‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 230 sur 442 · ACTE V, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE V

PHILIDOR

Si cette froide humeur vous duroit bien long-temps, Je sais bien le moyen d'être tous deux contens.

JULIE

Et quel?

PHILIDOR

Que vous m'ôtiez tout sujet d'espérance , Et que je vous imite en cette indifterence; C'est l'unique moyen de vivre sans souci.

JULIK.

J'y consens, Philidor.

PHILIDOR

Et j'y consens aussi.

JULIE

Adieu, vis bienheureux.

PHILIDOR

Adieu, vivez contente.

< S'en allant. ) JULIE.

O le parfait amant! que l'amour le tourmente' Philidor! Philidor! mon cœur, reviens ici.

PHILIDOR, revenant.

Que voulez-vous?

JULIE

Eh quoi! tu fais l'amour ainsi?

PHILIDOR

Je ne suis qu'une loi que vous-même avez faite.

JULIE

Ah ! mes yeux t'ont prouvé ma passion secrète; Quand ma bouche feignoit , mon cœur étoit sans fard. Mais je parle d'aimer à qui n*en sait pas l'art.

J'aime, j'aime, cruel, et ton âme si dure Est l'unique sujet du tourment que j'endure. Je perds le souvenir de tes mépris passés; Et ces ardens baisers te le montrent assez.

PHILIDOR

Ah dieux! que ces faveurs réchauffent mon envie! Disposez de mon cœur, disposez de ma vie : Trop de bonheur succède aux maux que j'ai soufferts: Jamais le changement ne brisera mes fers.

JULIE

C'est assez, mon souci; maintenant prends la peine D'aller chercher Pamphile au long de cette plaine. Ce déplorable amant veut achever son sort ; Un secret désespoir lui fait chercher la mort ; Divertis son dessein; il est suis cette voie.

(Il sort.)

Il ne le peut trouver aux lieux ou je l'envoie. Pamphile est dans le bois et Florimant aussi : Tout mon dessein étoit de l'écarter d'ici. Cette agréable feinte heureusement succède , Et votre maladie est proche du remède.

( La chambre se ferme. )

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