OUVRAGES
ATTI^IBUÉS A RACINE.
DISCOURS
Prononcé à la lèle du clergé par l'abbé ColberT, coadjiitcur de Rouen.
Sire,
Le clergé de Fiaucc, qui ne s'approchoil autrefois de ses souverains que pour leur retracer de tristes Images de la religion opprimée et gémissante, vient aujourd bui, la reconnoissance cl la joie dans la cœur , faire paraître à votre majesté celte mèn^c religion toute couverte de la gloire qu'elle tient de votre piété.
Elle a parUj durant plus d'un siècle, sur le peucîiant de sa ruine ; on l'a vue décbirée par ses propres enfantsj trahie par ceux qui dévoient la soutenir et la défendre, en proie à ses jîlus cruels ennemis j enfin , après une longue et funeste oppression, elle respira peu de temps avant votre naissance lieureuss : avec vous elle commença de revivre ; avec vous elle monta sur le trône. Nous comptons les années de son accroI?5ement par les années de votre règne; et c'est sous le pins florissant empire du monde que nous la voyons aujourd'hui plus florissante que jamais.
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Si elle se souvient encore de ses troubles et de ses malheurs passés , ce n'est plus que pour mieîix goûter le parfait bonheur dont vous la faites jouir; elle est sans agitation et sans crainte à l'ombre de votre autorité; elle est même, si j'ose ainsi dire, sans désirs, puisque votre zèle ne lui laisse pas le temps d'en former, et que votre bonté va si souvent au-delà de ses souhaits.
Ce zèle ardent pour la foi, cette bonté paternelle dans tous les besoins de l'église, qualités si rares dans les princes, font, Sire , le véritable sujet de nos éloges.
Nous laissons à vos sujets assez d'autres vertus à admirer en vous. Les uns vous représenteront comme un monarque bienfaisant , libéral , magnifique , fidèle dans ses promesses, ferme et inflexible contre toutes sortes d'injustice, droit et équitable jusqu'à prononcer contre ses propres intérêts, véritablement maître de ses peuples , et plus maître encore de lui-même.
Les autres vous respecteront comme un roi toujours sage et toujours victorieux , dont les impénétrables desseins sont plus tôt exécutés que connus; qui ne règne pas reniement sur ses sujets par son autorité souveraine , mais sur son conseil par la supériorité de son génie, mais sur les cœurs de ses voisins par la pénétration de son esprit et par la sagesse dont il sait instruire ses ministres; qui, pouvant tout par lui-même , sait se passer des plus grands hommes, et, sans eux, résoudre, entreprendre, exécuter; qui donne la loi sur la mer aussi-bien que sur la terre ; qui lance , quand il lui plait, la foudre jusque sm' les bords de l'Afri-
nue ; qui sait à son gré humilier les nations superbes , et réduire des souverains à venir au pied de son trône reconnoître son pouvoir et implorer sa clémence.
Vos ennemis mêmes , Sire , ne peuvent s'empeclier de louer vos actions héroïques; ils sont contraints d'avouer que rien n'est capable de vous résister j et le mérite du vainqueur adoucit en quelque sorte le malheur des vaincus.
Ce n'est pas à nous , Sire , à parler des progrés étonnants de A'os armes triomphantes ; nous ne devons pas confondre l'éclat d'une valeur qui n'est que l'objet de l'admiration des hommes , avec ces œuvres saintes qui sont en estime devant Dieu. Le clergé, Sire, s attachera surtout à louer en vous cette piété qui, toujours attentive aux intérêts de la religion, n'omet rien de ce qui peut être nécessaire pour la relever dans les lieux où elle est abattue, pour l'étendre, au-delà des mers, dans les lieux où elle est irieonnue, pour la faire triompher dans l'un et l'autre monde.
Mais que dis-je ? L'église ne doit-elle pas elle-même consacrer des victoires que vous avez si heureusement fait servir à la propagation de la foi et à Textinction de l'hérésie ? Il semble que vous n'ayez combattu et triomphé que pour Dieu ; et le fruit que vous avez thé de la paix nous fait assez connoître quel étoit le principal but de vos Victoires. C'est par ces victoires que vous avez établi cette redoutable puissance, qui, tenant désormais vos voisins en bride, ôte aux hérétiques de votre royaume et l'audacfe
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de se révolter, et Tespolr de se maintenir par de séditieux commerces avec les ennemis de l't'tat.
Si c'eût été la seule ambition qui vous eût armé, jusfju où n'auriez-vous point étendu votre empire ! Vous vous êtes hâté de finir la guerre, lorsque vous en pouviez tirer de plus grands avantages. Ne sait-on pas que ce n'a été que par l'empressement que vous aviez de donner tous vos soins aux progrès de la religion ? La conversion de tant dames engagées dans l'erreur vous a paru la plusbelle de toutes les conquêtes, et le triomphe le plus digrje d'un roi très chrétien.
Mais quelle que soit votre puissance , elle avoit encore besoin du secours de votre bonté : c'est en gagnant le cœur des hérétiques que vous domtez l'obstination de leur esprit ; c'est par vos bienfaits que vous combattez leur endurcissement; et ils ne scroicnt peut-être jamais rentrés dans le sein de l'église par une autre voie que par le chemin semé de fleurs que vous leur avez ouvert.
