‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 362 sur 442 · ACTE iV, SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

ACTE iV, SCÈNE VIL

Comparer sans mourir ta peine à leurs plaisirs, Voir qu*elle ait Lucidor , toi ses seules promesses, Et faire un temps de deuil du temps de leurs earesses? Sus, de quoi s'armera mon dessein furieux? Prévenez mes efforts, impitoyables dieux; Vos traits me seront doux en ce dessçin funeste; Après ce que je perds prenez ce qui me reste; Vos rigueurs m'ont ravi l'objet de mon amour; Et n'espérant plus rien je dois perdre le jour.

CLORIMAND.

Le temps et la raison contre votre colère Feront bientôt, madame, un effort nécessaire; Et l'esprit le plus sain ne peut qu'injustement Condamner ces effets du premier mouvement.

ANGÉLIQUE

Non, non, je veux mourir; de légères atteintes En ces occasions ne causent que des plaintes ; Mais un mallieur sensible au point où je le sens Arme contre l'esprit les plus timides sens; Et le ciel refusant son secours à mes larmes , Du fer et du poison je me ferois des armes. Le temps et la raison n'ont point fini mes vœux, Et le dessein que j'ai ne peut finir par eux. J'aime seule ardemment, et, de toutes les âmes Capables de porter des chaînes et des flammes, J'ai seule de l'amour senti les vifs accès , Seule aimé sans reserve, et seule dans l'excès.

CLORIMANi).

Voyons ce Lucidor, forçons tous ces obstacles. L'amour est dieu, madame, et le dieu des miracles. Faisons à cet amant sentir sa lâcheté,

5oo LA PÈLERINE AMOUREUSE,

Et voyons-le rougir de sa légèreté :

Vos soupirs et vos pleurs toucheront son courage,

Et le remords enfin vous rendra son hommage;

Il est aveugle autant que vos attraits sont doux ,

S'il fait comparaison de Célie et de vous.

Si nous touchons son cœur , par une prompte fuite

Des parens de Célie évitez la poursuite;

Essayons ce moyen.

ANGÉLIQUE

C'est la seule action Où ne peut consentir mon inclination.

Le toucher par des pleurs! solliciter sa grâce! Le prier qu'il me prie et qu'il me satisfasse! C'est trop de lâcheté : mon amour est parfait Et capable de tout, sinon de cet effet. Quittons cette odieuse et fatale demeure, Et que l'on se dispose à partir dans une heure.

CLORIMAND.

O dieux! divertissez ses funestes desseins. Et dans cette fureur sauvez-la de ses mains.

(Ils sortent.)

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