LXX NOTICE SUR LA VIE ET LES CELVRES
Pour mieux défendre la cause de Louis XII, on imagina un étrange épilogue au Traictié qui lui-même ne manquait pas déjà de bizarrerie. C'était là sans doute ce que Rabelais (II, 30) indiquait par ces mots : « Je vis maistre Jehan Lemaire, qui contrefaisoit du pape... » Cette dernière petite particule qui devait « conclure toute leuvre » était intitulée : « Sensuit loccasion et matière du récent et nouue.iu saufconduit donné de plein vouloir par le Souldan, aux subjetz du Roj treschrestien, tant pour aller en pèlerinage au saint Sepulchre, comme trafficquer marchandement en ses terres et seigneuries Doultremer. »
On y vantait la Soudan Abymazar Causer, Rlgaury, roy des Egyptiens, Arabes et Agariens (1). Furieux d'abord de la victoire des Chevaliers de Rhodes au port de JafFa (21 août 1510), il avait fini par « se modérer et refréner. » Le consul de la nation française, Philippe de Parées obtint même pour le roi « le domaine et gouvernement du saint Sepulchre. » Un saufconduit du Soudan, apporté à Lyon par un chrétien de Raguse, y fut publié à son de trompe, « durant le temps de ceste foire de Pasques au moys de May, lan 1511 » en présence de l'ambassadeur du Soudan et de Montjoie, souverain roi d'armes de France. Jamais termes plus pompeux n'avaient célébré la poli-
d'un concile, de la part de Charles-Quint, ne fut qu'une manœuvre pour intimider Clément VII. Au fond, l'empereur ne songeait sérieusement ni à la réforme de l'Eglise, ni à la convocation d'un Concile général. Cf. d'Héricault, préface du [^'^ tome, pp. XLIII-LII, des Œuvres de Gringore (Bibliothèque Elzévirienne).
(I) C'était le sullan Malek el Achrof Aboul-nasr, Saïf-eddin, Quansou el Ghoury, qui régna en Egypte de 1501 à 1516. Quant aux Agariens ou Hagai^eni, on sait que c'est le nom byzantin des Sarrasins. On sait aussi que Soudan, forme provençale du mot Sultan, prévalut jadis pour les souverains d'Egypte.
DE JEAN LtMAlRE DE BELGES. I.XXI
tique g-allicane. On eût dit aussi que le Soudan avait signé le traité de Cambrai, tant il acablait ses anciens amis de Venise.
« Grand merveilles différentes, s'écriait Lemaire, voyous nous en nostre temps. Voila le Soudan qui se monstre tant gracieux et tant bénévole, et le Pape, au contraire, maudit et excommunie à tort et par grand ingratitude. Le chef de la loy Mahometiste ne demande que paix, et le Primat souverain de nostre église, se treuve tant rigoureux et tant mal traitable, quil ne se veult de porter ny abstenir des armes, et deffusion de sang humain. » C'était le thème dramatisé à Paris par P. Gringoire, en sa moralité de V Homme ohstiné et même en sa sotie du mardi-gras. On prêtait à Jules II cette devise ; Cîaves Pétri nil juvant, valeat S. P. gladius !
Ne tenant pas à paraître trop inféodé à la politique française, le naïf Lemaire (qu'on ne croirait guère contemporain de Machiavel, d'Erasme et de tant d'autres habiles) (1) s'imaginait tout conjurer en invoquant à la fin de ce pamphlet son premier maître Maximilien. « L'empereur, disait-il, (comme iay faict mention en un aultre traictié) ne désire fors entretenir la sainte ligue et confédération iurée (par la paix de Cambray) avec ses frères, les aultres roys Chrestiens, pour se bender contre les Turcz. » Que si .Jules II aime tant la guerre, le pamphlétaire souhaite qu'il la porte en Palestine « et là se transporter en personne, comme bon pasteur. Et lors le suiuront ses ouailles de toute part. » (2).
(i) V. Emile Amiel, Erasme, un libre-penseur du XVIe siècle. (Paris, 1889).
(-2) Ce violent Jules II. qui faisait tout trembler, ne se déridait que pour Michel-Ange. C'était un cas d'anathèrae que de lui enlever son sculpteur. (Paul de St Victor. Hommes et Dieux, p. 170).