ACTE V, SCÈNE V. 3a
Le plus fidèle amant que le ciel ait fait naître, Dont vous dussiez priser l'insigne affection , Et qui mérite bien votre inclination.
NISE.
Eh bien, parfait amant, est-ce assez? je vous aime, Et ne refuse rien à votre amour extrême : Je veux à vos douleurs apporter du secours.
Donc que mille baisers confirment ce discours.
NISE.
De qui n'en obtiendroit cette bouche vermeille? Baisez -moi, j'y consens.
CÉLIAÏfE.
O faveur sans pareille !
Amant le plus heureux qui respire en ces lieux, Que tu vois maintenant ton destin glorieux !
JULIE
Qu'en dis-tu, Philidor?
PHILIDOR
Que je plains sa folie!
Et que je fais état de l'humeur de Julie!
JULIE
Jamais la jalousie en mon cœur n'a régné ; Ma raison s'est toujours son usage épargné. Et tu peux bien ailleurs engager ta franchise Sans me mettre en l'état où Florimant l'a mise.
PHILIDOR
Je retourne à Julie , à mes vœux anciens , Et présente mes bras à mes premiers liens.
Sous ses premiers vainqueurs mon âme est asservie, Et je n'ai point dessein de changer de ma vie; Respirons à jamais sous une même loi , Et reçois ce baiser pour gage de ma foi.
JULIE, se retirant.
Corrigez , Philidor, cette humeur indiscrète , Et portez vos baisers à qui je les souhaite. Ne m'obligez pas tant, c'est prendre trop de soin, Et je vous en prîrai quand j'en aurai besoin. Cherchez un autre objet à votre rêverie : Vous revenez trop tard , et mon âme est guérie. Qu'une beauté plus rare ait votre affection; Tous forcez trop pour moi votre inclination.
PHILIDOR
Ces discours me sont dus, et cette résistance Est la punition de mon peu de constance. Mais bientôt ce mépris doit être limité ; Je ne suis pas d'humeur d'être tant maltraité.
JULIE
Ni moi d'humeur aussi d'être beaucoup pressée ; Mon inclination ne peut être forcée.
Si c'est vous rebuter
NISÉ.
O plaisirs pleins d'appas!
JULI E
Ne vous présentez point, vous ne le serez pas.
PHILIDOR
Mauvaise, vous riez; mais ce discours m'offense.
JULIE
Oui, je ris; et riant je dis ce que je pense.