‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 19 sur 442 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

t^u'au rang de ses vaincus sa femme soit nommée; Ces membres, dénués de sang et de vigueur, Mourant, embrasseront la couche du vainqueur. Pourvu que cette esclave expire à la même heure : Je mourrai sans regret, pourvu qu'Iole meure. On se perd doucement quand on perd ce qu'on hait , Et qui tue en mourant doit mourir satisfait. ■■!

LUSCINDE

Hercule peut aimer cette jeune étrangère , Mais brûler seulement d'une flamme légère. Pour combien de beautés a-t-il eu de l'amour! Et pour combien aussi n'en a-t-il eu qu'un jour!

DKJANIRE.

Sa main peut en cent lieux mépriser sa conquête; Mais ayant bien couru quelqu'une enfin l'arrête ; Ayant pour l'acquérir tant d'efforts entrepris , Crois , crois que ce vainqueur conservera son prix ; A ses plus douces nuits lole est destinée, Si je ne divertis ce fatal hyménée.

LUSCINDE

Imaginons d'ailleurs un salutaire effet

Qui dispense vos mains de tenter ce forfait;

Détournons le dessein où son ardeur le porte,

Ruinant par magie une amitié si forte.

Je connois un vieillard dont les secrets divers

Ont fait naître des fleurs au milieu des hivers :

Il trouble l'Océan, il fi\it trembler la terre;

Il peut d'un mot dans l'air arrêter le toimerre;

Il fait de cent rochers mouvoir les vastes corps ;

Il brise des cercueils et fait parler les morU;

3o HERCULE MOURANT,

Dessus tous les démons sa science préside , Et ses enchantemens pourront toucher Alcide.

DÉJANIRE

Ah! quelle arme, Luscinde, et quel charme assez fort,

Peuvent sur son esprit faire un utile effort?

Il ne peut par ses vers finir mon infortune ,

Quand il pourroit du ciel faire tomber la lune ,

Et , pour faire un miracle à nul autre pareil ,

De son oblique cercle arracher le soleil.

Mais apprends un secret.

LUSCINDE

Quel?

DÉJANIRE

^ Que je te vais dire,

Et que dans ce besoin mon souvenir m'inspire.

LUSCINDE

Dites.

DÉJANIRE

Ecoute : mais c'est en cette action Que tu dois m'assurer de ton affection.

LUSCINDE

Madame, usez en tout de toute ma puissance, Quand je pourrai pour vous l'employer sans offense.

DÉJANIRE

Écoute : sous le temple , un peu loin du palais , En un lieu que le jour ne visite jamais. Vaste, sombre et profond, j'ai caché le remède Qui peut seul alléger le mal qui me possède ; »

Le sang d'un monstre affreux qu'Hercule a combattu , Conservé dans sa corne, aura cette vertu.

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