ACTE V, SCENE V
PHILIDOR
Si cette froide humeur vous duroit bien long-temps, Je sais bien le moyen d'être tous deux contens.
JULIE
Et quel?
PHILIDOR
Que vous m'ôtiez tout sujet d'espérance , Et que je vous imite en cette indifterence; C'est l'unique moyen de vivre sans souci.
JULIK.
J'y consens, Philidor.
PHILIDOR
Et j'y consens aussi.
JULIE
Adieu, vis bienheureux.
PHILIDOR
Adieu, vivez contente.
< S'en allant. ) JULIE.
O le parfait amant! que l'amour le tourmente' Philidor! Philidor! mon cœur, reviens ici.
PHILIDOR, revenant.
Que voulez-vous?
JULIE
Eh quoi! tu fais l'amour ainsi?
PHILIDOR
Je ne suis qu'une loi que vous-même avez faite.
JULIE
Ah ! mes yeux t'ont prouvé ma passion secrète; Quand ma bouche feignoit , mon cœur étoit sans fard. Mais je parle d'aimer à qui n*en sait pas l'art.
J'aime, j'aime, cruel, et ton âme si dure Est l'unique sujet du tourment que j'endure. Je perds le souvenir de tes mépris passés; Et ces ardens baisers te le montrent assez.
PHILIDOR
Ah dieux! que ces faveurs réchauffent mon envie! Disposez de mon cœur, disposez de ma vie : Trop de bonheur succède aux maux que j'ai soufferts: Jamais le changement ne brisera mes fers.
JULIE
C'est assez, mon souci; maintenant prends la peine D'aller chercher Pamphile au long de cette plaine. Ce déplorable amant veut achever son sort ; Un secret désespoir lui fait chercher la mort ; Divertis son dessein; il est suis cette voie.
(Il sort.)
Il ne le peut trouver aux lieux ou je l'envoie. Pamphile est dans le bois et Florimant aussi : Tout mon dessein étoit de l'écarter d'ici. Cette agréable feinte heureusement succède , Et votre maladie est proche du remède.
( La chambre se ferme. )