Tome II
5i4 LA PÈLERINE AMOUREUSE,
C'est trop être sourde à ma plainte; Je dois cherclier ma guérison; Et je puis bien forcer ma crainte , Puisqu'il vous est permis de forcer ma raison.
La violence est mon recours :
Ce moyen mieux que mes discours Vous prouvera que je vous aime.
Je suis las, j'ai trop attendu; Et vous n'ignorez pas vous-même Que ce que je demande est un bien qui m'est dû.
Mais à votre divin aspect Quel insolent est sans respect?
Quoi qu'éloigné je me propose , Devant vous mes bras sont liés, Mon teint pâle, ma bouche close, Mon cœur respectueux, mes desseins oubliés.»
FILIDAN.
Eh bien, qu'en jugez- vous?
LUCIDOR.
Je trouva en cet écrit Des sujets, sans mentir, (l'admirer ton esprit; La douceur du discours, la beauté des pensées, Les rimes qui n'y sont ni foibles ni forcées, Et la force du style, ont de si doux appas. Que le plus grand censeur ne s'en défendroit pas. Qu'on voit d'esprits divers , et combien la nature Agit différemment en chaque créature!
Cent fois pour exprimer un amoureux tourment J'ai réclamé Phébus, et toujours vainement.