Aussi faut-il l'avouer, Sire, quelque Intérêt que nous ayons à Textinction de l'hérésie , notre joie l'emporteroit peu sur notre douleur , si , pour surmonter cette hydre , une fâcheuse nécessité avoit forcé votre zèle à recourir au fer et au feu, comme on a été obhgé de faire dans les règnes précédents. Nous prendrions part à une guerre qui seroit sainte, et nous en aurions quelque horreur, parcequelle seroit sanglante : nous ferions des vœux pour' le succès de vos armes sacrées^ mais nous ne verrions qu'avec
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tremblement les terribles exécutions dont le dieu des vengeances vous feroit l'instrument redoutable : enfin nous mt^Ierions nos voix aux acclamations publitjues sur vos victoires, et nous gémirions en secret sur un triomphe qui, avec la défaite des ennemis de l'église^ envelopperoit la perte de nos frères.
Aujourdliui donc que vous ne combattez Forgueil de l'hérésie que par la douceur et par la sagesse du gouvernement , que vos lois , soutenues de vos bienfaits , sont vos seules armes, et que les avantages que vous remportez ne sont dommageables qu'au démon de la révolte et du schisme, nous n'avons que de pures actions de grâces à rendre au ciel, qui a inspiré à votre majesté ces doux et sages moj'^ens de vaincre l'erreur, et de pouvoir, en mêlant avec peu de sévérité beaucoup de grâces et de faveurs, ramener à l'église ceux qui s'en trouvoient malheureusement séparés.
Nous le confessons j Sire , c'est â votre majesté seule que nous devrons bientôt le rétablissement entier de la foi de nos pères; aussi ne falloît-il pas que, l'état vous devant déjà son salut et sa gloire, l'église dût à un autre qu'à vous sa victoire et son triomphe; sans cela, votre règne, que le ciel a voulu qui fut un règne de merveilles , auroit manqué de son plus bel ornement. On auroit bien dit un jour de votre majesté ce que lEcrituredit de plusieurs grands rois de Juda ; Il a terrassé ses ennemis et relevé la monarchie; il a autorisé et réformé les lois; il a fait régner la justice : mais en auroit ajouté ce ,que le Saint-Esprit
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reproche à ces princes : Il n'a pas aboli les sacrifices cjui se faisoicnt sur la montagne.
Que votre nom, Sire, sera éloigné de Ce reproche! Ce que votre zèle a déjà fait, la postérité le regardera toujours comme la source de vos prospérités et le comble de votre glcfire.
Mais ce n'est pas au rétablissement des temples et dos autels que se borne votre zèle : vous avez entrepris de faire revivre la piété et les bonnes mœurs; et c'est à quoi votre majesté travaille avec sucpès, autant par son exemple que par ses ordres. C'est un honneur maintenant de pratiquer la vertu; et si le vice n'est pas tout-à-fait détruit, au moins est-il réduit à se cacher; et les voiles dont il se couvre épargnent aux gens de bien un fâcheux scandale, et sauvent les âmes fcibles du péril d'une contagion funeste.
Ne pensons plus à ces jours de ténèbres , où la plupart de ceux qui étoient encore dans le sein de léglise sembloient n'y être demeurés que pour l'outrager de plus prés, oii les blasphèmes et les railleries de ce qu'il y a de plus wint éclatoient avec audace. Ces monstres d'infidélité ont disparu sous votre règne heureux; et si les remontrances tant de fois réitérées sur ce sujet ne nous donnoient connoissance de ce désordre, nous l'ignorerions à jamais.
Qu'est devenu cet autre monstre produit par l'espril de vengeance, toujours altéré du sang des hommes, mais plus encore de celui de la noblesse françoise ? Nous u'avons qu'à le laisser dans l'oubli iternel où depuis tant
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de temps ^ous l'avez enseveli; vous l'avez étouflë, tout iridoralable qu'il parolssoit. Votre majesté a su renverser les fausses maximes de Tlionneur et de la honte; et autant guune détestable erreur avoit mis de fausse gloire à se venger, autant y auroit-11 d'ignominie à ne vous pas obéir : c'est ainsi que votre volonté seule l'emporte sur la coutume invétérée du mal, et sur le penchant criminel des hommes.
Le clergé ne se dispose plus qu'à être le spectateur de la fin de toutes vos saintes entreprises. Après en avoir admiré de si heureux commencements j il cesse d'user de remontrances; s il a encore quelques besoins, vous les connoissez, cela lui suflit. Il vient encore de ressentir en celte assemblée d'insignes efib's de votre protection royale; et, persuadé que vous lui avez destiné une lon^t^iie suite de grâces dans d'autres temps , et avec les circonstances dont vous seul les savez si bien accompagner, il craindroit par ses demandes, ou de troubler l'ordre que votre sagesse y a établi, ou peut-être de mettre des bornes où votre zèle n'en a point mis.
L'unique affaire qui nous occupe, c'est l'obligation de rendre à voire majesté de très humbles actions de grâces. Après un si juste devoir, assurés que nous sommes de votre puissante protection, nous pouvons nous séparer sans inquiétude. Nous allons dans les provinces de votre royaume faire retentir les louanges que l'église doit à votre zèle. Chaque passeur aiu-a la joie de retrouver par VOS soins son troupeau pîus nombreux qu'il ne Tavoit
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laissé, et chacun de nous re(îoul)lcra ses vœux pour obtenir du ciel qu'il redouble ses bénédictions en laveur d'un prince qui se les attire par des actions si glorieuses et si utUes à la religion.