LXXX NOTICE SUR LA VIE ET LES ŒUVRES
Habert « le banny de Liesse » sous le titre : Combat de Cupide et de la Mort (1541).
Le premier conte, eu tercets à l'italienne, dépasse pour l'aisance marotine, la souplesse du rythme et la richesse de la rime, les meilleurs passages delà Concorde des deuxlangaiges. On dirait déjà l'école de François P^ Les deux autres contes, seuls revendiqués pour Lemaire, malgré la monotonie des distiques à rime plate, témoignent également d'une notable perfection de style. C'est, avec la facilité un peu profuse de Crestien de Troyes, une véritable ampleur périodique dans les dixains substitués à l'ancien octosyllabe des conteurs. Quelques tableaux un peu hardis, à la façon de ce que le poète belge avait vu chez les peintres italiens, sont sauvés par la grâce de la diction. Elle s'appesantit pourtant, par intervalles, en s'attardant aux énumérations trop complaisantes. L'honnête Paquot en cite trente vers qui lui semblent une contribution « à Ihistoire médicinale » :
Pocken lont dit les Flamens et Picards :
Le mal francoys la nomment les Lombards, (1).
— Au « tiers conte » ou l'on décrit une sorte de parlement tenu à Tours le l""* septembre 1520, la désinvolture bien française indique un précurseur de Marot. C'est visible jusqu'en la savante adaptation de la Vénus de l'Enéide. Mercure aussi est bien moderne à se moquer des amours séniles : Pour le présent ie ny vois nul secours C'est dit commun, qu'il faut que l'eaue ayt cours.
(1) V. notre t. III, p. 54. S. Champier traite ce sujet dans sa Practica nova aggregatoris lugdunensis. V. le calembour de Lafontaine, Fables VII, 15.
On trouve comme un écho de ces querelles dans les vers délicieux de la Psyché de Molière (V, 4) :
0 Mort, devais-tu prendre un dard si criminel ?
C'est pour de tels progrès que S"= Beuve a pu dire que Lemaire méritait d'avoir Marot pour élève (Tableau de le poésie française au XVI* siècle, p. 19).
Après ces jolis vers des Trois contes, on ne trouve plus rien de certain sur Lemaire. Fut-il absorbé par des recherches sur l'histoire de Bretagne que la reine Anne lui avait commandées et dont il parle dans une lettre à Marguerite ? (1) Put-il les continuer après la mort de la reine dont il se disait « treshumble indiciaire et historiographe » ? (1514). Lorsque cinq mois plus tard (18 mai) Claude épousait Françoise d'Angoulème, fitil encore des épithalames ? Elle n'était pas encore reine par la mort de son père (1*"^ janvier 1515), quand il lui dédia uo Traictié des pompes funèbres où, à l'instar de Symphorien Champier et des amis de Fourvière, il déployait un faste d'érudition naïve encore bien embrumée.
« Loin d'être une époque d'imagination créatrice, dit M. Gaston Paris, comme on l'a souvent répété, le moyen âge, sauf quelques domaines assez restreints, n'a fait que croire passivement et répéter avec plus ou moins d'intelligence et de fidélité ce qui lui était transmis par l'antiquité chrétienne. C'est le monde ancien qui l'a réveillé. »
(1) a La royne m'a commandé compiler les croniques de sa maison de Bretaigne et pour ce faire menvoye expressément par tout le pays de Bretaigne, afin que ie m'enquierre par les vieilles abbayes et maisons antiques de toute Ihistoire britannicque, laquelle encoire, n'a esté mise en lumière entièrement iusques à ores que ie lay entreprinse. » (Notre t. IV, 421). Perréal (Lettre à Marguerite, IV, 390; prétend que Lemaire « sen est aie demourer en Bretaigne pour ce que chascun le note. » vi