‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 231 sur 442 · ACTE V, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE VI

Bel astre des saisons, qui sais combien d'ennuis Vont envoyer mon âme aux éternelles nuits , S'il te souvient encor des amoureuses flammes Par qui ton sort fut joint au destin de nos âmes, Et si tu sais combien on souffre de trépas Alors qu'on aime bien et qu'on ne jouit pas , Vois d'un visage égal la fin de ma fortune, Puisque je m'affranchis de mille morts par une. L'Amour qui te fut doux n'a pour moi que du fiel; Autrefois ses faveurs t'ont fait quitter le ciel , Et ce dieu se plaît tant à me livrer la guerre, Qu'aujourd'hui sa rigueur me fait quitter la terre. Nise est à Florimant, tout espoir m'est oté; Différer mon trépas, c'est une lâcheté.

Encor, parmi l'horreur de ce dessein funeste , Et parmi tant de maux, quelque plaisir me reste, Que je me servirai , pour me percer le flanc , Du fer que ma déesse a vengé de son sang. Ayant osé couper ses délicates veines , Que tu m'obligerois de terminer mes peines! Tu sais déjà l'endroit que tu dois traverser; Tu me donnas au cœur quand tu l'osas blesser. Mais je crains que ce fer, contraire à mon envie, Au lieu de m'achever ne prolonge ma vie , Et que le sang divin dont je le vois taché M'empêche de mourir quand il m'avoit touché. Inutiles discours! lâche, tu délibères, Tu crains plus, cœur abject, la mort que tes misères. Dans le gouffre d'ennuis où le sort t'a jeté , Redouter le trépas c'est l'avoir mérité. Ouvrons, ouvrons ce flanc, et que chacun y lise Le pouvoir de l'Amour et des beaux yeux de Nise.

:33o LA CÉLIANE,

FLORIMA.NT, V arrêtant.

Et quoi! tu perds le temps à de si vains regrets, Tandis que ta maîtresse éteint ses feux secrets! Tu conçois des desseins contre ta propre vie Alors qu'elle amortit son amoureuse envie!

PAMPHILE

En vain cette surprise a mon bras arrêté; Possède, cher ami, cette rare beauté, Et ne me défends point de chercher ce que j'aime : Le jour t'est agréable , et la mort m'est de même.

FLORIMANT.

O la chaste beauté! l'objet de notre amour Est l'objet le plus saint qui respire le jour, Si le crime est prisable , et si c'est innocence Qu'avoir permis cent fois la dernière licence A l'homme le plus vil qui respire en ces lieux, Et qui jamais ait vu la lumière des cieux.

^AMPHILE.

Epargne la vertu dont le ciel l'a pourvue. Que me dis-tu, cruel?

FLORIMANT.

Ce que m'a dit ma vue.

Suis, suis-moi seulement; tes yeux seront témoins Du visible forfait que tu croirois le moins. Je rends à tes désirs cette chaste Diane , Et je n'aspire plus qu'aux vœux de Céliane.

PAMPHILE

Dieux, que viens-je d'entendre !

FLORIMANT.

Hâtons-nous , suis mes pas,

PAMPHILE

Pourquoi, fâcheux rapport , préviens-tu mon trépas?

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