X KOTICE SUR LA VIE ET LES ŒUVRES
Pierre, frère du prince-évèque de Liège, Louis de Bourbon, était, malgré la polique, un grand zélateur des lettres nouvelles, comme les Robertet qui l'entouraient. (1) Il aimait aussi les artistes qui, à travers la Renaissance subissaient l'influence flamande. Elle leur venait peut-être de la Franche- Comté, par la Saône qui séparait le Beaujolais royal du Beaujolais « en la part de l'Empire. » (2)
Ce beau pays séduisit tout d'abord le jeune poète. Encore en 1509, il écrivait à Marguerite dAutriche :
« Là, es marches circonvoisines du Bourgoigne, cest assavoir Lyonnois et Bourbonnois, où ma petitesse s'est premièrement eslevée, jay tousjours trouvé amistié, crédit, faveur, recueil et
humanité, autant ou plus que nul autre jeune estrangier »
On dirait qu'il a inspiré à Marot, l'un de ses disciples, ce quatrain enthousiaste :
C'est un grand cas voir le mont Pelion Ou davoir veu les ruynes de Troye, Mais qui ne voit la ville de Lyon, Aucun plaisir à ses yeux il n'octroye. (3)
(1) De la Mure, Hist. des ducs de Bourbons et des comtes de Forez, t. III, passim (éd. Chantelauze). Les sires de Beaujeu criaient : Flandre ! (III, 39).— Chasiellain (éd. Kervyn, t. VIII, 347.
\i) Eugène Mûntz (Revue des deux Mondes, 1" avril 1886) : « L'école florentine et l'école flamande se partagent au XV« siècle l'empire des arts La supériorité des Flandres est écrasante. »
(3) Abraham Gôlnitz (Ulysses gallico-belgicus) dit : « Cette ville est le boulevard de la France. S'il y a au monde un endroit où se trouvent rassemblés tous les vénérables débris de l'antiquité, statues do dieux et de princes, insct'iptions,tonibeaux, théâtres, bains, thermes, aqueducs, «îtc, cet endroit c'est Lyon, la Florence ultramoiitaine, un Francfort, une ville d'affaires et un grand marché de livres.
A quelques lieues de Villefranche, était Lyon, vraie rivale alors de Paris. (1) C'était un centre plus à portée de l'Italie, nécessaire foyer de la Renaissance. « Si le centre du monde civilisé, dit Elisée Reclus, était resté en Italie, Lyon aurait probablement gardé son rang de ville principale des G-aules. » (2) Les .allemands y avaient fait prospérer l'art de l'imprimerie, les Italiens celui des tissus de soie. Cette ville, un peu cosmopolite, accueillante, hospitalière, prodiguait les fêtes dispendieuses, comme bientôt Anvers allait le faire. Louis XII en vint même à redouter cette prodigalité.
Lyon était pour Lemaire « le second œil de France. » Il y était souvent appelé à la suite de son maître qui y visitait son frère, Charles, le Cardinal de Bourbon ou accompagnait le roi de France quand il préparait une campagne d'Italie. Grâce à Perréal, surnommé Jehan de Paris (3), l'homme de confiance du roi aussi bien que du consulat, le directeur de toutes les fêtes, l'organisateur de la corporation lyonnaise « des peintres,
(1) Il faut voir, dans la lettre de H. Fournier à S. Champier l'enthousiasme des Lyonnais pour Lemaire (V. note IV,i29). — Le Cymbalum mundi dit : Lyon = Athènes.
(2) Elisée Reclus, Nouvelle géographie Universelle, II, 348. Cf. St« Beuve, Portraits contemporains V, 3.
(3) Jehan Perréal, Clément Trie et Edouard Grand, par E. Charvet (Lyon, 1874).