SCÈNE III
FLORIMANT, PHILIDOR, CÉLIANE, sortant du bois; ensuite PAMPHILE.
FLORIMANT.
Enfin le dieu du jour a permis à sa sœur D'étaler ses appas aux yeux de son chasseur : Il nous fait retirer ; les beaux rais de son frère Ne brillent plus du tout dessus notre hémisphère.
(Philidor paroît. )
Mais sachons le dessein de ce fameux rival, Qui sans doute en ces lieux attend un coup fatal , Et dont les vains désirs se repaissent encore De l'espoir d'agréer aux beaux yeux que j'adore.
PHILIDOR
Je vois l'indigne objet qui préside à mon sort. Que mon esprit malade endure à cet abord!... Que fait mon beau soleil si tard en cette plaine ?
Je plaignois les amans dont l'espérance est vaine.
a86 LA CÉLIANE,
PHILIDOR
N'avois-je point de part en ce triste discours?
Tant que je veux enfin vous donner du secours.
PHILIDOR
Comment proposez-vous de guérir ma foiblesse ?
En fuyant votre abord, puisque le mien vous blesse.
PHILIDOR
Ce cœur n'est point encor sensible à mes soupirs ?
Aussi peu que ce bois l'est à ceux des zéphyrs.
PHILIDOR
Et Florimant est cher à vos yeux qu'il adore?
Autant comme Zéphyr l'est auîf: filles de Flore.
PHILIDOR
Eût-on cru qu'un bel œil s'abusât quelquefois?
FLORIMANT.
Le sien ne fut jamais plus juste qu'en ce choix.
PHILIDOR
Non depuis que ta feinte a son âijie occupée.
FLORIMANT.
Depuis qu'elle a connu ma flamme et mon épée ; Et lorsque par ta mort elle en aura jugé, Elle en sera plus sûre , et je serai vengé.
(Ils se battent.)
PAMPHïLE, arrivant pour les séparer.
Si dessus vos esprits ma prière est sans charmes , Au travers de ce corps faites voie à vos armes.