ACTE IV, SCKNE I
ALPIIHIHÎDIÙ
Et si, sans engager tes soins, tes pas, ta vie, Ton repos, ta raison, ton espoir, ton envie , Tes passions, ton cœur, tes biens, ta liberté, Je te fais posséder cette rare beauté ?
Je te contemplerois , en l'ardeur qui me presse, Non plus comme une sœur, mais comme une déesse. Mais ne me promets rien qui passe ton pouvoir : Un grand espoir manquant est un grand désespoir.
ALPHRÈDE.
Laisse-moi seulement lui donner quelque atteinte,
N'en tire aucun sujet ni d'espoir ni de crainte ,
Et fais de cet essai que je donne au hasard
Ainsi que d'un dessein où tu n'as point de part.
Je ne risque, après tout, qu'un fort léger office,
Et si notre bonheur fait tant qu'il réussisse ,
Tu gagneras beaucoup ayant peu hasardé,
Et recevras quasi sans avoir demandé.
Te pourras-tu résoudre à brûler de ces flammes
Dont le flambeau d'hymen unit deux belles âmes?
Mais, simple que je suis, qui ne le pourroit pas?
Quel goiit seroit mauvais pour de si doux appas?
C'est là qu'innocemment un jeune cœur respire
Les douces libertés de l'amoiueux empire ,
Que le plus continent peut goûter des plaisirs
Qui du plus vicieux bornerôient les désirs;
C'est là qu'un couple heureux l'un de l'autre dispose,
Qu'en se réservant tout on donne toute chose ,
Que la raison s'accorde avec la volupté ,
Et qu'au milieu des fers on est en liberté ;
C'est à
4oo LA BELLE ALPHREDE,
ACASTE
N'achève point : quel esprit si sauvage Ne conçoit les douceurs de cet heureux servage? Faire en faveur d'hymen un éloge pareil , C'est sucrer le nectar et dorer le soleil. Va tenter seulement cette heureuse entreprise.
ALPHREDE.
Que je m'oblige, hélas, si je te favorise!
Mon bien plus que le tien dépend de ce bonheur;
Et servir ton amour est servir mon honneur.
(Ils sortent.)