux de toute facture, virelais, fatrasies, baguenaudes, ballades aux rimes les plus insensées, servantois, chants royaux aux épithètes les plus ronflantes, voilà ce quelejeune disciple dut pratiquer pour complaire à son protecteur Molinet « tatit la fleur comme la farine, telle quil a seu tourner entre ses meulles. »

(I) V. notre t. IV, p. 394. Molinet né à Desvres (Boulonnais) avait été marié à Valenciennes. (Archiv. du Nord I, 212).

DE JEAN LEHAIRE D£ BELGES. Vil

Un ami de Molinet, Guillaume Crétin (le Raminagrobis de Rabelais ?) atteste cette éducation minutieuse dans ces vers :

Dont Molinet qui tavoue à parent Acquiert honneur, bruyt et loz apparent Veu que soubz luy tu as si bien appris Que ton labeur. vault estre mys à prix. (I)

Cet « art de rhetorieque vulgaire ou rigmicque » fut" pour le jeune vuallon, comme il aimait à dire, une seconde fatalité, une autre hantise. Il faut lui en tenir compte à la lecture de ses œuvres de jeunesse ou de sénilité. Ne pas oublier, non plus, quand il balbutie sa critique des origines troyennes, que Rabelais , Bonaventure, Desperriers et Sorel lui reprochent avec tant de malice, (2) que l'impressionnable écolier de Valenciennes a dévoré le roman pseudo-historique de Jacques de Guyse, soit dans le manuscrit latin conservé aux Frères Mineurs, soit dans la traduction bourguignonne de Simon NorkaH (3). Il a été comme ensorcelé par ce titre : Illustratmis de la Gaule Belgique, antiquitez dn pays de Haynau et de la grand cité de Belges, à présent dicte Batay dont procèdent les chaussées de Brunehault.

Était-il encore à Valenciennes, au retour de Marguerite d'Autriche (13 juin 1493) lorsque les corps de « stiles et mes-

(1) V. notre t. IV, p. 188.

(2) Ch. Leber, Collecti'on des meilleures dissertations, etc. tom. l", p. 36 (1838) cite de Desperriers ou do l'auteur du Discours non plus t7iélancoUque que divers, ces mots : « Jean de Viterbe, et un autre jj/M5 que frère Jean, surnommé le Maire, etc. » C'est parce que Lemaire se targuait d'avoir, en quelque sorte, découvert knnius de Viterbe, le trop fameux auteur des Antiquitates.

(3) Biogr. Nationale VIII, 847.

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tiers » reçurent, avec tant de processions, de jeux historiés et de « mistères » la blonde daupliine que la politique française venait de l'aire répudier ? Qu'ily fût ou non, Lemaire avait, dès sa prime enfance, appris à vénérer « la très superillustre princesse, fille unique de Cesarauguste Maximilian. » C'est ce qu'il convient de retenir quand on rencontre eu ses écrits tant de locutions apothéotiques. Qui sait, d'ailleurs, si les élans césariens de lEnéide, son premier livre de chevet, n'ont pas achevé de le griser d'hyperboles ? (1)

(1) En sa Chronique Annale (IV, 481) il aime à peindre cette adoration qu'il trouve surtout à Valenciennes « Je ne scay quel manière de faire plus apparaissant, plus appropriée et mieux

démonstrative » Plus loin (484) il compare Marguerite « à la

belle aube du iour quand elle ranime les splendides rayons du soleil après la nuyt froide et umbreuse. »

Dans sa Chronique, Lemaire rappelle que Henri de Berghes, évêque de Cambrai et chancelier de la Toison d'or, lui donna la simple tonsure. C'était vers 1493. L'évèque avait alors Erasme pour secrétaire. Molinet qui, sans doute, avait étudié à Paris, y envoya son disciple, très heureux, plus tard, de célébrer cette aima mater, nourricière des grandes écoles dEurope : « De laquelle jay principallement sucé tout le tant, combien que peu, du lait de littérature qui vivifie mon esprit. » (Illustrât. III).

C'est probablement au bout de deux ans de philosophie qu'il obtint le bonnet de maître-ès-arts. Parmi les artiens, il appartenait à la Nation de Picardie (2« province : Cambrai, Liège, Utrecht, Tournai). (1).

Le livret des Juvenilia (B.N. n" 4061 des Nouv. Acq. franc.) nous le montre à Villefranche en 1498. Peut-être était-il dès 1496 dans la capitale du Beaujolais, à la suite d'une recommandation de Molinet à Crétin, à Jean Perréal, peintre valet de chambre de Charles VIII on plutôt à Jean Robertet, secrétaire du Roi et du duc de Bourbon et grand admirateur de Chastelain. Lemaire, nommé clerc des finances au service de Pierre II, époux d'Anne de Beaujeu, était par là-même au service du roi de France. On sait l'importance politique de Madame la Grande, comme l'appelait le peuple. (2) Le duc

(1) A. Dinaux, Archives du Nord, 3« série III.

(2) P. Pélicier, Essai sur le gouvernement de la dame de Beaujeu (Chartres, 1882].

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