‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 253 sur 442 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Lks mémks; trois PIRATES ARABES , et OLÉNIE tenant une simarre en broderie et des perles.

AMiNTAS, a Alphrede.

Alplirède , levez-vous.

ALPHREDE.

' Dieux, qu'est-ce que j'entends!

OLÉNIE, a Alphrede.

Charme innocent des yeux, incomparable Alphrede, Merveille de beautés à qui toute autre cède , Recevez en ces dons, de la part d'Amintas, De dignes ornemens de vos rares appas ; L'honneur de ses baisers sera toutes vos peines, Sa maison vos prisons , et ces perles vos chaînes.

ALPHRKDE.

De la part d'Amintas! Qu'en tends-je, ô justes dieux! Quel bonheur est celui qui m'arrive en ces lieux? Quoi, cet heureux vieillard sur ces rives respire, Et n'est pas habitant du ténébreux empire ! Mon père voit le jour , ces dons sont de sa part ! Mais peux-tu, lâche sang, reconnoître si tard Sous des traits si certains l'auteur de ta naissance ? O ciel! quelle merveille égale ta puissance? Je recouvre mon père en cet heureux séjour! C'est à lui que je parle, il respire le jour !

AMINTAS

Immobile, interdit, comblé d'heur et de joie,

Je doute que je vive et que je te revoie.

Oui , je vis , chère Alphrede, et puisqu'avant ma mort

368 LA BELLE ALPHREDE,

J'obtiens cette faveur de la bonté du sort ,

Qui n'a point de seconde et qui toute autre excède ,

De recouvrer ma fille et de revoir Alphrède,

Je suis trop satisfait du bonheur de mes jours ,

Et ne demande plus d'en prolonger le cours.

ACASTE

Puisqu'A caste avec vous partage cette grâce,

Il est temps , chère sœur, qu'à mon tour je t'embrasse.

Un instinct naturel ne te nomme-t-il pas

Ce frère qui te parle et qui te tend les bras?

ALPHRÈDE, V embrassant.

Je reste également et confuse et ravie. O moment fortuné sur tous ceux de ma vie ! Mon père, quel miracle, incroyable âmes yeux. Vous rend si vénérable aux peuples de ces lieux? Quelle est cette aventure ? ô dieux ! le puis-je croire?

AMINTAS

Deux mots t'en apprendront la véritable histoire :

Tu sais que redoutant la fureur des Gaulois,

Quand leur roi triomphant rangeoit tout sous ses lois,

Et forcé de quitter le rivage d'Ibère ,

Nous cherchâmes ailleurs l'abri de sa colère ,

Et crûmes rencontrer un asile certain

Aux bords où la Tamise étend son large sein.

ALPHRÈDE,

Hélas! il m'en souvient.

AMINTAS

Mais tu sais quel orage Amena nos vaisseaux jusques à ce rivage , Où , puisqu'il plut aux dieux , tel fut notre destin , Que de ces habitans nous fûmes le butin.

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