‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 188 sur 442 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

Cruelle, ouvrez le sein où vous croyez caché L'auteur de vos soupirs et d'un si noir péché. Nise , ce malheureux , qui s'offre sans défense , Souhaite que sa mort prouve son innocence. Madame , consultez seulement ces ruisseaux ; Jugez de vos attraits sur le front de ces eaux ; Entretenez cette onde , et n'apprenez que d'elle Si quand on vous a vue on peut être infidèle : Vous verrez cet instable et perfide élément A vos moindres regards calmer son mouvement ; Ses froideurs céderont au plus beau feu du monde; Pour la seconde fois Amour naîtra dans Tonde, Quel autre, ayant langui sur les fleurs de ce sein, Pourroit être distrait de son premier dessein , Et trouveroit ailleurs des beautés préférables Aux célestes attraits de vos yeux adorables ? Ah! Nise, si le ciel vous avoit un moment Fait prendre notre sexe et notre sentiment , Et que l'aveugle enfant qui sous ses lois nous range Vous eût offert le choix ou de Nise ou d'un ange, Que Nise auroit bientôt vos esprits asservis! Qu'un aimable transport tiendroit vos sens ravis ! Vous connoîtriez alors si ma constance est vraie , Si vos yeux peuvent faire une légère plaie , Et si le changement a des charmes assez Pour guérir les esprits que vous avez blessés.

NISE.

Les appas de ta voix me peuvent bien contraindre D'avouer ton mérite et que tu sais bien feindre ; Mais un sujet t'arrête en ce bord étranger, Qui prouve bien aussi que tu sais bien changer.

PAMPHILE

Cruelle , qu'espéré-je en ma triste défense, Puisque de mes raisons vous faites mon offense , Puisque vous employez pour accuser mes sens Le seul moyen qu'ils ont de paroître innocens? Vous savez que mes yeux moins que mon infortune Firent naître en Bélise une flamme importune ; Et le ciel est témoin que jamais ses transports N'ont eu sur mon esprit que de foibles efforts. Toutefois j'entendis que son âme étoit vaine Jusqu'au point d'assurer que je flattois sa peine; Même que de l'espoir d'un glorieux succès Son cœur entretenoit son amoureux accès , Et que sa vaine humeur , en cette frénésie , Recevoit pour faveur la moindre courtoisie. Nise, avouez ce point : votre crédulité Vous fît mal estimer de ma fidélité ; Et, quelque passion que l'on vous eût jurée, Je vis trop clairement votre humeur altérée. Ah! que la feinte est vaine en un esprit jaloux! Vos yeux ne luisoient plus avec des traits si doux ; Vos sens, qui ne pouvoient forcer vos rêveries, Ne semoient plus d'appas à mes douces furies ; Je ne vous voyois plus le visage si sain ; Un linge plus serré me cachoit ce beau sein ; Un voile injurieux couvroit ces tresses blondes, Vous n'aviez plus le soin de les friser en ondes. J'endurai toutefois ce sensible tourment. Et je ne m'en plaignis que des yeux seulement. Enfin je résolus , pour calmer cet orage , De donner quelques mois au plaisir d'un voyage; Plaisir! si, séparé de votre œil mon vainqueur,

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