‹ Œuvres de Jean Lemaire de Belges, publiéesChapitre 31 sur 44 · LXXII NOTICE SUR LA VIE ET LES ŒUVRES · texte numérisé non relu

LXXII NOTICE SUR LA VIE ET LES ŒUVRES

Lemaire eut beau s'évertuer ; ce poète égaré dans la polémique la plus haineuse, ne se retrouvait pas, ne parvenait pas à se déprendre. Pour comble d'ennui, ses succès littéraires lui avaient fait des envieux qui se soulageaient par la calomnie. « Monsieur, écrit-il à Lojs Barangier (1), touchant ce quil vous plait madvertir de ce quil a été rapporté à Madame que iay deu avoir escript quelque chose contre elle, et que à Paris len le trouve publicquement par escript, de ce ie nen suis guieres esbahy ; car ce nest pas la première coquille que on ma

dressée envers son Excellence. Maistre Jehan de Paris

mha dit : quand les chiens ne pevent mordre, ils se saoulent à aboyer ». Mais tant mha fortune 1 estourné, transporté, ramené et pelotté que ie ne seaj comment suis peu eschapper. » On songe à Montaigne « pelaudé à toutes mains, mais pour d'autres raisons. »

Et à Marguerite même l'indiciaire écrivait : « Madame, iestime que vostre haulte vertu a cogneu le contraire des faulx rapports qui vous ont esté faits contre mon innocence.... » (2)

« Le pauvre rêveur fut bien plus accablé lorsqu'il voulut agir comme solliciteur, moyenneur, ou intendant do la duchesse. pour les contrats qu'exigeaient les constructions de la célèbre église votive de Brou-en-Bresse. Malgré sa grande habitude de vivre avec les artistes (3), il ne put ménager toutes les susceptibilités. Celle de Perréal, de ce Jehan de Paris qui l'avait tant prôné autrefois, s'oublia jusqu'aux plus grossières injures. En

(1) V. notre tom. IV p. 419.

(3) V. presque tous ses écrits, sauf ceux de la polémique gallicane.

France comme ailleurs, on a dû reconnaître, par la correspondance échangée, (1) que les torts étaient du côté du peintre français. Il avait notamment voulu contester à Lemaire sa trouvaille d'un très bel albâtre aux carrières de St Lothain près de Poligny. En outre, il y avait rivalité de fonctions, depuis que Perréal avait été nommé contreroUeur de lesgltse de Brou. Ce titre lui fût enlevé bientôt par Marguerite, fatiguée de «es récriminations incessantes ; elle le transmit au Greffier de Bourg-en-Bresse, en même temps qu'elle appelait de Bruxelles l'architecte Louis Van Bodeghem ou Boeghem (2).

C'était, semblait-il, le triomphe du gothique fleuri et flamand ; mais on est bien d'accord aujourd'hui pour reconnaître dans cette luxuriante architecture un compromis avec la Renaissance. N'était-ce pas tout l'esprit du temps ? « Il semble, dit Taine (Philosophie de l'art, p. 95) qu'on renonce à la solidité pour se donner tout entier à l'ornement par la profusion des clochers et la dentelle des moulures. » Pour W. Liibke (3) c'est un art piquant, mais étrange, où la forme antique fusionne avec la forme gothique. Néanmoins, à cette époque de lutte entre l'architecture italienne qui s'impose et l'ogivale qui résiste,

(1j V. surtout p. 390. On a cherché plusieurs fois à débrouiller ces querelles si compliquées, V. Bancel, Perréal (1883); Dufay. Essai bioo;raphique sur Perréal (1864) ; Renouvier, Jehan de Paris (1861) ; Charvet, Biographies d'architectes (1S74) ; Jules Baux, Hist. de l'église de Brou (4« éd. 1863); Rousselet, Guide descriptif, etc. 1857 (7e édit.) ; Charavay, Revue des documents historiques, III ; un tiré-à-part de V Emulation de l'Ain. (Observations sur la correspondance de J. Perréal avec Marguerite d'Autriche concernant iéglise de Brou, par Dufay (Bourg-en-Bresse, 1853). — Didron, Monographie de 1846.

(2) V. Biographie Nationale II, 560.

(3) Essai d'histoire de l'Art, trad. Koëlla, II, 122, 283, 352 (éd. de

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