XX NOTICE SUK LA VIE ET LES ŒUVRES
tant sa maison et ses -pays ouyz mettre eu avant aux pastoureaux champestres en leurs termes ruraulx et couvers. »
Ligny fut si flatté de la dédicace qu'il retint a l'acteur entre ses plus privez et secretz domestiques. » On sait de quelle splendeur cette maison était entourée (1). C'était ce beau gentilhomme qui, quelques mois auparavant, avait si brillament reçu Philippe le Beau à Lyon, Mais Lemaire vit mourir son jeune protecteur « seiche par une langueur longue et lente » dès le 31 décembre de la même année 1503. « Il lui avoit de son propre mouvement assigné son lieu avec estât compétent et promesse de la première prébende vacante en sa ville de Ligny (en Barrois), disant que le repos luy estoit nécessaire pour mieux labourer, et le bruit continuel de court contraiie. »
Lemaire dut donc de nouveau suspendre sa grande œuvre. En attendant, il fit imprimer « ce petit traictié consolatoire » à Paris, chez Micliel Lenoir, et l'offrit à Anne de Beaujeu à qui Ligny avait compté le présenter. Ce fut l'objet d'une dédicace plus pompeuse et qui semblait plus digne de la sévère et savante princesse. (2) A l'instar de Théocrite et surtout de Virgile et de Mantouan, « en termes ruraulx et couvers » il fait chanter Tityrus au nom du Beaujolais, Galatée, Amyntas, Mopsus, Eglé, Argus et Mélibée, pour représenter l'Auvergne, Clermont, le Foretz, la Marche, Gyen et Bourbon. En des vers déjà gracieux et qui ont mérité de servir de spécimen dans nos Ghrestomathies du XVP siècle, il célèbre Pan (Pierre II) Aurora (Anne)
(1) V. La plainte du Désiré, en notre t. 111.
(2) V. Les enseignements d'Anne de France à sa fille Suzanne de Bourbon, par Chazaud, archiviste, (reproduction des miniatures originales d'après Quévroy (— Moulins, 1878).
et leur fille Fiouretle (Suzanne de Bourbon). Il déplore en passant le meurtre de Louis de Bourbon, prince-évéque de Liège. La prose qui encadre les vers est encore bien lourde. Elle sert à vanter Dante, Pétrarque, Boccace, Froissart, Alain Cbartier, Chastelain, Robertet et Octavien de St-Gelais. Parmi les entités allégoriques, on remarque Raison, qui se ressent déjà du souABe de la Renaissance, puis Entendement surnommé angelique, à cause de Fourvière, sans doute. (1) « 11 se retira sur unesaincte montaigne, située au plus près de la très fameuse cité de Lyon sur le Rosne : en la summité de laquelle les Rommains iadis domminateurs de Gaule instituèrent ung grant temple manificque a Ihonneur du bon prince Octavien Auguste : duquel on voit encores les ruynes et vieilles structures. »
Est-ce cette préoccupation de Rome qui avait provoqué les éloges de G.Cretin « monarque de la rethoricque franooyse » ? (2) Il signa ce Temple dHonneur par une devise {De peu assez) à la leçon rhétoricale des flamands et des wallons. Antérieurement il avait songé à signer : Penser, Penser, Penser, Dire.
M. Charles Fétis (3) signale un grand progrès dans la Plaincle du Désire' composée l'année suivante en souvenir du comte de Ligny. le fils du malheureux connétable de St-Pol. Le poète décrit sa ville préférée « là où une douce et paisible rivière septentrionalle se plonge et perd en un grant et impétueux
(l)De Colonia II, 467.
(2) Adolphe Mathieu (Bulletins de l'Académie t. 37 (25) 2^ série, p. 510) trouve que cette prose tourmentée n'est qu'une servile imitation de Christine de Pisan.
(5) Mémoires couronnés de l'Acad. de Belgique, collection in 8" tome :21 (1870). Le manuscrit et l'édition de Tournes donnent « lan mil cinq cens et trois » ; mais puisque Ligny n'est mort que le 31 décembre, la déploration doit être de 1304 avant Pâques.