‹ Œuvres de Jean Lemaire de Belges, publiéesChapitre 37 sur 44 · LXXXVIII NOTICE SUR LA VIE ET LES ŒUVRES · texte numérisé non relu

LXXXVIII NOTICE SUR LA VIE ET LES ŒUVRES

vert que leur sçavoir avoit esté très-mal envaissellé. » (Pierre de St Julien, De l'antiquité et origine des Bourgongnons, liv. II p. 389.)

N'est-ce pas un peu de l'odium theologimm d'un chanoine, ancien ligueur ? L'abbé Pernetti (Recherches pour servir à l'hist. de Lyon I, 233) dit à propos d'Agrippa protégé par Symphorien Buillard, grand-aumônier de François !"■ : « Je serois tenté de croire qu'Agrippa n'étoit pas si criminel qu'on l'a cru, puisque ce grand homme le protégeait. » Mais il est certain qu'il mourut à l'hôpital de Grenoble en 1535, quelques années après Lemaire, qui, dit Pasquier, florit sous le règne de Louis XII et vit celui de François l". » (1)

Montaigne, dont la phrase tient plus de Sénèque que de Cicéron (2), ne pardonne au style périodique qu'en faveur de « la naïfveté et pureté de langage » de son ami Jacques Amyot. C'était pourtant cette phrase oratoire et sonore, tout au rebours de ïampuiala sententia, qui dominait le siècle. « La Renaissance, dit Sainte-Beuve, avait remis en honneur les antiques formes latines oratoires. On retombait dans le style cicéronien : on ne savait plus couper son discours, on oubliait que les anciens eux-mêmes n'avaient pas eu tous les jours ce style de pompe et de gravité, et que, dans ses lettres et billets, Cicéron a le style fort coupé. On ne savait pas secouer le joug du latinisme. » Au reste, le rythme prosaïque, le Cursus des bulles pontificales n'y avait pas nui. (3) « L'ordonnance de

(1) En 1550, Palsgrave. dans son Eclaircissement de la langue française cite constamment Lemaire conime un auteur qui ne vivait plus.

(2) Cf. S"' Beuve, Port-Royal, Z'^ éd. II, 518.

(3) Bibliothèque de l'École des Chartes, t. 50 (18S9 mai-juin, art. Duchesne). Sainte-Beuve parle de l'abus des parenthèses, des

belle oraison, qu'attendait Geoffroy Tory, les belles, bonnes et odoriférantes fleurs de parler et dire honnestement » cela se recherchait en tout. Le plantureux Rabelais, l'àpre Calvin, le féroce Montluc, le doux Lanoue, le tolérant Lhospital, le fougueux La Boëtie, le pratique Palissy, le sensuel Brantôme, la reine Margot, Henri IV, D'Ossat, Sully, les Amadis, VAstrée, S* François de Sales et jusqu'à la très gauloise Satire Ménippée, sans oublier D'Aubigné et les mémorialistes si nombreux, tout le monde se ressentait de « cette brave façon de dire » que Lemaire mit à la mode et que Balzac affinera jusqu'à la rendre digne de Bossuet.

Si l'ampleur de ces phrases rappelle trop les manches enflées et tailladées des rhétoriciens flamands et bourguignons d'alors,

allonges, des queues et autres impedimenta orationis. Voyez ce que Cousin dit des longues phrases des dames du grand siècle; voyez même le cahier secret de Fouquet (découvert en 1662) où, malgré ratures et corrections, on lit encore :

« Les connaissances particulières qu'il (Mazarin) a données à un grand nombre de personnes de sa mauvaise volonté, m'en faisoit craindre avec raison les effets, puisque le pouvoir absolu qu'il a sur le roi et la reine lui rendent facile tout ce qu'il veut entreprendre, et considérant que la timidité naturelle qui prédomine en lui ne lui permettra jamais d'entreprendre de m'éloigner seulement, ce qu'il auroit exécuté déjà s'il n'avoit pas été retenu par l'appréhension de quelque vigueur en mes frères et en moi, un bon nombre d'amis, une charge considérable dans le parlement, des places fortes occupées par nous ou nos proches, et des alliances assez avantageuses ; ces considérations qui paroissent fortes d'un côté à me retenir dans le poste où je suis, d'un autre ne peuvent permettre que j'en sorte sans que l'on tente tout d'un coup de nous accabler et de nous perdre... Il faut donc craindre tout et le prévoir, afin que, si je me trouvois hors de la liberté de m'en [)Ouvoir expliquer, lors on eût recours à ce papier pour y chercher les remèdes qu'on ne pourroit trouver ailleurs, et que ceux de mes amis qui auront été avertis d'y avoir recours sachent qui sont ceux auxquels ils peuvent prendre confiance.

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