‹ Œuvres de Jean Lemaire de Belges, publiéesChapitre 23 sur 44 · LI NOTICE SUR LA VIF, ET LES ŒUVRES · texte numérisé non relu

LI NOTICE SUR LA VIF, ET LES ŒUVRES

bien présider celui qui encouragea ses débuts à Villefranche. « Il me semble que ce présent troisième livre est imprimé assez feablement par maistre Raoul Cousturier, et digne assez destre veu et leu et prisé, comme la façon de lun des disciples de ta domination. » En parlant ainsi, il se souvient de l'avoir jadis appelé monarque de la rhétorique.

Il se souvient aussi de Marguerite, malgré la dispersion de ses liommages. A propos de la « grand cité de Sicambre » fondée par Francus sur le Danube, l'auteur de V Amant verd a soin de raconter comment la fille de Maximilien, au lendemain de la mort de Philibert, alla voir et boire « en une coupe d'or, à la source primitive et fontaine du grand fleuve Dunoe. »

D'autres souvenirs encore l'obsèdent , quand , alléguant Jacques de Guy se, il cite la forêt de Mormale, les chasses d'Ardenne, les ruines Nerviennes, les légendes du chevalier au Cygne, Gambrinus le dieu du vin d'orge, l'union des Thiois et dfcs Wallons et les origines de Gand, d'Anvers et de Tongres (2). Malgré sa résidence à la cour française, il déclare, de par une étymologie digne du temps, que la « terre de Germanie est la vraye germinateresse et produiteresse de toute la noblesse de nostre Europe. » C'est pour conclure par la « généalogie historialle de lempereur Charles le Grand » et aboutir au vœu de l'union gallo-germanique qui fut aussi, il y a cinquante ans, le rêve de Victor Hugo (3).

Dans la « Peroration de lacteur aux nobles lecteurs et audi-

(2) Il faut lire II, 353-355, pour le voir aux prises avec les étymologies flamandes.

(3) V. Le Khin : « L'alliance de la France et de l'Allemagne disiiosera des destinées «le l'Europe et du monde. Même mission, mêmes devoirs.. . Leur union s'impose. »

DE JEAN LEHAIRE DE BELGES. LXl

teurs » il s'incline avec modestie : « Et mha semblé que ie faisoje comme font ceux qui amassent les m^nuz espics de blé, après les moissonneurs : ou ceux qui gardent de perdre les raisins que les vendangeurs ont laissez derrière » ajoutant gracieusement : « laquelle chose est permise à chascun par droit diuin et humain. »

Par une chaleureuse péroraison, il adjure tous ces peuples de même origine de courir sus aux Turcs. (1) Pour lui, « quand il plaira à noz souverains, Prince et Princesse, » il parachèvera son livre sur l'Asie, tel qu'il Ta promis au grand autel de St Pierre de Rome « pour le bien publicque de toute la Chrestienté. »

(l) En 1502, à Anvers, Thierry Martens avait imprimé Exhortation aux j^t'i^^ces chrestiens par Jean Faber de Carvinio, chapelain de Maximilien {Ch. Ruelens, L'amour du, liv^e. Brux., Falk, 1888 in fol.). Encore en 1529, Louis Vives, l'ami d'Erasme, publiait De conditione vitae christianorum sub Tiirca et s'attirait la colère de Charles-Quint en lui dédiant son De Concordia etDiscordia. (Altmeyer, Les précurseurs de la Réforme aux Pays-Bas I, 76.)

Ce poème de l'union, comme le fut l'Enéide en son temps, pouvait, sans esclandre, être tour à tour dédié à la France et à l'Autriche. Elles étaient d'ailleurs dans un intime accord depuis la ligue de Cambrai. On avait vu un prince-évèque de Liège, Erard de la Marck, paraître à Agnadel. Cette victoire avait fait jurer à Maximilien une inviolable reconnaissance à Louis XII ; il lui avait même annoncé qu'il venait de brûler un livre, conservé à Spire, et dans lequel étaient noies tous les griefs de l'Empire et de la nation germanique contre la France. Quoi de plus légitime, dès lors, pour Lemaire que d'écrire autant pour l'un des pajs que pour l'autre ?

La légende des Vénitiens, il le déclare à Louis Barangier (1509) « est à Ihonneur de Madame Marguerite, m Car elle doit détester ces orgueilleux écumeurs de la Méditerranée, qui « ont maintenant le vent au visaige. > Depuis 1506, il sait toutes les prophéties qui les menacent. Mais « cest euvre de Dieu, et non des planettes » celle ruine d'une république qui tient avec les Turcs plus qu'avec les Chrétiens. Cette catastrophe n'est que trop méritée. Pour raconter tous les méfaits d'une politique astucieuse, cruelle, cyniquement mercantile, la prose poétique n'est plus de mise : il y faut un style âpre, violent, à l'emporte-pièce et qui risque même de frapper fort plutôt que juste. > Plaise aux lecteurs supporter benignement la grosse

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