‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 187 sur 442 · WISE · texte numérisé non relu

WISE

Ton œil , perfide auteur de mon cruel martyre , Le lira sur ton sein où je le vais écrire.

PAMPHILE

Si toujours ton orgueil te fait parler ainsi, Le bras qui t'a servi te pourroit nuire aussi.

NISE.

En telle occasion , dont la fin est douteuse , Le silence est louable et la vie est honteuse.

PAMPHILE, tirant son épèe.

Si le silence, ami, te plaît jusqu'à ce point, ïl te faut envoyer où l'on ne parle point.

(Ils se battent.)

NiSE blessée, tombant a terre.

Ah! que je dois de vœux à cette heureuse lame! Qu'avec un doux effort sa pointe m'ôte l'âme ! Vis content , beau guerrier ; mes importuns attraits En cet heureux trépas vont perdre tous leurs traits ; Trépas qu'avec sujet uniquement je prise , Puisqu'il est un présent de Pamphile à sa Nise.

VCTE I, SCÈNE II. a6:

pAMrHiLE , reconnoissant sa maîtresse , laisse tomber son épée.

Charmes qui décevez mon oreille et mes yeux,

Qui me parlez de Nise en l'horreur de ces lieux,

Cessez, vaines erreurs, de me former l'image

De celle à qui je rends un éternel hommage;

N'accusez point ici mon courage vainqueur

D'avoir éteint les yeux qui m'embrasent le cœur.

Cicux, enfers, élémens, quel sort me représente

Le port, le teint, la voix et l'œil de mon amante?

Ah, ciel, ta prévoyance a d'insignes défauts,

Et ton soin n'est pas vrai si mon crime n'est faux.

Tu sais combien l'ardeur qui nous conjoint est pure;

Tu sais, injuste ciel, que mon amour me dure.

Que mon cœur a des vœux pour ses moindres appas ;

Enfin tu sais qu'il brûle, ou tu ne le vois pas;

Et toutefois, cruel, cette sanglante lame

A tes yeux a percé le beau sein de ma dame.

Inutiles discours , adorable beauté ,

De quelle mort veux-tu punir ma cruauté?

Quel effort m'ouvrira le ténébreux empire?

Où ta juste fureur veut-elle que j'expire?

Si déjà ta belle âme habite dans le ciel , Fais-le jeter sur moi tout ce qu'il a de fiel; Que ta plainte le touche et le fasse résoudre

A n'avoir que pour moi l'usage de la foudre;

Qu'il fasse en ta faveur, par des soins éternels,

Renaître et remourir ces membres criminels.

Qu'Amour ne vante plus sa grandeur souveraine;

Toute sa dignité meurt avecque ma reine :

Le coup dont j'ai souillé ses innocens attraits

266 LACÉLIANE,

A. rompu tous ses fers et brise tous ses traits. Déjà ce dieu préside aux infernales rives; Son pouvoir ne fait plus que des ombres captives. Mais, 6 foibles discours, entretiens superflus, Que servent ces regrets si Nise ne vit plus ? Mon ange , mon souci , cher soleil que j'adore , Tu ne peux être éteint puisque je brûle encore. NISE, revenant de son évanouissement.

Traître , perds le souci de prolonger mon sort. Et ne mets point d'obstacle aux faveurs de la mort ; Ne me fais plus l'objet de tes feintes traîtresses ; Réjouis de ce coup tes nouvelles maîtresses : Je quitte sans regret la lumière du jour, Si ma perte te sert à gagner leur amour.

PAMPHILE

Si de la vue encor ce beau corps a l'usage , Madame, ouvrez les yeux sur mon triste visage : C'est Pampliile qui pleure et meurt à vos genoux , Que vous faites l'objet de vos soupçons jaloux : Vous accusez Pamphile , homicide inhumaine ! Ah ! pardonnez ces mots à l'excès de ma peine : Mes plus fermes efforts sont vains en ces douleurs , Et ma voix cède ici son office à mes pleurs.

NISE.

Depuis qu'il t'a fallu vaincre de si beaux charmes , Amour t'a bien instruit de l'usage des larmes. Mais que ton cœur dément tes yeux et tes propos , Et que tous mes soupçons troublent peu ton repos !

PAMPHILE, donnant un poignarda IVise, Si ma fidélité vous est si peu connue , Faites-la par ce fer paroître toute nue.

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