‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 18 sur 442 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

Tu trouveras en moi les armes qu'il te faut; Prépare seulement mon bras à cet assaut. Qu'une fois cette main te soit officieuse, Sers-toi d'une enragée et d'une furieuse. J Inspire-moi , déesse , et m'enflamme le sein , Seconde ma fureur en ce juste dessein.

LUSCINDE

Madame, au nom d'hymen, et par ses flammes saintes, Modérez vos ennuis et réprimez ces plaintes; Laissez h ces transports succéder le repos : Paroissez Déjanire, et femme d'un héros.

DÉJANIRE

Qu'Hercule me trahisse, et qu'Iole me brave!

Qu'une jeune effrontée , une insolente esclave ,

Dont le père a suivi ses peuples déconfits ,

Vienne en ce lieu donner des frères à mes fils.

Et, pour avoir charmé les yeux de ce perfide.

Soit fille de Jupin et compagne d'Alcide!

Non, non, je lui vendrai mon honneur chèrement,

Ou je détournerai ce triste événement;

Qu'il dispose des cieux et des enfers ensemble ,

Qu'au seul bruit de son nom toute la terre tremble,

Il excite en mes sens une rébellion

Pire que ses serpens, son hydre et son lion.

Une captive, ô dieux! partagera ma couche! j

Souillé de ses baisers, il faut que je le touche!/

Il faudra que je perde ou divise son cœur.

Et les yeux d'une esclave ont vaincu ce vainqueur!

Quand les monstres laissoient sa valeur endormie ,

Voilà qu'il se présente une pire ennemie!

Une seule captive en pouvoit triompher.

Et fait plus que le ciel, et la terre et l'enfer f Il ne daigne à mes yeux cacher sa perfidie, Et peut-être en son cœur déjà me répudie. O cruel désespoir! 6 sensible tourment Qui ne peut inventer un trop dur châtiment! /C'est trop délibérer; imagine une peine . Horrible , épouvantable , incroyable , inhumaine ; Que de toi Junon même apprenne à se venger, Et comment d'un grand mal on se doit soulager.

LUSCINDE

Dieux! que proposez-vous? quel crime épouvantable' D'une telle fureur votre esprit est capable! En quels lieux inconnus ou du ciel ou du sort Cacheriez-vous le bras auteur de cette mort? Où vous souffriroit-on , si chacun le révère ? Et que feroit le foudre en la main de son père?

DÉJAWIRE.

Ma peur ne rendra pas ce perfide impuni : Ji^ Si mon forfait est grand, mon mal est infini..

LUSCINDE

Le plus désespéré, voyant la mort, recule, Et vous mourriez , madame.

Oui , mais femme d'Hercule :

Et mon œil , de mes pleurs à chaque heure mouillé , ^ Ne verra pas mon lit honteusement souillé. J'éteindrai de son sang, avec ses sales flammes, Les torches de l'hymen qui joignit nos deux âmes; S'il redoute l'effet du dessein que je fais. Qu'il ajoute ma mort au nombre de ses faits; Qu'il croisse de ma perte encor sa renommée,

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