‹ Œuvres de Jean Rotrou. [Editées par Viollet-Le Duc]Chapitre 394 sur 442 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Quel accident étrange Porte si lâchement vos deux esprits au change? Que t'a fait Célidor, et de quel traitement As-tu pu rebuter ce malheureux amant?

NÉRÉTî.

Que me dis-tu, Filandre?

A-t-il à tes merveilles Trouvé des quaUtés et des grâces pareilles? A-t-il en ses dicours , ou dans quelque action , Manqué de courtoisie ou de discrétion?

NÉRÉE

Qu'est-ce que tu me dis?

Son respect et sa flamme

Étoient-ils ou suspects ou capables de blâme?

Tes yeux n'étoient-ils pas les vainqueurs absolus

De ce cœur inconstant qu'ils ne possèdent plus ?

NÉRÉE

Éclaircis là-dessus ma croyance incertaine.

Que ton discours me cause une ennuyeuse peine!

Un esprit moins subtil te croiroit, à te voir Quand tu feins d'ignorer ce que je veux savoir. Ton cœur ne peut fier ce discours à ta bouche : Tu n'oses témoigner que ce malheur te touche; Et, connoissant ta faute et ta légèreté. Tu veux à ton regret joindre la vanité.

NÉRÉE

Parle plus clairement.

Que tu fais l'ignorante!

As-tu pour Célidor une âme indifférente? Cruelle, trouvois-tu son service ennuyeux, Et ne plut-il jamais à tes superbes yeux?

NÉRÉE

Que tu me fais languir ! Au nom d'Amour , Filafidre , Apprends-moi là-dessus ce que j'en puis entendre. J'ignore le sujet des discours que tu fais : Crois ce que je te dis, ou ne me crois jamais.

Peux-tu , dissimulée , ignorer que Céphise De ton perfide amant captive la franchise?

NÉRÉE

O dieux! que me dis-tu?

Comment , tu n'en sais rien ?

Tu n'as pas de ton crime autorisé le sien?

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