‹ Œuvres de Jean RacineChapitre 11 sur 25 · A L'ACADÉMIE FRANÇOISE · texte numérisé non relu

A L'ACADÉMIE FRANÇOISE

A la réception <3e MM. T. Corneille et BergefxET, le 2 janvier i685.

ESSIEmRS.

II n'est pas besoin de dire ici combien l'académie a été sensible aux deux pertes considérables quelle a faites presque en même temps, et dont elle seroit inconsolable, si, par le choix qu'elle a fait de vous, elle ne les voyoit aujourd'hui heureusement réparées.

Elle a regardé la mort de M. Corneille comme un des plus rudes coups qui la pût frapper : car bien que, depuis un an , une longue maladie nous eût privés de sa présence, et que ïious eussions perdu en quelque sorte l'espérance de le revoir jamais dans nos assemblées , toutefois il vivoit; et l'académie, dont il étoit le doyen, avoit au moins la consolation de voir dans la liste où sont les noms de tous ceux qui la composent, de voir, dis-je, immédiatement au-dessous du nom sacré de son auguste protecteur, le fameux riom de Corneille.

Et qui d'entre dou5 ne s'applaudiroit pas en lui-mmej

i^ CCUVRES DIVERSES,

pour les gens de lettres j tout ce gui regarde votre illustre

maison ne leur sauroit plus être ni inconnu, ni indifférent.

^îous avons considéré avec attention les progrès que yous avez faits dans les sciences j mais si vous aviez excité d'abord notre curiosité j vous n'avez guère tardé à exciter notre admiration. Et quels applaudissements n'a- 1- on point donnés à cette excellente philosophie que vous avez publiquement enseignée! Au lieu de quelques termes barbares, de quelques frivoles questions que l'on avoit accoutumé d'entendre dans les écoles, vousy avez fait entendre de solides vérités, les plus beaux secrets de la nature, les plus importants principes de la métaphysique. Non, monsieur, vous ne vous êtes point borné h suivre une route ordinaire 5 vous ne vous êtes point contenté de lecorce de la philosophie , vous en avez approfondi tous les secrets t vous avez rassemblé ce que les anciens et les modernes avoient de solide et d'ingénieux; vous avez parcouru tous les siècles pour nous eu rapporter les découvertes. L'oserai-je dire ? voua avez fait connoître j dans les écoles 5 Aristote même, dont on n'y voit souvent que le fantôme.

Cependant cette savante philosophie n'a été pour vous qu'un passage pour vous élever à une plus noble science , je veux dire à la science de la religion. Et quels progrès n'avez-vous point faits dans cette étude sacrée ! Avec quelles marques d'estime la plus fameuse faculté de l'univers vous a-t-elle adopté , vous a-t-elle associé dans son corps ! L'académie a pris part à tous vos honneurs. Elle applaudissoit à vos célèbres actions*, mais, monsieur, de

puis qu* elle vous a vu monter en chaire j qu'elle vous a entendu prêcher les vérités de l'évangile, non seulement avee toute la force de 1 éloquence, mais même avec toute la justesse et toute la politesse de notre langue, alors l'aca* demie ne s'est plus contentée de vous admirer, elle a jugé que vous lui étiez nécessaire. Elle vous a choisi, elle vous a nommé pour remplir la première place qu'elle a pu donner. Oui, monsieur, elle vous a choisi; car (hous voulons hien qu'on le sache) ce n'est point la brigue, ce ne sont point les sollicitations qui ouvrent les portes de l'académie; elle va elle-même au-devant du mérite; elle lui épargne l'embarras de se veiiir offrir; elle cherche les sujets qui lui sont propres. Et qui pourroit lui être plus propre que vous? Qui pouvoit mieux nous seconder dans le dessein que nous nous sommes tous proposé de travailler à immortaliser les grandes actions de notre auguste protecteur? Qui pouvoit mieux nous aider à célébrer ce prodigieux nombre d'exploits dont la grandeur nous accable, pour ainsi dire, et nous met dans l'impuissance de les exprimer? Il nous faut des années entières pour écrire dignement une seule de ses actions.

Cependant chaque année, chaque mois, chaque journée même, nous présente une foule de nouveaux miracles. Etonnés de tant de triomphes, nous pensions que la guerre e ùt porté sa gloire au plus haut point oîi elle pouvoit monter. En effet, après tant de provinces si rapidement conquises, tant de batailles gagnées, les places emportées d'assaut^ les villes sauvées du pillage, et toutes ces grandes

actions dont TOUS nous avez fait uno si vive peinture, Buroit-on pu s'imaginer que cette gloire dût encore croître? La paix qu'il vient de donner à l'Europe nous présente quelque chose de plus grand encore que tout ce qu'il a fait dans la guerre. Je n'ai garde d'entreprendre ici de faire l'éloge de ce héros , après l'éloquent discours que vous venez de nous l;iire entendre. Non seulement nous y avons reconnu l'élévation de votre esprit, la sulilimité de vos pensées : mais on y voit briller sur-tout ce zèle pour votre prince ; et cette ardente passion pour sa gloire, qui est la marque si particulière à laquelle on reconnoît toule rotro illustre famille. Tandis que le chef de la maison , rempli de ce noble zèle , ne donne point de relâche à son infatigable génie; tandis qu'il jette un œil pénétrant jusque dans les moindres Ix-soins de l'état; avec quelle ardeur, quelle vigilance, ses enfants, ses frères, ses neveux, tout ce qui lui appartient, s'empressenî-ils à le soulager, à le seconder! L'un travaille heureusement à soutenu la gloire de la navigation ; l'autre se signale dans les premiers emplois de la. guerre; l'autre donne tous ses soins à la paix, et renverse tous les obstacles que quelques désespérés vouloient apporter à ce grand ouvrage. Je ne finirois point si je vous mettois devant les yeux tout ce qu'il y a d'illustre dans votre maison. Vous entrez, monsieur, dans une compagnie que vous trouverez pleine de ce même esprit, de ce même zèle; car, je le répète encore, nous sommes tous rivaux de la passion de contribuer en quelque chcse à la gloire d'un si grand prince. Chacun y

OEUVRES DIVERSES. aS;

emploie les diflëreiits talents que la nature lui a donnés j et ce travail même cjui nous est commun, ce dictionnaire qui de soi-même semble une occupation si sèche et si épineuse, nous y travaillons avec plaisir : tous les mots de la langue , toutes les syllabes nous paroissent préeiouscs, parcec£ue nous les regardons comme autant d'ine- Irumcnts qui doivent servir à la gloire de notre auguste protecteur.

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DISCOURS

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