ACTE I, SCÈNE III
Réponds d'un peu d'amour à l'ardeur qui m'enflamme, / Et rends-moi les regards que te porte mon âme. Cruelle! Hercule ici réclame ton pouvoir, Et tes yeux inhumains dédaignent de le voir : Qu'un regard seulement....
lOLE.
O requête sévère!
De quel œil puis-je voir le meurtrier de mon père ? J'ai vu, cruel, j'ai vu ce cher corps, que je plains, Tomber dessous l'effort de vos barbares mains; Je l'ai vu, sous vos coups étendu sur la terre, Finir ses tristes jours et cette injuste guerre. Heureuse si nos corps n'eussent eu qu'un*cercueil , Si nous n'eussions tous deux causé qu'un même deuil.
HERCULE
J'ai plaint, à ton sujet, le succès de mes armes; Mais de ton propre mal n'accuse que tes charmes, lole a fait le meurtre, et son malheur est tel, Qu'elle a seule en son sein porté le coup mortel; lole, qu'il nioit à ma juste requête.
Fut l'objet et sera le prix de ma conquête. Parce que j'aimois trop, je fus un peu cruel, Et ta seule beauté causa notre duel.
lOLE.
O cruelle beauté! trompeuse! image vaine
Que le ciel m'a vendue au prix de tant de peine!
Quelle misère encor me dois-tu procurer?
Et combien de malheurs ai-je encor à pleurer?-
Tu seras plus contente étant plus amoureuse ; Quoi! possédant Hercule, lole est malheureuse!
Et tenant dans ma couche un légitime lieu, Elle rearetteia d'être fille d'un dieu?
lOLE.
Moi, la fille d'un dieu! Non, non, que Déjanire Sur vos affections conserve son empire; Ne traitez qu'en captif ce misérable corps, Dont la fausse apparence a causé tant de morts; Troublez ces yeux d'effroi, chargez ces mains de chaînes, Et que chaque moment renouvelle mes peines. Après un siècle entier d'ennuis et de prison, Ordonnez-moi le fer, la flamme et le poison. Je ne murmure plus du mal qui me consume , Mais vos ^lus doux baisers auroient de l'amertume ; j Baiser de mon pays l'injuste conquérant, I Caresser l'assassin de mon plus cher parent. Et, sans que mes esprits incessamment s'altèrent. Sentir entre mes bras les bras qui l'étouffèrent ! iNon, non; prières, pleurs, force ni cruauté, Ne peuvent m'obliger à cette lâcheté.
HERCULE
N'excite point, cruelle, un courroux légitime, Qui ne distingueroit innocence ni crime; Et crois que me déplaire est le pire péché Dont jamais ton esprit pourroit être taché. Quoi! toute chose cède à ma force indomptée. Les lions les plus forts ne l'ont pas évitée; Et je ne pourrois pas amollir ta rigueur, Et je reconnoîtrois un si foible vainqueur! Je nourrirois sans fruit le brasier qui me brûle , i Et l'on diroit : lole a triomphé d'Hercule !