‹ Œuvres de Jean Lemaire de Belges, publiéesChapitre 22 sur 44 · LVI NOTICE SUR LA VIE ET LES ŒUVRES · texte numérisé non relu

LVI NOTICE SUR LA VIE ET LES ŒUVRES

t Le premier qui à bonnes enseignes donna vogue à nostre poésie fut maistre J, Lemaire, auquel nous sommes infiniment redevables, non seulement pour son livre de V Illustration des Gaules, mais aussj pour avoir grandement enrichi nostre langue d'une infinité de beaux traits tant en prose qu'en vers, dont les mieux escrivans de nostre temps se sont sçu quelquesfois bien aider. »

Afin que « lune des meilleurs parties du fruit de toute ceste œuvre, cest a sauoir le jugement de Paris soit mieux auctorisee et esclarcie » on va jusqu'à invoquer un mot de l'apôtre St- Pierre au philosophe Nicétas. Il s'agit d'allégorie comme dans le Virgile de Planciadès, qui alimenta tant de siècles de symbolisme. (1)

Bien que le second livre n'ait paru qu'en 1512, après avoir été présenté « à Madame Claude, (2) première fille de France, au chasteau royal de Blois le premier io'ir de may, par J. Lemaire, secrétaire et indieiaire de Madame Anne deux fois Royne de France, l'allégorie continue sa marche solennelle et son interprétation grandiloquente. C'est maintenant la tragédie de Troie amenée par la belle Hélène, la fatale incarnation de Vénus. « Icy, dit l'auteur, vous cognoistrez quelle diflference il y a entre Vénus dame de mollesse et de lascheté très damnable, et lautre Vénus déesse damours et do beauté pure et nette, qui sentend de vraye amour coniugale et licite.» Tout en suivant Dictys (3) et surtout Homère dont il sent bien

(1) J. Stecher, La légende de Virgile en Belgique (Bulletins de l'Acad. royale, 3e série t. XIX n° 5).

(2) La princesse Claude n'avait alors que treize ans.

(3) Les Occidentaux préféraient cependant Darès, parce qu'il était de Phi-ygie, c'est-à-dire troyen. Cf. Moland et d'Héricault, Nouvelles françaises en prose du XI Y" siècle (Introd.)

LVIII MOTICE SUR LA V E ET LES (j:UVKES

« lanticquité » il poursuit son thème de sagesse princière. Il rappelle à « tous gentilzhomraos modernes » combien le grand poète signale la misère des « efféminés et des appaillardjs. » Le deuil d'Oenone à la mort de Paris est développé comme s'il s'agissait des deuils de Marguerite, l'héroïne « de la vraye amour coniugalle. » (II, 206). En terminant son Iliade ou plutôt ses posthomerica, le poète qui se croit et se dit historiographe, prend gravement à partie l'ironique déclamation où Dion Çhrjsosthôme soutient que Troie n'a pas été prise.

« Et par ce second livre, tous lecteurs et auditeurs se peuvent bien tenir pour contens et bien informez de la vérité de toute Ihistoire, afin qu'en painctures et tapisseries on ne fasse plus nulz abus, sinon que (1) lerreur invétérée de Guy de la Colonne et de ceux qui lont ensuiuv, tant en rime comme en prose, lesquelz ie ne veulx pas nommer, vaillent mieulx que ceste mienne ouvre laborieuse et bien digérée ». (2)

Il fant songer à l'époque de transition de ce que les allemands appellent le mittelfranzosisch peur ne pas trop sourire quand il se vante d'avoir découvert le docte commentateur de Mancthon : « de laquelle communication faisant à la chose publicque pour mieux honnoier les Princes, ie m'ose bien vanter sans arrogance auoir esté le premier inventeur, quand ieuz recouuré les euures dudict commentateur à Romme. » (3)

(1) C'est-à-dire, à moinsque....— Emile Chasles(Echo de la Sorbonne, III, 385) dit que la cathédrale de Beauvais a des tapisseries représentant Jupiter et Hercule apportant en Gaule l'alphabet et la civilisation. Ce serait d'après le texte des Illustrations.

(2) C'est le digest des Anglais. Nous savons par le premier Prologue combien l'auteur a mis de temps à rédiger son livre.

(3) Il s'agit d'Annius de Viterbe, le grand ami du pape Alexandre VI (Borgia) et qui commentait des textes fantaisistes dans ses

Au troisième livre, non moins laborieusement digéré, puisqu'il ne fut « acomply en la cité de Nantes » qu'en décembre, 1512, l'auteur, taisant hommage à Anne de Bretagne, à la Junon Armoricaine des bois dessinés par Perréal, revient à son véritable objectif : l'Europe pacifiée pour délivrer les esclaves de la Turquie.

De lune et lautre Troye, une mesme faisons : Et à ce nos nepveux dun courage induisons.

Dans son imagination toujours eu éveil, si le premier livre n'a été que le bourgeon, le second la fleur, ce troisième doit être le fruit. Par la prophétie d'Helenus, Charlemagne a été désigné comme chef des deux Frances, la Germanique et la Gauloise. Puisse la bonne princesse, qui tant aime la littérature, être « moderateresse et moyenneresse du bien de la Paix universelle ! »

Cette fois, il veut se faire plus savant que poète. « Assez daultres allégations y ha qui sont tirées des anciens livres, marbres, inscriptions et vieux epitaphes, dont lacteur ne sait pas les noms de ceulx qui les ont composez. » (1) Une seconde dédicace est à l'adresse de monseigneur maistre Guillaume Crétin, « vénérable et singulier orateur, trésorier du bois de Vincennes, e>iapellain ordinaire du Roy treschrestien Loys douziesme. » A ce couronnement de l'œuvre maîtresse peut

Antiquitatum variarum vohonina (Rome 1498 in-folio). C'était aussi un partisan de la croisade turque. (De futurischristianorum triumphis in Turcas.) Gênes 1480, in 4».

(l) Il se vante ailleurs d'avoir n(5couvert et déchiffré plus d'une inscription « tant deçà comme delà le Rhin, et en nostre Gaule Belgique ; mais, afin que trop grand prolixité sur un propos n'en gendre ennuy, il vaut mieux icy ciorre le pas. "

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