‹ Œuvres de Jean Lemaire de Belges, publiéesChapitre 6 sur 44 · DE JEAN LI:MA1RE DE BELGES. XVII · texte numérisé non relu

DE JEAN LI:MA1RE DE BELGES. XVII

donc « esclarcir en ce langage françois que les Italiens par leur mesprisauce aecoustumée appellent Barbare (mais non est) la tresvenerable antiquité du sang de nosdits Prince de Gaule tant Belgique comme Celtique. » En sorte que Les Illustrations ont en outre pour objet une œuvre pacifique et par là-méme très humaniste : l'union des peuples issus de Troie. Le Belgien, venu d'un pays où Germains et Gaulois ont été associés depuis des siècles et des sièclis, triomphe déjà dans ses rêves idylliques, en dépit de la sournoise diplomatie qui l'enveloppe. Il n'est pas seul d'ailleurs, à cette aube de la Renaissance, à mêler la poésie à la politique. Louis XII et Maximilien, au milieu des calculs les plus mesquins et des roueries les plus stupéfiantes, parlent d'une façon convaincue des origines trojennes et des fraternités chrétiennes. Pas un contrat à cette époque, dit Leglaj, [Négociations diplomatigues, Pvéî-dce) où ^'on ne semble vouloir la paix uniquement pour faire la guerre européenne aux barbares de la Turquie. (1)

Dès ses premiers efforts de plume Lemaire est en harmonie avec les idées dirigeantes du temps. Préche-t-il la paix au milieu de la guerre et l'union en croisade des rivaux les plus acharnés, ce n'est rien de plus que ce que Marguerite d'Autriche écrit à son père : « Quant à faire la guerre contre les Turcs et Infidèles, dont èsdits articles est faict mencion, semble aussj, Monseigneur, que dès maintenant il se peult bien conclure, pour l'exécuter quant les princes chrestiens auront paix. » Il

le demanderay hardiement cela : quel est celuy qui voudroit ainsi parler que Jean Lemaire t'a escrit?» Fontaine fait ici, sans doute allusion à cette variation continuelle du français, signalée par Montaigne, Essais, III, 9.

(ij Le Krach des Croisades est signalé dans Cbastelain (VU, 202, éd. Kervyn). ii

X\ m NOTICE SUR LA VIE ET LES (JliUVRES

ne faut pa5 que cette balbutie d'une langue en transformation nous trompe : si les tournures paraissent enfantines, si l'enveloppe mythologique nous fait rire, le tout recouvre un fond très sérieux et très actuel.

Malheureusement l'homme ne valait pas l'artiste. La fermeté du caractère, le souci de l'ordre, la prudence la plus élémentaire même faisait défaut. Enfin, après bien des hésitations, le goût de l'étude l'emporta, et pour y être plus libre il quitta le service de Villefranche et se fit précepteur des deux enfants du seigneur de Saint- Julien au château de Balleure, non loin de Mâeon (Vers 1501 ?). Claude, l'un de ces élèves, parla plus tard avec attendrissement des beaux livres que « son bon précepteur, maistre Jean » (1) lui avait fait rassembler. Plus tard encore le fils de ce Claude, Pierre de St-Julien, Doyen de Chalon-sur- Saône et auteur de Y antiquité et origine des Bourgongnons^ dit que Lemaire « homme de grande lecture et de très diligent labeur, avait laissé au château paternel plus d'un vieux roman. » (2) On entrevoit la vie un peu incohérente d'un poète qui eût pu dire comme Marot :

Sur le printemps de ma jeunesse folle Je ressemblois l'arondelle qui voile, Puis ça, puis là

(1) V. t. IV, p. 11.

(2) Paquot, Méra. hist. et litt. III, 4.

Le 10 octobre 1503 s'éteignait de langueur Pierre II de Bourbon à Cluny, près de Mâcon. (Ij On fit des funérailles de roi à ce grand seigneur qui avait été régent du rojaume. II n'j eut pas moins d'émoi, de vénération parmi les poètes et les artistes qu'il avait généreusement encouragés. Lemaire. son ancien serviteur, fut un des premiers à payer sa dette de reconnaissance. Il composa rapidement, dans le style à la mode. Le temple d'Homieur et de Vertus. « C'était l'œuvre, dit Lemure (II, 460) d'un des poètes les plus renommés et les plus recherchés dans l'ancien Bourbonnais. » Sur le conseil de Perréal, il l'adresse au cousin du défunt, à Louis de Luxembourg, comte de Lignj^ qui, luimême était malade à Lyon. Peut-être ne fit-il qu'approprier et compléter une allégorie autrefois méditée à Villefranche et que G. Crétin, passant par là, encouragea vivement. Dans la dédicace qu'il fit « peu de jours avant le trespas de Monseigneur le comte de Ligny » il lui écrit : < Plaise vous donc, mon très redoubté seigneur, avant que entamer la principale matière, prester bénigne oreille aux louenges non adulatoires du prince trespassé, lesquelles louengea bien méritées ie iadis frequan-

(I) Les nouveaux éditeurs de Pierre Gringoire(Biblioth. Elzevir. 1872, \" vol.) se demandent si dans le Jeu du Prince des Sots, le poète n"a pas songé à la folie de Pierre II en disant :

Quant la Lune est dessus Bourbon.

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