‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 186 sur 442 · ACTE I, SCÈNE 11. i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE 11. i

Percer un jour le cœur de ce perfide amant; Ce cœur en qui jamais n'a régné la constance , Que tous objets nouveaux trouvent sans résistance , Esclave d'autant d'yeux qu'il en a vu d'ouverts, Et qu'une heure fait vivre en mille endroits divers! Irai-je, pour punir ses passions traîtresses, Le chercher dans le sein de toutes ses maîtresses ? Ah! que profiterois-je en ces pas superflus? Mille me l'ont ôté qui ne l'ont déjà plus ; Mille, que cet ingrat a trahi de ses feintes. Pour un même sujet poussent de mêmes plaintes. Non , c'est trop consulter en ce lâche entretien : Laisse vivre son cœur , Nise , et punis le tien ;

(Elle tire son epce. Pamphile s'éveille, et voit Nise sans

la reconnoîlrc. ) '

Punis cet imprudent, ou plutôt le délivre Des honteuses fureurs où l'amour le fait vivre ; Que son repos succède à tant d'ennuis soufferts , Et par ce fer heureux tire-le de ses fers.

PAMPHILE , la retenant.

Quelle fureur vous porte à ce honteux outrage? Se servir contre soi de son propre courage , Employer contre vous ces efforts inhumains, Sur le cours de vos ans faire attenter vos mains ! Telle action dément cette façon guerrière. Donnez un peu de temps au moins à ma prière.

NISE , reconnoùsant Pamphile.

Justes dieux! c'est Pamphile! Oui, je suis ton dessein; Mais ce temps servira pour te percer le sein. L'obstacle que ton bras a mis à mon envie , En prolongeant ma vie accoureira ta vie.

PAMPHILE, toujours saus la reconnoître.

Oui, si je ne calmois tes efforts insensés. Dieux! quel étrange sort a tes esprits blessés?

NISE.

Celui qui fit mon cœur esclave de tes charipes, A qui pour me blesser ton œil prêta des armes.

PAMPHILE

A ces mots je ne puis que répondre , sinon

Que tu te plains d'un homme ignorant de ton nom.

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