FRAGMENTS HISTORIQUES
v^)uAND le cardinal Mazarin sortii de France, 11 demanda un homme de confiance à M. Le Tellier , qui lui donna Colbert, en priant le cardinal que quand il recevrok de lui des lettres secrètes il ne les gardât point, mais les rendît à Colbert. Un jour le cardinal en voulut garder une; Colbert lui résista, jusqu'à le mettre en colère.
Le cardinal Mazarin dit à Villeroi, quatre jours avant sa mort : « On fait bien des choses en cet état, qu'on ne fait pas se portant bien. » Le lendemain il vil M. le Prince, lui parla long-temps et fort affectueusement. M. le Prince reconnut après qu'il ne lui avoit pas dit un mot de vrai.
Il recommanda au roi trois hommes, Colbert, Lescot joaillier , et Ratabon des bâtiments.
M. Colbert disoit qu'au commencement que le roi prit connoissance des aflfaires, ce prince lui dit, et aux autres ministres : «Je vous avoue franchement que j'ai un fort grand penchant pour les plaisirs; mais si vous vous apercevez qu'ils me fassent négliger mes affaires, je vous ordonne de m'en avertir, »
La reine mère savoit qu'on arrêteroit M. Fouquet. On l'avoit dit à Laigues, pour le dire à madame de Chevreu^Cj afin qu'elle y disposât la reine; ce qui se fit à Dampierre. Villeroi le sut aussi. Le roi vouloit le faire arrêter dans
Vaux : « Quoi ! au milieu d'une fête qu'il vous donne?» lui dit la reine.
Le roi, peu avant le jugement de M. Fouquet, dit à h reine, dans son oratoire, qu'il vouloit qu'elle lui promît une clic^e au'il lui demandoit; c'étoit, si Fouquet étoit condamné, de ne lui point demander sa grâce. Le jour de l'arrêt, il dit chez mademoiselle La Vallière : « S'il eût été condamné à mort, je l'aurois laissé mourir. » Il a voit dil à M. de Turenne très fortement de ne plus se mêler de .cette affaire.
Le roi se nettoyant les pieds, un valet-de-chambre qui tenoit la bougie lui laissa tomber sur le pied de la cire ïoute brûlante; il dit froidement : « Tu aurois aussi bien fait de la laisser tomber à terre. »
A un autre valct-de-chambre qui en hiver apporta sa chemise toute froide , il dit encore sans gronder : « Tu me la donneras brûlante à la canicule. >)
Un portier du parc, qui avoit été averti que le roi de voit sortir par celte porte, ne s'y trouva pas, et se fit long-temps chercher. Comme il venoit tout en courant, c'étoit à qui lui diroit des injures. Le roi dit : « Pourquoi le grondezvous? Croyez-vous qu'il ne soit pas assez affligé de m'avoîr fait attendre? »
Le nonce lui dit que si le doge de Gênes et quatre des principaux sénateurs venoient, la république demeureroit sans chefs pour la gouvernei^; il répondit : «Ils apprendront à mieux gouverner. »
En donnant fagrément et la dispense d'â^e à SJ.. Chopin
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pour la charge de lieutenant criminel, le roi lui dit: « Je vous exhorte à suivre plutôt les maximes de vos ancêtres que les exemples de vos prédécesseurs. »
L'évêque de Metz , revenant de son séminaire . où il avoit passé dix jours, parloit devant le roi avec exagération du désintéressement de tous ses ecclésiastiques, qui ne faisoient aucun cas, disoit-il,ni de bénéfices ni de richesses, et qui même s'en moquoient : «Vous vous moquez donc bien d'eux, » lui dit le roi.
A son lever , Tarchevêque d'Embrun louoit beaucoup la harangue de l'abbé Colbert. Le roi dit à M. de Maulcvrier : «Promettez -moi de ne pas dire un mot à Coibort de tout ce que va dire l'archevêque d'Embrun, n Et ensuite il dit à l'archevêque : « Continuez tant qu'il vous plaira. »
Le chevalier de Lorraine, obliîjé de se retirer , dit au
roi, en prenant congé de lui, qu'il ne vouloit plus songer qu'à son salut. Quand il fut sorti, le roi dit : « Le chevalier de Lorraine songe à faire une retraite, et il emmène avec lui le père Kantouillet. ^
Quand je lui eus récité mon disccws, il rac dit x « Je vous louerois davantage, si vous ne m'aviez pas tant loué.»
On prétend que les remontrances que lui faisoit M. Colbert, au sujet des bâtiments, l'avoîent chagriné jusque-là qu'il dit une fois à Mansard : ce On me donne trop de dégoùl , je ne veux plus songer à bâtir. »
Il écrivit à M. Colbert, peu de jours avant la mort de se ministre , pour lui tommandcr do manger et de prendre
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soin de lui. M. Colhert ne dit pas un mot après qu'on lui eut lu cette lettre. On lui apporta un bouillon , et il le refusa. Madame Colbert lui dit : « Ne voulez-vous pas répondre au roi? » Il dit : « Il est bien temps de cela; c'est au roi des rois que je songe à répondre. » Comme elle lui disoit une autre fois quelque chose de cette nature, il lui dit : « Madame , quand j ctois dans ce cabinet à travailler pour les affaires du roi, ni vous ni les autres n'osiez y entrer, et maintenant qu'il faut que je travaille aux affaires de mon salut, vous ne me laissez point en repos. »
Le vicaire de Saint -Eustache vint lui dire qu'il avertiroit ses paroissiens de prier Dieu pour sa santé : «Non pas cela , dit M. Colbert ; qu'ils prient Dieu de me faire miséricorde. »